‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 17 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de cultiver un lopin de terre assez grand pour l'entretien de sa famille.

Les Associés de la Compagnie acceptèrent ces conditions peu onéreuses et ils permirent à Louis Hébert de s'établir à Québec.

Notre premier colon, cette fois, allait quitter la France pour toujours. A Paris, il possédait des propriétés; il les vendit. Ses parents et ses amis le sollicitèrent de revenir sur sa détermination. Ils lui représentèrent sans doute toutes les fatigues qu'il avait subies, toutes les peines qu'il avait endurées sur la terre acadienne. Rien ne put l'ébranler. Il prévoyait que cette nouvelle démarche lui causerait des ennuis. Mais si grand était son désir de contribuer à la fondation de la Nouvelle-France et à la conversion des sauvages qu'il se sentit la force de surmonter tous les obstacles. Que lui demandait-on, en effet? On le priait de recommencer à Québec les travaux entrepris autrefois en Acadie. Peu lui importait d'avoir dépensé huit ans dans une entreprise qui avait échoué misérablement et dans laquelle il avait perdu son temps, ses peines, tout le fruit de son labeur. M. de Champlain faisait appel à son patriotisme et à sa foi; il comptait sur son aide pour commencer une colonie stable c'en fut assez pour lui faire repousser toutes craintes d'insuccès. Louis Hébert se sentait appelé de Dieu pour contribuer à la fondation d'une Nouvelle- France et à fournir, par là, aux aborigènes, les moyens de parvenir à la foi chrétienne. Cet homme, cet humble colon est donc le type du pionnier-apôtre.

On ne peut croire pourtant que Louis Hébert et sa petite famille quittèrent sans regrets aucuns, leurs parents, leurs amis et leur patrie. Non, certes! Ils étaient d'une même nature que nous. L'abandon de ceux qu'ils aimaient dut leur coûter bien des sacrifices. Notre histoire nationale commence au milieu des larmes et des chagrins de la séparation. Les pionniers, qui, après cette première famille, vinrent sur nos rives, furent obligés de faire, eux aussi, le sacrifice de leurs parents et de leurs amis. Il nous semble les voir ces pieux colons se rendant à l'église de leur village natal en compagnie de ceux qu'ils aimaient pour y prier une dernière fois avant de s'embarquer pour leur lointaine destination. Après avoir mis leur voyage sous la protection de la Sainte Vierge, ils se dirigeaient vers le port où les attendaient des embarcations bien frôles, qui devaient les conduire dans leur nouvelle patrie. Les derniers adieux s'échangeaient alors au milieu des sanglots et des souhaits qu'un chacun formulait. Puis le navire s'éloignait lentement, la France disparaissait aux yeux des voyageurs qui, avant de perdre de vue cette terre chérie, lançaient de la main un dernier adieu vers la patrie aimée.

La traversée de Louis Hébert fut longue et orageuse. Près des Bancs de Terreneuve, le navire faillit sombrer. Les vents et les courants le poussaient contre les glaces flottantes. Un jour la tempête fut si violente, et le navire se heurtait si fort contre les banquises, que les malheureux passagers perdirent tout espoir

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