QU’IL REND DANS CE PREMIER VOYAGE. — RETOUR EN FRANCE
La traversée de T Océan, à cette époque, était loin d’être une entreprise facile. Les vaisseaux ne ressemblaient pas, même de loin, à nos palais flottants. Pour entreprendre le voyage il fallait une résolution peu ordinaire. La perspective d’être ballotés durant sept ou huit semaines et d’être exposés à la merci des flots suffisait pour arrêter beaucoup de gentilshommes qui eussent désiré prendre part à l’expédition.
Louis Hébert, plus courageux, fit connaître combien il désirait se rendre en Acadie. M. de Monts fut charmé de cette proposition. Il consentit à le prendre à son bord, car dans l’exercice de son art, Hébert pouvait être d’un secours très appréciable aux hommes de l’équipage aussi bien qu’aux colons. M. de Biencourt, baron de Poutrincourt., M. de Cham-
plain, r immortel fondateur de Québec et M. Dupont- Gravé s’embarquèrent sur le même navire.
M. de Monts ne fut pas si heureux dans le choix qu’il fit des premiers habitants de la colonie projetée. Il amena avec lui cent vingt personnes, des artisans, des soldats, les uns catholiques, les autres protestants. Deux prêtres, dont l’un appelé l’abbé Aubry, et un ministre de la religion prétendue réformée, furent chargés de donner les secours spirituels aux explorateurs. Ce mélange d’éléments religieux n’était pas fait pour attirer les bénédictions de Dieu sur l’entreprise.
Au mois de mars de l’année 1604, la flottille quitta le Havre de Grâce, par un temps favorable. La traversée s’effectua sans accident et fut assez rapide. Le 6 mai, deux mois après, elle abordait dans une île de la baie de Passamaquody, qu’on appela T Ile Sainte-Croix.
M. de Monts débarqua ses gens sur cette île, mais ce lieu n’était pas favorable pour l’établissement d’une colonie. Il s’en aperçut durant l’hiver. Aussitôt débarqué avec ses hommes, il les mit à l’ouvrage. Tandis que les uns déblayaient un grand terrain, d’autres abattaient des arbres, les équarrissaient à la hâte, et assemblaient toutes les pièces qui devaient rentrer dans la construction de V Habitation. C’était un vaste bâtiment comprenant un magasin et plusieurs corps de logis. On érigea un four pour cuire le pain et un moulin pour moudre le grain.
Il fallut plusieurs semaines pour construire les divers logements; cependant, des défrichements fu-