LIVRE XV
58. Tout cela est difficile et presque au-dessus de nos forces, mais faisons au moins quelque chose pour la communion sainte de l’amour ; et si miserable et si pitoyable que cette chose soit, qu’elle demeure neanmoins secrete et gratuite.
59. Prenons un metier d’homme libre et abandonnons nos deguisemen ts. Officions et prechons dans la langue du pays ou nous nous trouvons. Faisons en sorte que rien ne nous distingue ni ne nous separe des croyants, si ce n’est la vertu et l’exemple de la saintete.
60. Ne tendons la main que pour nous-memes et pas pour les autres. II suffit que nous signalions en secret la detresse d’un fidele pour que tous aillent a son secours si nous sommes tels que nous devons etre, c’est-a-dire sanctifies par l’amour.
— II vaut mieux obeir a Dieu seul plutot qu’aux hommes et au monde, comme font beaucoup a present.
61. Soyons done imprudents et gratuits comme de vrais poetes.
— Soyons libres et insouciants pour nos vies comme de veritables artistes.
— Soyons simples et confiants comme des enfants de Dieu.
— Soyons bons et secourables comme l’ancien samaritain.
— Soyons detaches et clairvoyants comme les sages antiques.
— Soyons attentifs et humbles comme des ignorants qui se connaissent.
— Soyons assures et consolants comme des sauves de Dieu.
— Soyons inspires et convaincants comme des prophetes remplis du Saint-Esprit.
62. Ne nous inquietons pas trop de comment nous vivrons, car Dieu y
58’. Celui qui cherche Dieu peut paraitre tourmente et etre difficile a frequenter, mais celui qui a trouve Dieu est serein et demeure patient avec tous les hommes et avec luimeme, car il ne quitte plus la compagnie de l’Unique.
59’. Officions et prechons dans la maison commune a Dieu et aux hommes, et prechons et officions chez les croyants qui nous refoivent. Acceptons du pauvre et mefions-nous du riche pour nous-memes, car ce sont les pauvres que nous devons enrichir et non pas les riches qui doivent nous corrompre.
60’. II suffit pour eux qu’ils portent directement secours a ceux que nous leur designons en secret ou qu’ils decouvrent eux-memes.
— Ainsi ne nous eloignons pas des simples et des pauvres et ne negligeons pas la racine des peuples ou se cache la gloire de Dieu.
— Ce sera pour nous la joie du cceur qui parait dans la fraternite des humbles, les veritables enfants de Dieu.
6T. Semons done et nous vivrons dans l’abondance du Seigneur.
« II y a parmi nous plus d’endormis que de morts, plus de prudents que de laches, plus de timides que d’hypocrites. »
Reveillons-nous done avant que la mort nous endorme tout a fait.
Relisons les livres sacres et pratiquons la voie sainte comme des imprudents et comme des fous de Dieu, car nous sommes la pour avertir, pour secourir, pour excuser, pour consoler, pour pardonner, et certainement pas pour injurier, pour denoncer, pour juger, pour condamner ni, surtout, pour executer notre prochain.
62’. Notre Dieu est un Dieu qui se mange, qui se boit, qui communique
pourvoira par l’inspiration et par le secours, si nous le lui demandons avec confiance, car il surveille, il inspire et il soutient ses enfants en toutes occasions.
63. Il permet aussi qu’ils soient tentes tres sou vent afin qu’ils s’affermissent dans sa voie. Ainsi le mieux est de demeurer dans la confiance du Parfait sans nous poser d’inutiles questions sur le monde.
64. Il est done recommande de prier, de louer et de se taire en attendant que la revelation nous soit devenue claire et perceptible, car e’est dans notre cceur que reside le mystere de Dieu, et e’est lui-meme qui accomplit en nous notre delivrance.
65. Eveillons-nous avec le Livre afin de commencer notre journee par une pensee salutaire.
— Deplafons-nous avec le noble outil afin d’ceuvrer utilement entre nos occupations futiles.
— Endormons-nous avec le message afin de l’avoir sous les yeux au jour du jugement.
66. Ainsi nous pourrons verifier point par point l’ceuvre prodigieuse du Tres-Haut, la verite de sa loi et l’excellence de sa voie.
67. Nous sommes depasses par la beaute de l’ouvrage du Seigneur, nous demeurons stupides devant sa profondeur et nous sommes muets devant sa grandeur.
— Certains ricanent pour se donner une contenance, la plupart feignent de l’ignorer afin de ne pas decouvrir leur aveuglement. Le trou qui va les recevoir est deja entrouvert, mais cela ne les instruit meme pas.
la vie, qui l’entretient, qui la delivre et qui la restitue dans sa primaute admirable. C’est un Dieu qui se donne pour sauver en nous ce qui subsiste de vie egaree dans la mort.
63’. Ainsi possedant en nousmemes les arrhes de Dieu, nous devons nous ouvrir a sa benediction et a son amour, afin d’etre delivres de l’exil de la mort et afin d’etre faits un avec l’Unique.
64’. Nous devons tout esperer de l’ensemencement, de la germination et de la maturation naturelles ; et nous devons tout redouter de la contrainte, de l’impatience et de la violence des ignorants bien intentionnes.
65’. Tous verront le jugement de Dieu.
— Beaucoup vivront de la verite de l’Unique.
— Un petit nombre habitera le cceur du Seigneur.
— Quelques-uns contempleront 1’ oeuvre secrete du Parfait.
— Mais combien connaitront le mystere des origines et des fins qui font l’eternite des eternites ?
66’. O epouvante mortelle du secret devoile ! Qui resistera au vertige de la connaissance et de 1’ amour unis en Un ?
67’. Comme sa prudence est admirable, et comme son audace est folle !
— Comme sa science est impenetrable, et comme son amour resplendit !
— Comme sa grace est subtile, et comme son cceur est fidele !
— Comme sa voie est obscure, et comme son salut est lumineux !
— Comme ses coups sont misericordieux, et comme sa paix est parfaite !