‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 6 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

C'était un vaste bâtiment comprenant un magasin et plusieurs corps de logis. On érigea un four pour cuire le pain et un moulin pour moudre le grain.

Il fallut plusieurs semaines pour construire les divers logements; cependant des défrichements furent commencés dans le voisinage et l'on peut bien penser que Louis Hébert, l'un des premiers, se livra avec ardeur à la culture du sol. Cette année-là la récolte fut peu abondante, mais l'année suivante, dans une excursion faite à cet endroit, l'on trouva de beaux épis de blé, indice très sûr de la fertilité de la terre.

L'hiver fut excessivement long et rigoureux. Le bois de chauffage manqua; la construction de Y Habitation avait rendu le bois plus rare. Les colons, étant séparés de la terre ferme, n'avaient même pas d'eau douce. Il fallut faire fondre de la neige pour avoir un peu d'eau potable. Les hommes endurèrent mille souffrances. Si l'on eût choisi un endroit sur la côte, toutes ces tribulations eussent été évitées, mais, comme le dit M. de Champlain, l'on ne pouvait prévoir ces choses qu'après la mauvaise saison, puisque c'était la première fois que des blancs hivernaient en Acadie.

Bientôt une maladie étrange, le scorbut, se déclara parmi les colons. La mauvaise qualité de l'eau et l'abus des viandes salées, furent les causes de cette maladie inconnue en France. Louis Hébert prodigua aux malades les soins les plus assidus. Il étudia les symptômes de ce mal terrible, et essaya d'en enrayer les progrès. Il administra les meilleurs re-

mèdes; mais, en dépit de ses connaissances, il ne put les sauver tous: trente-six succombèrent.

M. de Monts ne tarda pas à être persuadé que l'île n'offrait aucune commodité. Il prit le parti de s'établir ailleurs. Pour faire ce déplacement et chercher un site plus commode et surtout plus salubre, il fallut attendre les beaux jours du printemps.

M. de Ghamplain, dans l'une de ses excursions sur le littoral, avait remarqué au fond d'une baie superbe un endroit qui lui parut idéal pour l'établissement de la colonie. L'entrée de cette baie est large de huit cent vingt-cinq pas; sa profondeur atteint deux bonnes brasses d'eau. Le port a deux lieues de longueur sur une de largeur; trois rivières y déversent leurs eaux limpides; ce sont celles de Port-Royal, de l'Esquille, et la rivière Hébert, ainsi nommée en l'honneur de Louis Hébert. D'après le Père Charlevoix c'est un des plus beaux ports du monde. Le climat y est tempéré, l'hiver moins rude qu'en beaucoup d'endroits de la côte, et la chasse abondante. On y voit des prairies fertiles. Du côté du nord se trouvent de belles montagnes ; vers le sud des coteaux gracieux et, çà et là, des ruisseaux larges et profonds qui décrivent mille contours avant de se jeter dans les rivières qu'ils alimentent. Les montagnes et les coteaux devaient offrir un beau coup d'œil aux explorateurs, car leurs forêts vierges n'avaient pas encore été entamées par la hache des bûcherons. Des chutes nombreuses, pouvant faire tourner les roues de plusieurs moulins, ajoutaient

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