M. INGRES — VOEU DE LOUIS XIII
son nages sacrés ou héroïques introduits dans les ouvrages de la renaissance ou de l'antiquité, on a peine à concevoir comment elle put ti"ouver grcàce auprès de cet essaim de jeunes artistes livrés alors à tout le dévergondage de leur imagination , et qui n'estimaient une œuvre qu'en raison de l'excès de sa bizarrerie et de son élrangeté.
Mais, dans les idées les plus extravagantes que puissent admettre les hommes, on trouve toujours, quand on observe de bonne foi, un élément de raison qui leur sert parfois d'excuse. Depuis le tableau des Aigles de David, où l'affaiblissement de sa verve s'était fait sentir, et après V Entrée de Henri IV, le dernier bon ouvrage de Gérard, maître et disciples, tous avaient déchné. La Galatce de Girodet, le Couronnement de Charles A\ par Gérard, et la Fuite de Louis XVI H, de Gros, en fournissaient des preuves irrécusables. Quant aux peintres plus jeunes que ceux ci, formés par David, la plupart, on l'a déjà dit, avaient si faiblement compris ses principes et tellement exagéré ce qu'il pouvait y avoir de défectueux dans ses doctrines et sa manière, que celte espèce d'épuisement de l'école dite classique, combiné avec le renouvellement complet des idées pendant les premières années de la Restauration, justifiait, jusqu'à un certain point, le besoin impérieux que ressentaient les jeunes peintres de produire des choses absolument différentes et entièrement nouvelles.
Cependant, lorsque cette jeunesse eut senti sa première ivresse calmée par la vue des ouvrages de M. Schnetz et de Léopold Robert, et qu'enfin, arrivée devant le tableau du Vœu de Louis XIII, de M. Ingres, elle se vit forcée de convenir que l'effet d'une composition, si belle qu'elle soit, gagne encore en charme et
en puissance lorsqu'elle est soutenue par l'énergie, la pureté et le bon goût de l'exécutioii , toute la nouvelle école applaudit au talent de M. Ingres, et ce que Girodet, Gérard ni Gros n'avaient osé tenter, lui l'entreprit. Dès ce moment , la réaction contre la direction romantique en peinture était commencée.
La simplicité dans les lignes et dans la disposition de la lumière d'une composition; l'exactitude, la pureté et l'élégance portée dans le dessin et le modelé des formes humaines, qualités techniques, objet constant des études de David, avaient été remises en honneur par M. Ingres dans le Vœu de Louis XIIL Mais il restait une difficulté plus grave à surmonter : c'était la répugnance, poussée jusqu'au fanatisme, que l'école romantique exprimait sans cesse pour l'antiquité et les sujets tirés de la mythologie et du paganisme. M. Ingres, chargé de décorer le plafond d'un des salons de la galerie de Charles X, osa braver les préjugés qui régnaient alors. Élevé dans l'admiration de l'antiquité, il choisit pour sujet V Apothéose d'Homère. Partant de l'idée d'un basrelief antique représentant le vieux poëte, qui, placé au sommet d'un mont et épanchant une urne, laisse couler le fleuve de sa poésie, où tous les hommes qui l'ont suivi courent se désaltérer, M. Ingres plaça Homère sur un trône, la tête ceinte du diadème, tenant le sceptre et assis devant le temple de Mémoire dont il semble garder l'entrée. A sa droite et à sa gauche sont rangés les orateurs, historiens, statuaires, peintres et savants les plus fameux delà Grèce; et continuant celte série chronologique d'hommes célèbres , sans oublier ceux de l'ancienne Rome, de la nouvelle Italie, de l'Angleterre et de la France, il fit, vers la partie inférieure de sa toile, une suite de portraits de grands hommes moder-