ACTE IV, SCENE VI
Reine , si l’Éternel ordonne mon trépas ,
Je dois subir l’arrêt dicté par sa colère :
Mais s’il veut me couvrir de son bras tutélaire ,
Du perfide Soudan les efforts seront vains,
Et le fer des bourreaux tombera de leurs mains. MARGUERITE.
Ne permets pas , grand Dieu , que le crime s’achève !
PHILIPPE
J’implore ton secours : je te demande un glaive.
LOUIS
Je reconnais mon fils : au-dessus du malheur,
Rien ne semble impossible à sa jeune valeur.
J’aime cette vertu qu’en lui mon peuple honore ; Mais la France à son roi demande plus encore.
Tu peux l’être bientôt. O mon fils , mon cher fils , Entends mes derniers vœux et mes derniers avis ; Grave-les dans ton cœur. Si le ciel, qui me frappe, Veut aux coups d'Almodan que ta jeunesse échappe, S’il te rend aux Français que ta dois gouverner , Songe aux nombreux écueils qui vont t’environner Et, suivant le chemin que te trace ton père,
Joins au bien qu’il a fait le bien qu’il n’a pu faire. PHILIPPE.
Ah ! puisse l’Éternel me frapper avant vous !
Mais sur vous seul , hélas Is’ilfait tomber ses coups Si , détruisant l’espoir où mon cœur s’abandonne ,
Il condamne mon front à porter la couronne , - *
J’aurai pour me guider Vos vertus et vos lois : L’exemple de mon père est la leçon des rois.
• LOUIS
Lorsqu’un arrêt sanglant aura frappé ton père ,
O mon fils , c’est à toi de consoler ta mère.
Tu vois où la conduit sa tendresse pour nous:
Tu connais tes devoirs , tu les rempliras tous.
De respect et d’amour environne sa vie :
Je vais m’en séparer, et je te la confie.
Révère ton aïeule : à ses conseils soumis ,
Suis ses sages leçons , n’en rougis pas , mon fils. Redoutée au dehors , de mon peuple bénie ,
L’Europe avec respect contemple son génie ;
Et les Français en elle admirent, avec moi,
Les vertus de son sexe , et les talents d’un roi.
Loin de ta cour l’impie et ses conseils sinistres.
Affermis les autels , honore leurs ministres.
Fils aîné de l’Église , obéis à sa voix ;
Du Pontife Romain fais respecter les droits ;
Rends hommage au pouvoir qu’il reçut du ciel même : Mais, soutenant, mon fils, l’honneur du diadème,
Si d’une guerre injuste il t’imposait la loi ,
Résiste, et sois chrétien , sans cesser d’être roi.
Accueille ces vieillards dont l’austère sagesse A travers les périls guidera ta jeunesse ;
De leur expérience emprunte les secours ;
Fais régner la justice. Abolis pour toujours Ces combats où, des lois usurpant la puissance,
La force absout le crime , et tient lieu d’innocence.
A la voix des flatteurs que ton cœur soit fermé. Consolateur du pauvre, appui de l’opprimé,
Permets que tes sujets t’approchent sans alarmes.
Qu’ils te montrent leur joie, ou t’apportent leurs larmes; Compatis à leurs maux ; sois fier de leur amour;
Régne enfin pour ton peuple , et non pas pour ta cour. Je le connais ce peuple; il mérite qu’on l’aime;
En le rendant Jjeureux tu le seras toi-même.