PIERRE GUÉRIN
par SCS élèves et ses imitateurs : c'est Pierre Guérin \ formé à l'école de Regnaull. Lauréat à l'Académie en 1794, ce peinire exposa au Salon, quatre ans après, le tableau de Marcvs Sextus revenant d'exil et retrouvant chez lui sa femme morte et sa tille dans les larmes. Cet ouvrage dont le succès, conune on l'a vu , fut immense, et dû en partie à l'importance que le parti royaliste et les émigrés attachèrent alors au sujet, est cependant une production assez faible.
Ce succès fixa le choix du genre de composition que Guérin adopta , genre dont le style est particulièrement théâtral. En effet, la conception première de ses ouvrages tend toujours à surprendre et à émouvoir , et l'artifice avec lequel il place ordinairement ses personnages, tient de la symétrie calculée à laquelle les acteurs ont recours pour se donner le temps de se reconnaître, et, comme on dit au théâtre, pour arrondir la scène. Ces artifices, ces compositions où tout est calculé, comprennent les qualités et les défauts du talent de Guérin, homme de pure réflexion.
Ce peintre présenta successivement : à l'exposition fameuse de 1808, un sujet tiré d'une idylle de Gessner et Bonaparte pardonnant aux révolth du Caire, tableau où iJ y a de la poésie ; à celle de 1810, Andromaque et l'Aurore et Céphale; et à celle de 1817, l'une de ses bonnes compositions , Didon écoutant le récit d'Enée.
La santé de Guérin, déjà chancelante, s'affaiblit encore après l'exécution de ces divers ouvrages. Depuis la Didon il ne fit plus rien d'important , à l'exception de l'ébauche restée imparfaite d'une grande scène de la dernière nuit de Troie.
1. Pierre Guérin, né à Paris en 1774, mort à Rome, directeur de l'Académie de France, en 1833,
La vogue extraordinaire de plusieurs productions de cet artiste fut de courte durée , et il survécut au moins de six ou sept années à sa gloire. Cependant, considéré comme chef d'école, et directeur de l'Académie" de France à Rome , Guérin mérite les plus grands éloges. Il est le seul de son temps, après David toutefois, qui ait eu le sentiment véritable de l'enseignement. GonuTie David , il reconnut qu'un maître ne doit pas chercher à transmettre sa manière, mais que son devoir est de cultiver et de développer les facultés saillantes de ses élèves. Or, cette précieuse qualité qui distinguait particulièrement David, maître de Drouais, de Girodet, de Gérard, de Gros, de M. Isabey, de M. Ingres, de Granet, de M. Schnetz et de Léopold Robert, on la retrouve encore, quoique affaibhe, dans Guérin, dont l'école a produit Géricault, MM. P. Delaroche, E. Delacroix et Scheffer.
Peut-être eùt-il été à propos de restreindre l'étendue de ces analyses biographiques; mais il était indispensable, au monnmt où nous avons laissé David occupé à achever le tableau du Couronnement , de donner une idée précise du talent et du caractère des artistes que la voix publique et que lui-même reconnaissaient, à quelques égards , pour ses rivaux à cette époque. Quoique ayant exercé de 1806 à 1818 une immense influence sur les arts, les ouvrages de David n'étaient plus exclusivement admirés; et le chef de l'État, l'empereur Napoléon, crut pouvoir, sans faire tort à la réputation de son premier peintre , ordonner un concours décennal où figureraient les meilleurs ouvrages faits pendant les dix années précédentes par les ai'tistes en renom, y compris le chef de l'école. Ce décret impérial qui agita vivement la république des lettres et celle des arts, sans qu'il pût jamais recevoir d'exécution , fut