‹ Louis DavidChapitre 149 sur 170 · GÉRICAULT · texte numérisé non relu

GÉRICAULT

comme une lâche complaisance de la part de quinze ou seize cents artistes qui se sont fait un honneur de les suivre, certes David a gouverné l'art tyranniquement pendant l'espace de près de quarante ans , comme cela était arrivé près de trois siècles avant à Michel-Ange.

Ce n'est donc pas chose commune qu'une idée, un système, une doctrine dont les résultats ont été : un maître d'une grande hahileté ; sept ou huit élèves qui se sont distingués par une manière qui leur était propre et dans des genres souvent opposés , et enfin une école qui pendant quarante ans a donné une forte impulsion à tous les arts et môme à l'industrie.

En somme, quarante années d'existence glorieuse suffiraient pour constater l'importance qu'ont eue David et son école , si , comme on le verra, le mérite de trois de ses élèves n^avaitpas prouvé, après la mort du maître et au fort de l'anarchie qui régnait dans les arts en 1825, l'excellence des principes qu'ils avaient reçus et qui les mit en état de produire des ouvrages qui calmèrent l'effervescence de quelques novateurs imprudents et firent rentrer l'art dans ses véritables hmites.

Revenons d'ahord sur quelques faits antérieurs. En 1819, lorsque David, honoré à Bruxelles, était presque tourné en ridicule à Paris , parurent à l'exposition du Louvre deux ouvrages qui attirèrent particuUèrement l'attendon : le Gustave Wasa de M. Hersent, dont le mérite remarquable augmenta l'importance qu'avaient déjà les sujets anecdotiques, et le Radeau de la Méduse du jeune Géricault*.

On ne parle pas ici de la vogue extraordinaire qu'eu-

1, Jean-Louis-Théodore-André Géricault, né en 1790, mort le 18 janvier 1824. Il a été successivement élève de Carie Vernet et de Pierre Guéri n.

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rent , à compter de 1815, les sujets militaires , les détails stratégiques auxquels le talent si ferme et si brillant de M. Horace Vernet donna tant de popularité , parce que ce mode de peinture , considéré comme il doit l'être ici, ne fut réellement alors que la continuation de celui que Gros avait remis en honneur, par ses compositions de la Peste de Jaffa^ et des Batailles du mont ThaMr^ ^ Ahoukir et à'Eylau. Mais dans le tableau du Radeau de la Méduse, il se trouvait des innovations importantes, si toutefois le mot innovation, qui n'est ici que relatif, convient à des moyens que Géricault avait empruntés aux peintres de l'école des Carraches et à quelques artistes français , à Jouvenet entre autres. Sans entrer dans les détails de la composition de la Méduse , une fois que l'on connaît et que l'on a adopté le point de départ de l'artiste , ainsi que le but qu'il se proposait , on ne peut disconvenir que son ouvrage ne soit remarquable et ne mérite de grands éloges. Mais, pour s'expliquer aujourd'hui le succès extraordinaire qu'il eut au Salon de 1819, il faut remarquer qu'il servit à peu près également le parti d'opposition politique qui rejetait la faute du malheur des naufragés sur la complaisance coupable avec laquelle le gouvernement des Bourbons distribuait ses faveurs, et la réaction violente des jeunes artistes qui voulaient détrôner David et renverser son école.

On reprochait au peintre des Sabines le choix des sujets pris dans les temps du paganisme , la recherche exagérée du beau visible, l'étude pédantesque du dessin, et surtout l'emploi du nu pris abstraitement, poétiquement , et sans qu'il fût raisonnablement motivé. Jusqu'à l'apparition du tableau de la Méduse, ces reproches ne furent guère que le sujet de conversations satiriques plus ou moins mordantes, plus ou moins <

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