NOTICE BIOGRAPHIQUE
Louis Bernard Coclers, né à Liège en 1740, du mariage de Jean Baptiste I) et de Marie Josèphe Bertrand, conclu à Liège, le 10 Juin 1737, appartenait à une famille d’artistes ; son grand-père Philippe, né à Maastricht, était peintre de portraits et d’histoire, qui se rendit en Italie et plus tard devint peintre de la cour à Liège, où il épousa Marie Madeleine Loos. Le fils Jean Baptiste Pierre, baptisé à Maastricht le 24 Octobre 1696, était disciple de son père. Lui aussi se rendit en Italie, où il étudia pendant seize ans sous la direction de S. Conca et de M. Benefal; il travailla aussi avec J. G. Servandoni. Il épousa une Romaine qui, pendant le voyage de retour à Liège en 1732, mourut à Marseille avec tous ses enfants.
En 1744 Jean Baptiste devint peintre de la cour et peignait des portraits, des tableaux d’église et des plafonds. Il mourut à Liège le 23 Mai 1772.
Sa mère, comme veuve de Philippe, ayant, assistée de son
q v. Eynden et v. d. Willigen, Vaderlandsche schilderkunst II 290 et Jules Helbig, Histoire de la peinture au pays de Liège XX.
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fils, adressé une requête au conseil, le 24 Décembre 1736, le plafond de la salle du conseil à 1’ Hôtel de Ville de Maastricht fut peint par lui. Jean Baptiste y a placé son portrait avec l’inscription »Johannis Baptista Coclers Mosae Trajectinus Romanae Acadaemiae pictor invenit et fecit Anno 1737”*) Pour la peinture de ce plafond, il reçut la somme de 1600 florins de Brabant argent léger et l’assurance que son frère, idiot, serait soigné comme enfant de citoyen 1 2) sa vie durant par les frères Cellites. 3)
Helbig mentionne un grand nombre de ses tableaux et donne les noms de ses principaux élèves.
Louis Bernard apprit de son père les éléments de l’art ; en 1759 il se rendit à Rome où, pendant trois ans, il demeura avec son frère aîné Philippe Henri Coclers van Wyck, né à Liège 1738. De retour à Liège il épousa Anna Maria Damare. Il demeura pendant quelque temps dans cette ville pour se rendre plus tard dans les Pays-Bas, où il s’établit à Leyde. Il peignait des portraits, des intérieurs et des paysages; il était en outre brocanteur, restaurateur de tableaux, et comme habile aqua-fortiste il grava quantité de tableaux de lui-même et d'autres maîtres. Le 5 Avril 1 784 il reçut un diplôme le nommant peintre de la cour du Prince Evêque de Liège. Comme aqua-fortiste et graveur, il fut le disciple de G. Wille et de G. Demarteau et dit avoir inventé la gravure au sable avec laquelle il prétend égaler les gravures au crayon de Demarteau (voyez No. 26 des estampes décrites) et d’après ce qu’on lit dans l’ouvrage du biographe de Demarteau 4) il semble dire la vérité.
1 et 3) Arrêt du Conseil du 11 Février 1737.
2) „Borgerskind’’ c. à.d. : pupille sous la tutelle des magistrats.
4) „Coclers chez Demarteau avait un atelier qui lui laissait la liberté de la
Toutefois A. de Lostalot, dans son oeuvre » Les procédés de la gravure ”, dit que le procédé est une invention anglaise (p. 87), et J. M. Herman Hammann nous apprend que l’Allemand Jean Henri Tischbein, le cadet, en est l’inventeur (»Des arts graphiques”, par J. M. H. Hammann p. 230). Le Hollandais Arend Fokke, dans son ouvrage »le graveur” (p. 350), nous fait connaître le procédé où le sable est remplacé par la limaille de laiton. Fokke semble ignorer l’usage du sable. De Lostalot et Hammann, surtout le dernier, donnent la description du procédé *).
Louis Bernard est resté à Leyde jusqu’en 1787. En même temps que lui, d’autres membres de la famille Coclers demeurèrent dans cette ville, comme on peut le voir dans les régistres de l’Hôtel de Ville. A la date du 6 Juin 1778, précédé de la publication des bans le 22 Mai, on y trouve le mariage de Joannes Baptiste Bernardus Coclers — (baptisé à Liège le 5 Mai 1741, frère de Louis Bernard) — et d’Anna Damare de Liège, probablement la
„manière et de l’invention. Il s’occupa bientôt de la gravure au sable
,,plus tard on a remplacé le sable par la résine. — Coclers comme Demar- ,,teau resta fidèle au sable et s’occupa longtemps de nouveaux procédés. (G. Demarteau, graveur du Roi 1722 — 1776 [par le Baron Wittert], Bruxelles, G. van Trigt, 1883, p. 78 et 81).
