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Louis Cattiaux - Le Message Retrouvé - 1946

Preface de LANZA DEL VASTO Presentation d’EMMANUEL et CHARLES D’HOOGHVORST Introductions d’EH

PREFACE

La conjuration des imbeciles, des charlatans et des sages a parfaitement reussi.

Cette conjuration avait pour objet de cacher la verite.

Les uns et les autres ont servi cette grande cause, chacun selon ses moyens : les imbeciles par le moyen de l’ignorance, les charlatans par le moyen du mensonge, les sages par le moyen du secret.

Les imbeciles ne veulent pas qu’on decouvre la verite. Ils soupfonnent, d’instinct, qu’elle les derangerait. Si on la leur montrait, ils detourneraient les yeux ; si on la leur mettait dans la main, ils la laisseraient tomber ; si on les forfait au face-a-face, ils hurleraient d’horreur et courraient se cacher sous terre.

Les charlatans ne veulent pas qu’on decouvre la verite car elle ruinerait leurs artifices, empecherait leur profit, etalerait leur honte.

Les sages, possedant la verite, ne veulent pas qu’on la decouvre. Ils l’ont toujours tenue cachee pour quatre raisons.

La premiere, c’est qu’ils savent que savoir c’est pouvoir et veulent en ecarter les indignes. Car le savoir chez l’indigne devient malice, le pouvoir danger public et fleau. C’est pourquoi les reserves de connaissance accumulees pendant des millenaires dans les temples d’Egypte demeuraient inaccessibles a celui qui n’avait pas passe par tous les degres des purifications et des epreuves. Plus tard, les philosophes inconnus, les nobles voyageurs, les alchimistes, se sont legue les restes du mysterieux heritage de la meme maniere, c’est-a-dire de bouche a oreille, ou plutot par la presence et par l’exemple, en symboles et en enigmes, et toujours sous le sceau du secret. S’ils ont vecu dans l’intimite des formidables puissances de la nature, ils se sont bien gardes d’en faire part aux etourdis.

Ou etes-vous, 6 Sages qui savez vous taire? Vous meritez que tous les vivants vous crient leur gratitude, 6 Sages.

O Sages qui saviez vous taire, nous avons appris maintenant la valeur de votre prudence, la grandeur de votre humilite, la profondeur de votre charite.

PREFACE

Maintenant que les profanes se sont avises d’acquerir de la science et d’en repandre tant qu’ils peuvent, maintenant qu’ils se glorifient de leurs decouvertes avec autant de zele que vous en avez mis a cacher les votres, nous avons bien vu ce qu’il en est resulte.

C’est pourtant une bien petite science que la leur, exterieure, superficielle, precaire et limitee, et deja nous voyons ce qu’il en est resulte.

II en est resulte qu’ils ont empoisonne les sources, mine la terre, eclabousse le del, bouleverse et perverti les peuples, gate la paix, deshonore la guerre, fourni aux hommes du commun tant d’instruments de destruction et d’oppression que toute la famille des vivants en est menacee, tandis que continue le progres de ce chancre.

La seconde raison des sages pour tenir cachee la verite c’est que connattre est une operation de vie et une maniere de naitre. Et rien ne peut naitre que dans une enveloppe. Dans une enveloppe de chair ou d’ecorce, de terre ou de mystere. Une graine, si vous l’ouvrez, elle ne germera plus; un lezard, si vous l’ouvrez pour voir ce qui est dedans, vous n’y trouverez que les residus du cadavre et non le dedans du lezard, et non le dedans qui est parti, le lezard etant mort. De meme, la science ouverte, repandue, vulgarisee est science morte et fruit de mort. C’est un desert de sable et non une poignee de semences. Elle ne peut etre approfondie mais seulement etendue, restant exterieure et la vie lui echappe. Elle ne peut mener a la conscience qui est naissance a soi-meme, ni a la vie interieure. Mais la connaissance des sages est un gai-savoir qui a saveur de joie et souffle d’esprit. Et comme tout etre vivant, fut-ce une mouche, elle defend sa forme et refuse de s’etaler.

