LOUIS D E S N O Y E U S
Emmanuel Gonzales, Âltaroche, Élie Berthet, Hippolyte Lucas, Eugène Guinot, Louis Viardot, Alphonse Royer et Louis Reybaud.
Impossible de se tromper en meilleure compagnie.
Balzac, ayant accepfé les statuts de la société nouvelle, ne tarda pas à se frapper la poitrine et à se repentir. Mais les autres persistèrent dans leur honnête égarement.
Ils bâtirent sur le sable un édifice sans consistance, qui pèche et péchera toujours par la base, nous voulons dire par le caractère même des membres de l’association, perpétuellement en jalousie et en discorde.
Voici tantôt dix-huit ans que les esprits les plus sages, les natures les plus fermes consacrent leurs efforts à maintenir cette institution boiteuse, qui chancelle au moindre souffle et menace ruine : ils ne parviennent qu’à consolider les abus, tant les abus se trouvent inhérents à l’institution même.
Imprévoyants et candides en affaires, comme beaucoup de littérateurs, Louis Desnoyers et ses collègues ont placé près du berceau de la société naissante un exhomme de loi *, père nourricier bâtard, qui a fait sucer à la pauvrette les mamelles
i M. Pommier, aujourd’hui remplacé par M. Godefroy.
de la chicane, el s’est appliqué surtout à la rendre mercantile et tracassière.
Au diable la dignité des lettres, au diable leur honneur et leur indépendance!
L’essentiel est d’avoir un budget.
Sommons par huissier tons ces malheureux journaux de province de nous tenir compte delà reproduction de nos articles, à raison de tant la ligne. Il est évident que le Palais de Justice saura les y contraindre.
Journalistes et romanciers auront en pbclie quelques centimes de plus, une misère !
Mais aussi ragent central sera rétribué grassement. Sdn emploi deviendra bel et
bien une charge; il pourra la vendre ou la transmettre par héritage.
Que demandez-vous de plus, morbleu !
Si ‘vous restez pauvres à côté de votre agence opulente, on invitera le baron Taylor à vous secourir. Il organisera des loteries en votre faveur; il vous fera l’aumône.
Pour ce qui est de votre talent, de vos travaux, de votre avenir, on ne sen inquiétera pas.
Seulement, le jour où vous serez en butte à la détresse et aux mauvaises tentations qu’elle donne, — malesuada famés l — on vous accordera, si vous avez des protecteurs, et sur votre requête écrite
et signée, de quoi ne pas mourir de faim pendant sept ou huit jours.
N’est-ce pas une générosité merveilleuse ?
Et si vous désire2 qu’elle se renouvelle, si vous ôtes prudents et sages, vous nommerez pour vos dignitaires, à chaque assemblée générale, des hommes déconsidérés, mais opulents, qui vous inviteront, de temps à autre, à dîner chez Lucullus, et qui, le jour où vous serez repus, monteront sur vos épaules de niais pour escalader quelque position politique.
Est-ce là, oui ou non, monsieur Louis Desnoyers, la société que vous nous avez faite?
‘fvt/ 'X
LOUIS DESNOYeHS.
Hélas ! ce 11’était point, évidemment celle que vous vouliez faire. N’en parlons plus... et que le ciel vous pardonne!