‹ Louis DavidChapitre 44 sur 170 · LA MORT DE SOGRATE · texte numérisé non relu

LA MORT DE SOGRATE

les éloges du public. Mais en bonne conscience, doit-on être si rigoureux pour la mesure d'un ouvrage remarquable , lorsqu'on ne lui a pas affecté d'avance une destination? C'est un genre d'absurdité dans lequel on est retombé souvent depuis M. d'Angivilliers. Mais revenons à notre sujet.

Jusqu'à l'époque où David montra ses Sabines, la célébrité de ce peintre reposait surtout sur le tableau du Serment des Horaces. La Mort de Socrate, qui, selon quelques personnes, est supérieure, fut beaucoup plus goûtée par les artistes que par la masse du public ; et le Brutus, inférieur aux deux productions précédentes, ne releva pas le mérite de David dans l'esprit des connaisseurs, mais fut joint et confondu, en quelque sorte, avec celui des Horaces , parce que le gros des admirateurs y vit deux pendants, et que d'ailleurs les sujets étaient tirés de l'histoire romaine, dont tous les esprits se nourrissaient alors.

Les Horaces ont été depuis leur apparition l'objet de beaucoup de critiques, sans parler de celles que David exerça sur son propre ouvrage, lorsque ses idées sur l'art se furent modifiées. On a dit * « que le groupe des femmes, entièrement séparé de celui des hommes, pourrait passer pour une faute de composition pittoresque; que le peintre en mettant d'un côté l'amour exclusif de la patrie et l'enthousiasme militaire, et de l'autre la crainte et les angoisses qu'éprouvent près de ces guerriers une mère , une amante et des enfants, a rompu et détruit l'unité pittoresque. » Cette observation ne manque pas de justesse , et

1 . M. A. Coupin de la Couperie, auteur d'un Essai sur David, consulté par celui qui écrit ce livre.

David, à qui ou l'avait adressée plus d'uuc l'ois, convenait que si un poëte, par la nature de son art, a le moyen de présenter successivement, mais sans détruire l'unité, des sentiments très-coniraires, le peintre, tenu surtout d'établir et de conserver l'unité pour les yeux, doit éviter les scènes complexes.

Cependant vers les années 1796-1800, lorsqu'il était tout préoccupé de retrouver les doctrines grecques, David jugeait ses Horaces avec une équité sévère bien remarquable. 11 trancbait la dit'iiculté relativement à la composition , en disant qu'elle est tbéàtrale ; pour le dessin il le trouvait j^e/i/ , mesquin (ce sont ses expressions), rendant les détails anatomiques avec recbercbe ; et enfin il condamnait le coloris, comme procédant par échanUllons de couleur^ et détruisant la beauté et la grandeur du ton local. «Cet ouvrage, continuait-il, se sent du goût et des monuments romains, qui étaient les seuls dont on s'occupât pendant mon séjour en Italie. Ah! si je pouvais recommencer mes études à présent où l'antiquité est mieux connue et étudiée, j'irais droit au bu(, et sans perdre le temps que j'ai employé à déblayer la route que je devais parcourir. Après tout, ajoutait-il avec un noble orgueil à ceux de ses élèves qui l'écoutaient , il y a de l'énergie dans ce tableau , et le groupe des Horaces est une chose que je ne renierai jamais M »>

Sa critique était sévère, mais il ne craignait pas de la faire telle devant des jeunes gens dont il connaissait les dispositions favorables à l'égard de son talent, et enfin

1 , J.-B. Debret, élève de David, parmi plusieurs croquis de son maître, qu'il a fait graver, a reproduit l'étude des trois femmes nues, dessinées d'après nature. Ce groupe est bien plus vrai et plus naturel que celui du tableau.

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