La troisieme raison des sages pour tenir cachee la verite c’est leur respect de la dignite de la connaissance. Ils savent qu’elle est la voie royale qui mene au Dieu de verite. Elle doit conduire a la contemplation, a l’admiration de la nature, a l’adoration du createur.

Elle doit apporter la lumiere dans les ames, la justesse dans les pensees, la justice dans les actes. Elle doit apporter la sante et le salut. Les sages l’ont defendue tant qu’ils l’ont pu contre les hommes vulgaires, de crainte qu’elle ne fut detournee de son but, denaturee et avilie. Ce que n’ont pas manque de faire les hommes vulgaires des qu’ils ont mis la main sur elle. Ils l’ont renversee en l’utilisant. En se servant d’elle au lieu de la servir. Elle etait la pour les delivrer de leurs desirs et ils l’ont attelee a leurs besognes, ils l’ont forcee a grossir leurs possessions. Elle etait la pour leur donner la conscience et ils en ont tire la machine. Ils ont pris le ciboire pour s’en faire une tirelire; ils ont pris le crucifix pour s’en faire une massue. Ils ont attele la science a leurs moteurs, ils l’ont emprisonnee dans leur bombes. Mais les trap malms se sont pris a leurs propres pieges, se sont laisse happer par l’engrenage de la machine. Maintenant, elle les rogne tout doucement en temps de paix, et les devore a grands coups de gueule en temps de guerre. Les sages ont tout fait pour eviter cela.

La quatrieme raison des sages pour tenir cachee la verite c’est qu’ils aiment la verite et qu’il n’y a pas d’amour sans pudeur, c’est-a-dire sans voile de beaute. Voila pourquoi ils ne veulent pas la decouvrir mais la reveler, c’est-a-dire la recouvrir d’un voile lumineux. Aussi n’ont-ils enseigne qu’en paraboles, pour que ceux qui ont des oreilles pour ne pas entendre, demeurent a l’ecart, mais aussi pour que ceux qui le meritent apprennent les tons et les clefs de la musique totale. Car leurs allegories, leurs fables, leurs blasons

PREFACE

n’expliquent pas l’enchainement mecanique des apparences mais les affinites secretes et les analogies des puissances et des vertus, les correspondances du nombre avec le son, des figures avec les lois, de l’eau avec la plante, avec la femme, avec l’ame, du feu avec le lion et l’homme arme, avec l’esprit, des astres avec les yeux, avec les fleurs, avec les cristaux des metaux et des gemmes, de la germination de l’or dans les mines, avec celle de la verite dans le coeur de l’homme. Dans leurs textes obscurs, ou les recettes du Grand Art sont entrecoupees divertissements pieux, les sentences solennelles de cris d’emerveillement et de prieres, luisent les fils dont est tisse le manteau du roi des rois.

Les sages ayant cache leur savoir par scrupule, les charlatans en ont profite pour cacher leur ignorance sous les memes signes mysterieux. Les imbeciles les ont longtemps confondus, croyant aux uns comme aux autres.

Mais a present a surgi, a mi-chemin entre les charlatans et les imbeciles, une nouvelle espece qui assure le triomphe definitif de la conjuration.

La nouvelle espece est celle des universitaires et savants officiels. Ceux-ci, le jour de leur avenement, ont declare nul et non avenu le mystere philosophal. Chimere, la recherche des anciens maitres, jeu d’enfants leur science, attrape-nigauds leur art. Les imbeciles instruits par les nouveaux savants ont une fois de plus confondu les sages avec les charlatans, mais cette fois pour ne croire ni aux uns ni aux autres.

Ils ne croient plus qu’a la science des nouveaux-venus, lesquels enseignent tout simplement que la verite est dans leur science et que tout ce qu’ils ne peuvent decouvrir ni demontrer n’existe pas.

