LIVRE XVII
11. Prions Dieu follement afin de connaitre le moyen de notre delivrance immediate, ou tout au moins afin de beneficier de cette delivrance au jour du grand jugement seigneurial.
12. Un riche peut devenir pauvre et humble et un criminel peut se convertir a 1’ amour, mais comment un malin pourra-t-il jamais devenir simple ? Et comment un pourceau pourra-t-il devenir pur ?
13. Ceux-ci accumulent les livres rares et poursuivent les connaissances cachees^ mais ils renient Dieu et les saintes Ecritures, qui pourraient seuls leur donner l’intelligence des textes voiles et la clef des tresors ensevelis.
14. Nous prenons trop souvent pour nous ce qui ne nous est pas destine et nous adressons aussi trop frequemment aux autres ce qui ne leur est pas du, car nous considerons trop le dehors du monde et nous negligeons le dedans de l’homme.
15. Les religieux et les impies nous ignorent, les savants et les ignorants nous meprisent, les intelligents et les stupides nous moquent, les travailleurs et les debauches nous repoussent.
Si un ami nous reconnait, c’est encore superflu, car notre consolation est en Dieu seulement.
11’. Celui qui est suffisamment detache du monde peut tout voir et tout entendre sans trouble et sans dommage, mais celui qui n’est pas parfaitement denude peut mourir meme de la verite de Dieu.
12’. Les trop simples prennent le dore pour l’or et les trop intelligents rejettent l’or a cause du dore, mais tous mangent la crasse du peche sans le savoir.
13’. Ils croient orgueilleusement derober le secret de la creation sans le demander au createur, et leur subtile intelligence et leur grand savoir sont devenus comine la plus grande stupidite qui soit, car toutes leurs ceuvres sont mortes et engendrent la mort.
14’. Repondons aux accusations, aux insultes et aux persecutions du monde en nous rapprochant to uj ours plus du Seigneur de vie qui nous epure dans la fournaise de la solitude et de l’amour saints.
15’. On ne peut convertir un hypocrite, un impie, un mechant ou un egare en mettant son mal en evidence et en le lui reprochant vehementement, mais on peut l’ameliorer en cultivant le bien qui est demeure en lui, en l’encourageant et en l’aimant tel qu’il est, si defigure soit-il.
15”. Faut-il pas laver une grande quantite de terre pour decouvrir une petite emeraude?
16. Les plaisirs du monde vont dis— paraissant pour celui qui vieillit, car le corps diminue ne peut plus les supporter ; mais la douceur de l’amour de l’Unique augmente pour le croyant, car l’ame se degage des liens du corps brut et communique de
16’. La sagesse et la saintete en Dieu ne dependent ni des opinions mondaines, ni des obediences generales ou particulieres, ni des rites figuratifs, ni des situations sociales, ni des patriotismes, ni du nombre de femmes ou d’enfants, ni de la quantite des biens,