CHAPITRE VIII
Zaïre et Charles XII. — La guerre. — 1732-1753.
La devise légère qu’un chevalier jadis portait sur son écu à travers les batailles : « Chant d’oiseau ! » c’est celle que la France, parmi tant de misères, gardait le long de son histoire. A ce premier réveil de 1755, quand l’Europe la croyait morose, épuisée et glacée, elle se lève guerrière et rieuse, avec la chansonnette du pacha français Bonneval, et autres petits airs, que nos pères ont chantés jusqu’à la Marseillaise. C’était bien peu de chose. Mais, de rhythme et d’élan, ces airs n’en furent pas moins aux soupers, aux combats, de vraies marseillaises inspirées.
La France d’aujourd’hui, qui pose et se croit grave, ne comprend même plus comment c’était
chanté. Elle serait tentée de n’y voir que l’ivresse. Mais les voix avinées n’ont pas ces mélodies.* Les buveurs d’eau, les sobres, les maigres s’en grisaient. Deux choses en font l’accent qui ne sont pas vulgaires. C’est chant d’oiseau moqueur, risée des vieilleries. De plus, chant de l’oubli, celui de l’alouette qui plane insouciante, se rit de la vie, de la mort.
Aux colonies lointaines, nos Frances étrangères, plus émues que nous-mêmes, dans ces chansons rieuses ressentaient la patrie. Nos coureurs de bois qui passaient presque nus sous le ciel l’hiver du Canada, les dansaient avec l’Iroquois. Nos gens de Saint-Malo, fiers officiers, corsaires, quand soufflait la tempête, lui sifflaient ces refrains. Nos soldats, tout à coup si brillants dans la guerre qu’ils n’avaient jamais vue, quand quinze cents Français attaquaient vingt mille Russes, pour eau-de-vie avaient ces petits chants moqueurs qui font rentrer la mort dans les rangs ennemis.
Voltaire, sans perdre temps, nous fit le Charles XII, vrai livre de combat. Mais le livre vivant, c’était ce français-turc, Bonneval, qui, disait-on, transformait l’empire Ottoman *. Il était
1 Le prince de Ligne, dans sa charmante notice sur Bonneval(édition Barbier, 1817), va jusqu'à dire que c'était un homme de génie. Je n’en dirais pas tant; mais, pour l'esprit, l’audace, la bravoure, le coup d'ccil rapide en mille choses, c'est le Français peut-être le plus