Or ils n’ont rien enseigne, rien decouvert, rien demontre touchant la vie et la mort, le peche et le jugement, touchant l’amour, la douleur et le rachat, touchant la conduite de l’homme et le destin de l’ame, touchant le sens, 1’ essence et le salut. A mesure qu’ils decouvrent de nouvelles nebuleuses ou de nouveaux electrons, de nouvelles vitamines ou de nouveaux explosifs, ils s’eloignent et nous detournent de l’essentiel. Et maintenant la verite est si bien cachee qu’on ne la cherche plus.

Elle serait meme tout a fait perdue, s’il ne survivait quelques simples d’esprit pour qui la verite existe. Ils ne peuvent se resigner a penser que personne ne l’ait ou ne l’ait eue. Ils courent le monde interrogeant les gens, interrogeant les astres et les herbes, interrogeant le grand livre de nature et feuilletant les textes oublies, interrogeant leur coeur et Dieu dans la priere. Ils savent qu’ils n’ont pas la verite mais ils savent qu’elle est. Ils en ont tant faim et soif qu’ils savent la suivre a la trace et la reconnaitre a l’odeur. Devant un homme diffame, devant un evenement absurde, devant un grimoire illisible ils se mettent en arret et ils crient :

Elle est la!

Ils gouteront ce livre. C’est pour eux qu’il est ecrit, bien que leur confrerie soit peu nombreuse.

Et toi, Cattiaux mon ami, as-tu trouve la Pierre?

Assis dans la boutique ou tu peins et medites entre les filtres et les fioles, as-tu trouve l’escarboucle et la violette?

Assis entre ta femme et ton chat, Cattiaux mon ami, as-tu trouve l’or vif et 1’ elixir?

PREFACE

As-tu visite les interieurs de la terre, et rectifiant, trouve l’occulte joyau et la vraie medecine?

Je ne sais et je ne peux pas dire si la substance des anciens textes se cache dans ces pages. Mais comment se fait-il qu’on en retrouve le parfum?

Dans quel oeuf et dans quel alambic, Cattiaux mon ami, as-tu distille cette essence subtile qui s’appelle le Parfum?

D’ou vient cette poesie qui a nom Parfum de verite?

Lanza del Vasto

Novembre 1945

PRESENTATION

Beaucoup veulent ouyr et ne savent entendre.

Francois de Foix

La sagesse est aussi rare au Tibet qu’a Paris, disait Louis Cattiaux. Elle peut fleurir partout cependant, sans que nul ne s’en doute. Un homme semblable, mais pas pareil, a tant d’autres vivant dans la grande ville, a ecrit ces pages qu’il appartient au lecteur de juger. Elies ne sont pas pour tous, bien qu’elles soient destinees a circuler parmi les hommes d’aujourd’hui qui, par negligence de la revelation ancienne, se sont laisse couler en ignorance profonde.

Ceux pour qui ce livre a ete ecrit le sauront bien en le lisant, car il leur est donne, comme le dit l’auteur, de croire l’incroyable. Ceux-la sauront le lire et l’entendre, ceux-la appartiennent a la meme famille spirituelle. Avant de quitter ce monde, le 16 juillet 1953, l’auteur le leur a laisse comme un signe de ralliement et une raison d’esperer 1 ; il l’a dedicace plus specialement aux peuples noirs, encore divises et comme dans l’enfance, mais appeles a devenir puissants dans le monde par le jeu d’une providence insouciante des intentions et des travaux des hommes.

Le Message Retrouve est d’un abord difficile. Il contient, au dire de l’auteur, « une initiation et une mystique etroitement unies et presentees sous une forme concentree qui exige plus que la lecture ordinaire, les mots etant depasses par la revelation et l’ouvrage se presentant comme de l’air liquide qui a acquis d’autres proprietes extraordinaires, mais invisibles au premier examen » 2 ... Les versets sont disposes sur deux colonnes, car il y a deux hommes en nous, l’homme charnel et l’homme spirituel, l’homme exterieur et l’homme interieur, comme il y a aussi les tenebres et la lumiere, la justice et l’amour, le pur et l’impur; toutes choses sont disposees deux a deux 3 . Chacun des versets comporte plusieurs sens en profondeur, la colonne de gauche donnant generalement les sens terrestres : moral, philosophique et ascetique; la colonne de

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