CHAPITRE X
La joie de Couillard et des siens est plus facile à imaginer qu’à décrire. Avec quelle hâte le navire fut attendu sur la grève! Dieu seul le sait! Toute la famille se rendit au-devant des Français pour leur souhaiter la bienvenue. Ce fut au milieu des larmes que furent échangées les poignées de mains.
Un défrichement dans la forêt canadienne.
Pour récompenser la fidélité de la première famille canadienne, la Providence permit que le premier sacrifice de la messe fût offert dans sa maison.
Nous laissons au Père Le Jeune le soin de nous rappeler cette scène si émouvante de notre histoire. “Nous allâmes célébrer la Sainte Messe dans la maison la plus ancienne de ce pays-ci, c’est la maison de Mm8 Hébert, qui s’est habituée près du fort, du vivant de son mari ; elle a une belle famille, sa fille
L0WIS HÉBERT
est ici mariée à un honnête Français. Dieu les bénit tous les jours, il leur a donné de très beaux enfants. Leur bétail est en très bon point; c’est l’unique famille française habituée au Canada.
"Ils cherchaient les moyens de passer en France mais ayant appris que les Français retourneraient à Québec, ils commencèrent à revivre. Quand ils virent arriver ces pavillons blancs sur les mâts de nos vaisseaux ils ne savaient à qui dire leur contentement, mais quand ils nous virent, dans leur maison, pour y dire la Sainte Messe, qu’ils n’avaient point entendue depuis trois ans, bon Dieu! quelle joie! les larmes tombaient des yeux quasi de tous, de l’extrême contentement qu’ils en avaient. Oh! que nous chantâmes de bon cœur le Te Deum ! C’était juste le jour de la fête de saint Pierre et de saint Paul. Le Te Deum chanté, j’offris à Dieu le premier sacrifice a Quebec. Dieu sait si les Français furent heureux de voir déloger les Anglais, qui ont fait tant de maux à ces misérables contrées, et qui sont cause que les sauvages ne sont point baptisés.”
L abbé Ferland, parlant de ces colons, s’exprime ainsi : Leur satisfaction fut complète quand ils purent assister au saint sacrifice de la messe, qui fut célébré dans la demeure de la famille Hébert, Depuis le départ de Champlain, ils avaient été privés de ce bonheur et, pour cause de religion, ils avaient été maltraités par leurs compatriotes huguenots passés au service de l’Angleterre. Ces bons catholiques étaient tellement affligés de ne pouvoir obtenir les secours de la religion qu’ils s’étaient décidés à abandonner leur maison et leurs terres pour se retirer