MUSÉE DES PETITS-AUGUSTINS
L'Assemblée constituante, après avoir décrété que les biens du clergé appartenaient à la cliose publique, avait encore cliargé son comité d'aliénation de veiller à la conservation des monuments des arts recueillis dans les étalablissemenls religieux. M. de la Rocbefoucauld, président de ce comité., désigna des savants et des artistes pour procéder au choix des monuments et des livres qu'il importait de conserver. La municipalité de Paris, spécialement chargée de l'exécution de ce décret, nomma aussi d'autres savants, d'autres artistes pour les adjoindre aux premiers Ainsi réunis , ces savants formèrent une commission des monuments. On chercha un endroit convenable pour recevoir les ot)jets précieux que l'on désirait préserver de la destruction, et le comité d'ahénation choisit l'église , le cloître et le jardin des Petits-Augustins pour y placer les monuments de sculpture et les tableaux, dont la conservation fut confiée à Alexandre Lenoir, en janvier 1791. Telle fut l'origine du Musée des monuments français, qu'un sentiment religieux mal entendu fit détruire pendant la restauration.
Le conservateur Lenoir avait réuni et classé là , par ordre de temps, les monuments à la fois religieux et historiques que le hasard et le zèle avaient pu soustraire à la destruction. C'était sans doute un grand malheur que tant d'ouvrages eussent été enlevés aux églises de France, pour lesquelles ils avaient été faits originairement ; cependant on ne peut nier que leur réunion en un seul lieu , que la comparaison immédiate que l'on put en faire, n'aient donné à ces monuments une importance qu'ils n'auraient jamais acquise sans cette circonstance. Ils excitèrent d'abord la curiosité, puis un intérêt très -vif, chez quelques hommes qui s'occupaient d'art, d'antiquité et d'histoire , et à l'époque
du consulat et dans les premières années de l'empire , ce musée rassemblait déjà un certain nombre d'hommes qui firent une étude sérieuse des mœurs et de l'histoire de notre pays.
Parmi les élèves de David qui le fréquentaient avec assiduité et qui en retirèrent le plus de fruit, on distinguai Roquefort, à qui on doit plusieurs écrits sur la littérature du moyen âge et un dictionnaire de la langue romane; Révoil, peintre, antiquaire, et son ami Fleury Richard, qui se vouèrent dès cette époque à représenter des sujets tirés de l'histoire de France; le comte de Forbin , que son goût portait vers les scènes chevaleresques, et son ami Granet, dont toute l'Europe a si vivement goûté les intérieurs de cloîtres et de couvents; puis Vermay, le jeune homme si étourdi, si turbulent d'abord, qui, au miUeu des statues des rois et des grands hommes de notre pays , sentit naître en lui le désir de se livrer à un genre où il eût certainement obtenu de grands succès, si la mort ne l'eût pas arrêté au milieu de sa carrière. Ces artistes, et d'autres encore, allaient s'inspirer au musée des Petits-Augustins ; et c'est à compter de cette époque que le genre anecdotique^ traité avec talent par quelques peintres , commença à détourner l'attention du public, dirigée presque exclusivement jusque-là sur la peinture de haut style.
Toutefois David, qui possédait à un si haut degré l'art d'enseigner , loin de contrarier la prédilection que plusieurs de ses élèves montraient pour le musée moderne, les laissa suivre leur penchant : « Il vaut bien mieux, disait-il, faire de bons tableaux de genre que de médiocres peintures d'histoire. »
Mais lui-même il n'échappa pas entièrement au goût nouveau qui s'était introduit dans l'art, non pas tant