‹ Louis quinzeieme 17241757Chapitre 2 sur 37 · CHAPITRE PH EM I EK · texte numérisé non relu

CHAPITRE PH EM I EK

licuiv cl M. le Duc. t7'.!4.

En simple précepteur avait transféré le royaume. Fleury avait d’un mot (que le Roi ne dit même pas, approuva seulement), créé M. le Duc. El cela sans conseil. Nulle délibération. Les ministres ignorèrent qu’on faisait le premier ministre.

Un seul témoin, le gnome, le nain familier, la Yrillière, celui que le Régent nonimail « le bilboquet. » Le petit homme avait le serment dans sa [loche, de sorte que M. le Duc put le prêter à l’instant même.

Ce nain était un personnage, de terrible im-

ivi. t

portance. En lui et sa lignée fui pour soixante années l’arbitraire monarchique, la Terreur papale et royale. Ministre des lettres de cachet et des prisons d’Etat, il les remplit de jansénistes. Par son petit parent, l’espiègle Maurepas (le chansonnier farceur), il avait la marine, les galères et les bagnes des forçats protestants.

La Bulle, étendant son royaume, avait énormément gonflé cet avorton. 11 voulait pour son fils une fille naturelle du roi d’Angleterre! Et pour cela d'abord il fallait le faire duc. Le Régent n’osait refuser. Il était dangereux par un côté obscur, le pied qu’il avait pris dans les profondeurs de Versailles, aux secrets cabinets où la royale idole vivait avec trois camarades. Là de bonne heure il eut son Maurepas, bouffonanl, folâtrant, malgré les rebuffades , écouté cependant et souffert comme un Triboulet.

Auguste lieu. Deux fois s’y décide le sort de la France (août 1722, juin 1726), au profil de Fleury. L’autorité est là, le pouvoir part de là. Celui qui y est maître, sans souci du Régent, de son vivant, pactise avec M. le Duc. Fleury n’en fait mystère ( Saint-Simon ). Son parti a déjà par Dubois la royauté religieuse. A la mort du Régent, il prend la royauté.

M. le Duc n’eut qu’un pouvoir borné. 11 croyait former le Conseil. Mais le Conseil, en trois per-

sonnes, n’en fut qu’une réellement, Fleury. Avec le petit Roi. Fleury fort aisément subordonnait M. le Duc, qui, seul de son coté, n’avait qu’à obéir.

Désappointé, il demanda du moins qu’il y eut un quatrième membre, qu’on appelât un homme bien connu de Fleury, et point désagréable, le vieux Villars. Ce qui ne servit guère. Ce fastueux bonhomme, très-faible au fond, ne fut qu’un comparse bavard.

Fleury fit deux parts du travail. D’abord tout seul avec le Roi, une bonne demi-heure, il donnait les grâces et les places, tout ce qui fait aimer (Villars). Pour le Duc restaient les affaires, tout ce qui fait haïr. S’il s’agissait d’impôts, le sensible Fleury s’en allait tout doucement.

Le Régent laissait tout dans un état terrible, désespéré. Celui qui succédait était perdu d’avance. M. le Duc, avec ses acolytes, sa M”' de Prie et Duverney, ne pouvait (quoi qu’il fît) que se précipiter, « et passer comme un feu de paille » (Argenson), en laissant à Fleury le terrain nettoyé.

Mais quel était Fleury? et par que! eu so réellement un homme de soixante-dix ans tenait-il à ce point un enfant de quatorze? quels étaient donc les charmes du vieux prêtre? son talisman mystérieux?

« Heureux les doux! car ils posséderont la

Terre. » Saint Matthieu prédisait Fleury. 11 était doux. Et tout lui lut donné. Il était patient, souriant. Au tond très-peu de chose, un agréable rien.

C’était un fort bel homme, fort grand, d’un peu moins de six pieds, d’une mine douceâtre. Il était du Midi, mais sans vivacité, au contraire lent et paresseux, et surtout (comme sont volontiers ces hommes longs) souple, pliant. Né à Lodève (1055), lils d’un receveur des tailles, il était pourtant gentilhomme. Ayant des frères, il dut alléger sa famille, lut fait d’Eglise. A quoi il n'avait pas grande vocation. Il lit chez les jésuites d’assez bonnes éludes, en surface et légères, resta un aimable ignorant.

