‹ Louis Hébert (volume 2)Chapitre 68 sur 74 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tits-fils des premiers habitants de la Nouvelle-France avaient puisé au sein même de leur famille, les vieilles traditions de foi qu'aucun souffle impie n'avait souillées. « Ceux qui arrivaient chaque année, écrit le Père Charlevoix, étaient ou des ouvriers ou des personnes de bonnes familles, qui venaient sur nos rives dans la seule vue d'y vivre plus tranquillement qu'en Europe, et d'y conserver plus sûrement leur religion. La source de presque toutes les familles qui vinrent s'établir au Canada est pure de toute tache que l'opulence et la richesse ont bien de la peine à effacer. »

« Je crains d'autant moins d'être contredit, sur cet article, écrit le même Père, que j'ai vécu avec quelques-uns de ces premiers colons, presque centenaires, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, tous gens respectables, plus encore par leur probité, leur candeur, leur piété solide dont ils faisaient profession, que par leurs cheveux blancs et les souvenirs des services qu'ils avaient rendus au Canada. »

Québec, en 1663, avait l'aspect d'une petite ville. Quels changements s'étaient opérés malgré tout dans cette colonie depuis 1608! Couillard devait aimer à faire à ses enfants et aux nouveaux colons qui débarquaieht sur nos bords le récit des combats qu'il avait livrés et des travaux qu'il s'était imposés, pour l'avancement de la Nouvelle-France. Il aimait:

Ayant autour de lui sa famille assemblée,

... Par les beaux soirs,

A raconter aux siens sa jeunesse envolée,

Et ses luttes d'antan, et ses nombreux espoirs (}).

La narration des souffrances endurées par les premiers colons; la persévérance de Louis Hébert, celle non moins digne d'admiration de Couillard, excitait sans doute l'enthousiasme des auditeurs.

« Aux récits de l'aïeul les petits-fils frissonnent: Si belle fut sa vie et son passé si beau! Les spectres de ses hiers sortant de leur tombeau Apparaissent alors si fameux qu'ils étonnent. »

L'évocation de tant de souvenirs préparait le cœur de la vaillante jeunesse qui l'écoutait pour les luttes qu'elle devait livrer plus tard et pour les sacrifices innombrables que la patrie devait exiger d'elle.

« Aimant ces souvenirs, pensive, dans la nuit, La génération de jeunes qui se lève Se sent prise d'ardeur, et dit: La vie est brève, Du grand'père imitons l'exemple qui séduit. »

Nous n'avons rien sur les derniers moments de Guillaume Couillard; mais ce fut sans doute avec une âme confiante qu'il ferma les yeux à la lumière de ce inonde et qu'il dit adieu à ses enfants rassemblés autour de son lit. Ce vénérable vieillard avait passé sa vie à faire du bien; il entourait de soins les pauvres sauvages, et il s'appliquait a inculquer à ses enfants l'amour et la pratique de la charité.

Comme autrefois Louis Hébert, il les bénit afin d'attirer sur eux et sur leurs descendants les faveurs célestes. Il put ensuite se présenter en toute)

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