‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 36 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

n'avait pas déserté un arpent et demi de terre. Ces hommes imprévoyants, nous l'avons dit plus haut, s'appliquaient à retirer des revenus de la chasse et de la traite des pelleteries sans vouloir se mettre en peine de fournir à leurs employés les provisions nécessaires à leur entretien.

Une si coupable imprévoyance devait être funeste. M. de Champlain, pour obvier à cet inconvénient, avait ouvert des défrichements sur la côte de Beaupré, près du Cap Tourmente. Il y avait fait construire une maison assez spacieuse pour loger une famille, et il en avait confié la garde à Pivert, qui y demeura avec sa femme et sa nièce.

Le 27 avril 1627, il se produisit à Québec un événement insignifiant en lui-même, mais fort important au point de vue du progrès de la culture au Canada. Pour la première fois depuis la fondation de la colonie la terre fut labourée à l'aide de la charrue. Jusque-là, Louis Hébert et Couillard s'étaient servis de la bêche pour bouleverser le sol. On peut juger de la somme de travail qu'il fallait accomplir pour ensemencer une dizaine d'arpents de terre. Cet événement marque donc une époque importante dans l'histoire de l'agriculture canadienne.

M. de Champlain, qui nous rapporte cet incident, ne nomme pas celui qui, le premier, imagina de venir ainsi en aide aux premiers agriculteurs de notre pays, mais il paraît hors de doute que ce fut Guillaume Couillard. Ce colon entreprenant possédait dans sa ferme des bestiaux, et, comme il avait une

dizaine d'arpents de terre en valeur, il dut chercher le moyen d'accomplir plus "d'ouvrage en moins de temps. M. de Champlain fut singulièrement réjoui par cette innovation, car, comme il le déclare dans ses mémoires, elle montrait à ceux qui auraient désormais le courage de se livrer à la culture, qu'ils pouvaient le faire avec tout autant de facilité que dans la mère-patrie.

Cependant durant de longues années encore peu de colons imitèrent la conduite de Guillaume Couillard. Cette incurie de tant d'hommes qui auraient pu employer leur temps d'une manière utile fut la cause de la perte de la Nouvelle-France.

Durant l'hiver de 1627, la famine commença à se faire sentir. Les vaisseaux envoyés par la Compagnie subirent des retards extraordinaires. Les vivres destinés au soutien des habitants étaient en grande partie consumés pendant la traversée. A l'arrivée des vaisseaux il ne restait presque rien pour Québec. Chez les sauvages la situation n'était pas plus encourageante. Leur récolte de blé d'Inde n'avait pas été considérable, et eux-mêmes venaient chercher des provisions au fort. Guillaume Couillard, grâce au produit de ses champs, fut heureux d'aider ses compatriotes si éprouvés, et il resta l'unique espoir de ces pauvres affamés. C'est à ce moment que l'on commença à comprendre que l'agriculture était la vraie source de richesse pour la colonie. A ces inquiétudes qui attristaient M. de Champlain, d'autres aussi fondées s'ajoutèrent bientôt. Les sauvages, en-

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