DIDIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
35, QUAI DES AUGUSTINS L auteur et l'éditeur sa reservent la droit de traduction de cet ouvrag':
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Il y a plusieurs années que l'ouvrage que je présente aujourd'hui au public est composé , mais différentes raisons m'en ont fait différer la publication jusqu'à ce jour ; la principale a toujours été le choix du moment où je pourrais trouver le public disposé à accueillir cette histoire du peintre Louis David et de son école. L'admiration pour les ouvrages de cet illustre artiste a été si exclusive jusqu'au moment de sa mort, et ils ont été critiqués , dénigrés même avec tant de violence et d'injustice pendant les quinze ou seize années qui ont suivi son exil , qu'il m'a paru indispensable d'attendre que le temps eût calmé l'effervescence de ces passions contraires, et qu'il devînt ainsi possible de porter sur les travaux de David un jugement impartial , et de le faire accepter avec calme aux lecteurs. Si je ne me trompe , ce moment est venu , et les compositions de David , après un examen rigoureux de près de vingt années, sont sorties triomphantes de cette rude épreuve. Ses défauts, car quel est le maître qui n'en ait pas? résultent bien moins encore de la tournure de son esprit que des circonstances ex-
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traordinaires avec lesquelles il s'^est trouvé aux prises pendant sa vie. En effet , L. David*, déjà peintre et maître célèbre à la fin du règne de Louis XYI, devenait bientôt après l'interprète des passions qui agitaient la France en 1791 . L'époque terrible de la Terreur , où le nom de l'homme politique se trouve si tristement inscrit, fut pour l'artiste une occasion de renouveler complètement son talent et sa manière, et le conduisit dans la voie qu'il a suivie en produisant ses deux plus beaux ouvrages, le tableau des Sahines et le Couronnement de Napoléon.
Depuis près d'un demi-siècle que ces tableaux ont été examinés et critiqués par deux ou trois générations dont les idées et les goûts ont été si différents, leur mérite est aujourd'hui paisiblement reconnu. Mais un point que personne ne conteste est la supériorité de David, non-seulement sur ses contemporains , mais encore sur les maîtres anciens , comme chef d'école. Aussi , malgré le reproche qu'on lui a si fréquemment adressé d'avoir exercé un empire absolu sur ceux qui cultivaient les arts dans le même temps que lui , est-on forcé de reconnaître aujourd'hui qu'aucun maître n'a moins imposé sa manière; qu'il en a même changé quatre ou cinq fois, et qu'enfin, lui, dont l'enseiment était basé sur des principes fixes , mais si larges dans leurs applications, a formé des artistes dont les talents offrent une diversité remarquable. L'ascendant de David sur le gotit de ses
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élèves pouvait-it être tyrannique , lorsque l'on compte parmi ceux-ci Drouais, Girodet, Gérard, Gros, M. Ingres, M. Schnetz, Léopold Robert et Granet , tous caractérisés par un génie si différent ? On ne craint pas de l'affirmer, aucune des écoles des plus célèbres maîtres modernes n'offre un pareil résultat , et ce sera toujours une gloire pour David d'avoir fondé et entretenu , pendant plus d'un demi-siècle, une véritable école, peutêtre la dernière qui ait pu être constituée et qui se maintienne encore.
Les productions des arts, comme celles de la littérature, se ressentent toujours des événements auxquels l'artiste ou l'écrivain s'est trouvé mêlé, des erreurs, des préjugés de l'époque qu'il a traversée. Plus qu'aucun autre, David a cédé à l'influence exercée sur les esprits par les gouvernements sous lesquels il a vécu, depuis les dernières années de la monarchie jusqu'à la rentrée des Bourbons en France, en 1815. Il est sans doute regrettable que l'homme se soit montré si faible et si versatile; mais c'est une chose à la fois curieuse et instructive que de voir avec quelle promptitude, avec quelle fidélité les impressions diverses et souvent contraires qu'a reçues l'artiste ont été reproduites dans les ouvrages qu'il a successivement achevés sous Louis XVI, pendant la Terreur , sous le Consulat et pendant le règne de Napoléon. On peut comparer le génie et le talent de David à un miroir; c'est avec la même
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fidélité , c'est avec la même impassibilité qirils ont reproduit, sans choix et involontairement, toutes les nuances des révolutions politiques et intellecluelles à travers lesquelles l'artiste a passé sa vie.
La part accidentelle que David a prise à tous les événements de son temps , les rapports qu'il a eus avec plusieurs de ses contemporains les plus célèbres, répandent sur l'histoire de la vie et de l'école de ce maître un intérêt que, bien loin de le négliger , nous nous sommes efforcé de faire ressortir On trouvera dans cet ouvrage des détails anecdotiques sur les liaisons ou les entrevues que David a eues avec les hommes de 1793, avec Napoléon , Pie VII , le roi de Prusse et d'autres personnages historiques; ces détails, nous l'espérons du moins, sont tout à fait propres, non-seulement à faire connaître le caractère de l'homme, mais à montrer l'importance que l'on attachait à son talent.