') »La manière dite sablée consiste à vernir la planche comme d’habi- »tude et de la flamber; on la saupoudre alors de sable très-fin, que l’on »fait adhérer au vernis en chauffant légèrement, et l’on enlève tout le su- »perflu ; puis on place sur la planche le dessin même qu’on veut reproduire, »après l’avoir enduit de sanguine par dessous, et on repasse tous les traits »et toutes les hachures avec des pointes variées de grosseur, mais obtuses, »et appuyant plus ou moins fortement pour faire pénétrer le sable jusqu’au «cuivre. Après avoir terminé le décalque complet de toutes les parties du «dessin on fait mordre la planche” — p. 230.
soeur de la femme de Louis Bernard. Dans un régistre de paroisse, on voit que dans le quartier Kouwenhoek, près de l’Oude Vest, demeurait le sieur Bernard Coclers io Mai 1775 — 1 Mai 1785. Dans 1’» Album Studiosorum de l’Académie de Leyde”, publié par le Dr. Du Rieu *), on trouve: 1779 2o/n et 1783 l8/s Guil. Coclers Leodiensis Pictor 17. — et 1787 7/3 Bernardus Coclers Cranenburgo- Gelrus Pictor 16 chez son père au Hooge-Woerd. Ce Bernard est fils de Louis Bernard, né à Leyde le 4 Juin 1770. Le 10 Août 1802, il épousa à Liège Marie Josèphe Henriette Ecke. Il était brocanteur et graveur à Amsterdam, disciple de son père et de G. Wille * 2). Dans le catalogue de la vente van Buren, le 7 Juillet 1808 à la Haye, p. 237, N°. 19 et 20, on trouve mentionnées deux estampes de Claessens d’après les tableaux de Louis Bernard; on dit qu’elles représentent probablement Aletta Coclers, fille du peintre.
En 1787, Louis Bernard quitta Leyde. Van Eynden et van der Willigen disent qu’il désira éviter les troubles politiques, qui alors envahirent les Pays-Bas; mais dans l’avant-propos de son catalogue de la vente Coclers Lebrun nous apprend que Louis Bernard » ayant embrassé »le parti des patriotes s’exposa, lui et sa famille, aux »plus grands dangers et au regret de voir piller sa » maison.” Quoi qu’il en soit il partit pour Paris avec les siens et y resta deux ans; il y fit vendre ses tableaux par
*) dans: Archives de l’histoire de l’art neêrlandais, recueillies par F. D. O. Obreen.
2) Mémoires et journal de J. G. Wille, publiés par Georges Duplessis. Tome II.
Lebrun, qui en dressa le catalogue '). Mais déjà en 178g il est de retour dans les Pays-Bas et va se fixer à Amsterdam, »Colveniers-Burgwal N°. 10” * 2) et plus tard, en 1810, »Singel bij de Jan Roompoortstoren.” Le commerce de tableaux lui était avantageux et il ne peignait ni ne gravait plus que quand cela lui plaisait. Il était connu et estimé des artistes et des amateurs de son temps. Van Eynden et van der Willigen parlent de lui avec beaucoup d’estime. Vu sa santé et son grand âge, il résolut en 1815 de retourner à Liège sa ville natale. L’année suivante il exposa encore un tableau à Amsterdam et y fit vendre ses collections de tableaux, dessins et estampes. En Avril 1817, il succomba à la gravelle, maladie dont il souffrait depuis longtemps.
Marie Lambertine Coclers, soeur de Louis Bernard, est née à Liège le 5 Mai 1761. Nagler dit à tort (Mon. IV 988) qu’elle y est décédée en 1817, son nom ne se trouvant point dans les régistres mortuaires de cette ville. Marie Lambertine suivit son frère aux Pays-Bas et demeura avec lui à Amsterdam ; elle l’aida dans ses travaux comme restaurateur de tableaux; elle peignait et gravait à l’eau-forte. Leurs oeuvres sont mentionnées dans le catalogue de la vente van Buren. L’oeuvre de Louis Bernard y ^comprend 165 pièces, portraits, ébauches, études, esquisses, estampes crayonnées, planches non achevées”. »L’oeuvre de Marie Lambertine, très-rare, jamais mis en
T) Catalogue vente Coclers par Lebrun, Garde des tableaux de Mr. le Comte d’Artois et de Mr. le Duc d’Orléans. La vente s’en fera le 9 Février 1789
2) Mémoires et Journal de J. G. Wille, publiés par G. Duplessis.
vente”, se compose de 13 pièces. Van Eynden et van der Willigen disent (II p. 299) que l’oeuvre de Louis Bernard se composait de quatre-vingts, et celui de Marie Lambertine de vingt-cinq pièces.