CHAPITRE III
nés. Sans les secours apportés par les sauvages, les colons seraient morts de faim. Malgré ces privations tous avaient bon courage. Au printemps chacun se mit à défricher son lopin de terre et les semences furent achevées, les jardins agrandis, de sorte que l'avenir de la colonie parut enfin sous un jour plus riant.
Au mois de juin, M. de Poutrincourt partit pour la France laissant le commandement du fort à son fils, M. de Biencourt. C'était un jeune homme de vingtquatre ans. Sa douceur et ses manières engageantes lui concilièrent l'estime de tous.
Quant à Louis Hébert, dès son arrivée en Acadie, il s'était acquis l'affection des Français et des sauvages. Les services qu'il rendait à ces derniers pendant leurs maladies, les guérisons étonnantes qu'il opérait, le faisaient passer pour un être extraordinaire. « Aussi, écrit M. Rameau, s'empressaient-ils autour de ce bon ramasseur d'herbes. »
Le chef de la tribu, Louis Membertou, tomba bientôt malade et il vint se mettre sous les soins de Louis Hébert. Les Jésuites l'accueillirent avec la plus grande charité et le soignèrent durant toute sa maladie. Le Père Massé le coucha même dans son Jit. Louis Hébert se fit tour à tour cuisinier et médecin, tant il avait à cœur de rétablir le pauvre malade. Cependant Membertou succomba malgré les soins dont il était entouré. Il mourut dans de vrais sentiments chrétiens. L'abbé Fléché lui avait déjà administré le sacrement de baptême.
32 LOUIS IiÉBERT.
Pendant ce temps-là M. de Poutrinconrt, toujours en France, apprit non sans peine la formation d'une compagnie nouvelle destinée à conduire des colons à quelques lieues de Port-Royal. Les dames de la cour s'offrirent pour payer les frais de l'expédition.
Vainement M. de Poutrincourt protesta contre le projet. Il eut beau démontrer qu'il était urgent de fortifier Port-Royal avant de fonder un nouvel établissement, rien ne put faire revenir les promoteurs de ce projet sur leur décision. Un navire fut équipé sous le commandement du capitaine La Saussaya Trente personnes s'embarquèrent pour l'Acadie ainsi que les Pères Quantin et Gilbert Du Thct, Jésuites. La reine fit un don de cinq cents écus; Mme de Verneuil fournit les vases sacrés et les ornements du culte, et M™ de Sourdis tous les linges d'autel.
Le 12 mars 1613, La Saussaye aborda au Cap de la Hèvê. En touchant la terre ferme, il fit ériger une grande croix aux armes de Mme de Guercheville, sa protectrice. Le Père Quantin célébra la Sainte-Messe. Après cette acte de foi, La Saussaye se rendit avec ses compagnons à Port-Royal. Il n'y rencontra que Louis Hébert qui, avec deux autres personnes, gardait le fort en l'absence de M. de Biencourt. La Saussaye, après les salutations d'usage, remit à Louis Hébert les lettres que la reine envoyait à M. de Biencourt avec, ordre de laisser partir les Jésuites. Ces lettres attristèrent profondément Louis Hébert. Il eût désiré voir les bons missionnaires ainsi que les nouveaux colons s'établir à Port-Royal; mais il se ren-