CHAPITRE II
vignoble. Ce qui, par une stupide oubliance, ne fut fait au grand déplaisir du dit Sieur et de nous tous. »
Dans une de leurs courses à travers le pays, les Français furent attaqués à l' improviste par les indigènes. M. de Poutrincourt avait recommandé à ses hommes de se mettre à l'abri dans leurs barques à la tombée de la nuit. Mais tous ne suivirent pas ce conseil et quelques-uns s'endormirent sur le rivage. Dans la nuit des sauvages attaquèrent les dormeurs. La sentinelle, qui veillait dans la barque, donna l'alarme à temps au cri de : Mon Dieu, on tue! on tue nos gens! M. de Champlain, Dupont- Grave, Louis Hébert se jetèrent à la hâte dans une chaloupe et coururent au secours de leurs compatriotes. Sans l'arrivée opportune de ce renfort les sauvages auraient fait un terrible massacre des blancs. Trois Français furent tués, un quatrième, blessé mortellement, mourut en arrivant au fort. Dupont-Gravé se fit emporter trois doigts de la main droite par l'éclat de son mousquet.
Nos pionniers acadiens couraient bien des dangers, mais ils n'en continuaient pas moins leur mission. Ils ne pouvaient se résoudre à abandonner un pays qui les avait captivés par ses richesses et ses beautés. Les collines garnies de leurs forêts séculaires, les rivières aux eaux limpides, les ruisseaux qui coulaient au milieu des terres, tout se réunissait pour leur faire aimer la Nouvelle- France. En présence de la grande et belle nature, leur âme se sentait plus
libre qu'au sein du bruit confus des villes. Ils lais-
saicnt errer leurs regards sur les tableaux qui se succédaient sous leurs yeux et qui renfermaient une poétique et sauvage grandeur. Leur enthousiasme grandissant leur dictait des noms qu'ils donnaient aux endroits qui les avaient le plus captivés, ce qui atteste, écrit l'abbé Casgrain, jusqu'à quel point était développé chez eux le sentiment de la belle nature. Tant de richesses et tant de beautés avaient charmé Louis Hébert. Il n'eut plus alors qu'un désir, celui de s'établir pour toujours en Acadie. Ce bonheur ne lui était pas réservé cette fois encore. M. de Monts qui, en France, avait espéré déjouer les plans de ses ennemis, prit le parti de rappeler tous les hommes qu'il avait envoyés en Amérique. Il ordonna à M', de Poutrincourt de repasser en France avec eux. Cette décision attrista profondément Louis Hébert. Il lui fallut obéir. Le 3 septembre 1607, il s'embarqua pour la mère-patrie, mais, ainsi que M. de Poutrincourt, il gardait au cœur l'espérance de revoir le pays quil aimait de toute son âme.