‹ Louis DavidChapitre 130 sur 170 · DAVID ET LES FIGURES DE CURTIUS · texte numérisé non relu

DAVID ET LES FIGURES DE CURTIUS

conduit par son instinct, et anx idées duquel l'expérience la plus dure et les événements les plus extraordinaires n'avaient apporté presque aucune modification. David croyait encore de la meilleure foi du monde que Robespierre et Marat étaient des hommes vertueux; il signalait Fouquier-Tinville comme un monstre et un scélérat ; il méprisait Fabre d'Églan- . tine en disant que c'était un insigne fripon; aimant, d'ailleurs , tous les hommes dont les manières rappelaient la politesse de l'ancienne cour; admirant alors Napoléon et Pie VII comme il avait admiré Robespierre et Marat , et , en somme , parlant des grands événements dont il avait été témoin et des hommes qu'il avait connus, avec un sang-froid apparent qui lui donnait l'air du philosophe le plus impartial jugeant les aflaires de ce monde.

Ce sang-froid, cette hnpassibifité prirent quelquefois chez lui le caractère du courage. Dans une de ces longues promenades qu'il faisait avec Etienne, il leur arriva un jour, en revenant du jardin des Plantes, de suivre les boulevards du Temple , où ils s'arrêtaient en observant nonchalamment les baraques des baladins, les boutiques des restaurateurs et des marchands d'oiseaux qui y étaient établis. Arrivés au cabinet des figures de cire de Curtius , et après avoir considéré pendant quelques instants le Turc et le grenadier de la garde impériale placés aux deux côtés de la porte d'entrée , David , souriant aux invitations bruyantes du crieur chargé de faire entrer les curieux, se tourna vers Étienne en lui disant : « Eh bien ! entrons-nous?... Allons, Etienne, je vous régale ! » et ils entrèrent en effet.

Pendant que l'homme armé de sa baguette expliquait l'hisloire tragique d'Holopherne et le couronne-

ment de Napoléon , David faisait observer à son élève quelques masques en cire qui évidemment avaient été moulés sur la nature ; et , profitant de l'occasion que lui offrait la comparaison de ces empreintes avec d'autres masques qui avaient été faits par la main des sculpteurs, l'artiste ne put s'empêcher de faire plusieurs réflexions pleines de sens sur l'imperfection de toutes les imitations. Pendant l'entretien que ce sujet fit naître, le démonstrateur, après avoir cessé d'expliquer, parce qu'il s'était aperçu qu'on ne l'écoutait pas, s'appuya sur la balustrade en prêtant l'oreille à la conversation des deux curieux , qui bientôt se mirent en marche pour se retirer.

Mais à la conversation qu'il venait d'entendre, le garçon de Curtius s'était aperçu qu'il avait affaire à des amateurs dont il pourrait tirer quelque profit supplémentaire. S'approchant donc de David avec un air avisé et respectueux tout à la fois : « Je vois , messieurs, dit-il, que vous êtes des connaisseurs. Nous avons ici quelques pièces curieuses , mais que nous ne montrons pas à tout le monde; et ces messieurs, ajouta -t-il en saluant profondément, seront sans doute satisfaits des pièces en réserve que je puis leur montrer. » La première idée qui vint à l'esprit de David et d'Étienne , en entendant cette proposition , fut de penser qu'il s'agissait de quelque représentation licencieuse , et ils remercièrent le garçon. Mais celui-ci , à la manière dont le refus lui fut indiqué, s'étant aperçu de la supposition que Ton avait faite, affirma que Y étahlismnent ne renfermait rien de semblable et que Von serait content. En achevant ces mots, il conduisit David et Étienne près d'un renfoncement, dans lequel était étabh une espèce de coffre dont il leva le couvercle.

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