Les rois ont un faible secret pour les hommes de décoration. Le favori de Louis XIII, on l’a vu, était un géant. Louis XIV, à qui Bossuet donna Fleury, pour sa belle ligure le lit aumônier de la reine, plus tard un de ses aumôniers. Quand il maria sa lille au duc d’Orléans, pour soutenir dignement le poêle, ou prit Fleury. Il n’était cependant que diacre. Fort peu pressé de se faire piètre, il ne s’y décida qu’à trente-neuf ans. C’était le temps où l’archevêque Harlay, la nuit, courait les filles dans les rues de Paris. Fleury, sans faire autant de bruit, entre Paris, Versailles, menait la vie douce et légère. Pucclles, le fameux janséniste,

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homme violent, mais très-véridique, a toujours affirmé qu’alors jeunes tous deux ils avaient même maîtresse par économie.

Le Roi aimait les détails de police. Il fut instruit sans doute, et un matin Fleury eut la faveur inattendue du plus sec évêché de France, Fréjus, à deux cents lieues, un désert, un marais, d’où il ne put se débourber. Quinze ans durant, il resta là inconsolable et l’avouant. 1) signait : « Évêque de Fréjus, par l'indignation divine. »

Lorsque le prince Eugène, apportant dans sa poche le démembrement de la France, fit avec le duc de Savoie son invasion provençale, Fleury alla à eux, leur plut et figura parmi leurs courtisans. Cela le coulait à Versailles. Désespéré, en 1714, il tourna, brusquement, se donna aux jésuites. Mais ils ne l’acceptèrent qu’en exigeant un gage, une très-pesante garantie. C’est que de leur main il prendrait un confesseur, un guide, un témoin de sa vie, qui aurait l’œil à tous ses actes. On le savait très-mou. On lui donna un magister terrible, certain Pollet, de Saint-Sulpice, qui sous sa verge avait (dans la plus sale rue de Paris) le séminaire Saint-Nicolas. C’était un cuistre, un mouchard et un saint, fort sincère, zélé jusqu’au crime. Quand on viola Port-Roval, qu’on brisa les cercueils, la police frémit elle-même, mais

n'osa reculer, se voyant regardée par une autre police, ce sauvage el cruel Pollet.

Sous celte influence violente, Fleury, en une année, du plus bas au plus haut est relancé, mis au pinacle, précepteur de l’enfant qui est tout l’espoir de la France. Kl cela malgré le vieux Roi, qui résista. Ce ne fut qu’au dernier moment, dans le funèbre Codicille, que, gagné de gangrène et la mort dans les dents, il se laissa arracher par Tellier celte dernière obéissance.

Le Régent n’osa rien changer. 11 conserva Fleury. Mais à côté de ce bellâtre qui ne servait à rien, il mit un tout autre homme el des plus estimés de France, nommé aussi Fleury, l’illustre auteur de V Histoire ecclésiastique. Solitaire dans Versailles, ce pieux savant avait été sous-précepteur du Due de Bourgogne. Et le lecteur du même prince, l'abbé Viltemcnt (l’honneur et la probité même) se trouvait être instituteur du petit Roi, lui apprenait à lire.

L’éducation était fort difficile. Le Roi, qui s’était vu si cher, si précieux, objet d’amour pour tous, n’écoulait plus que sa petite bande, fort gâtée, d’enfants dangereux. Stylé par eux, il savait dire : « Je veux. » On lui avait appris que ses gouverneurs, précepteurs, n’étaient que ses valets. Dans une telle situation, Fleury aurait dû conserver ceux qui avaient un peu de prise, le

vénérable confesseur et le sage instituteur Vitlement, que l'enfant écoutait assez. Loin de là, quand l’affaire d’août 1722 l’établit tout-puissant, il écarta justement ces deux hommes. 11 rendit aux jésuites leur privilège de confesser le Roi. Le P. Linières fut confesseur, moins d’effet que de nom pourtant. Fleury vraiment demeura seul.

Ft seul il dut rester par l’excès de la complaisance. N’enseignant rien, il ne venait à la leçon qu’en apportant un jeu de cartes. L ’ Alexandre de Quinte-Curce était sur table, mais si peu regardé que le sinel resta six mois à la même page (■ Arg .).

Le Roi, sans autre forme, quand il voulait, mettait son Fleury à la porte (Marais). Fleury avalait tout. A ce prix il restait, même était désiré à tels moments officiels où l’occasion commandait, où l’enfant Roi avait à dire un mot.

11 fallut le trouver, ce mol, à la mort du Régent. Mais toute chose était prête. Fleury, Pollel et les jésuites, voyant chez le jeune Orléans que le futur ministre serait Noailles, un demi-janséniste, traitèrent avec M. le Duc.

Des deux côtés, on se tint mal parole. Fleury gardait les grâces, le meilleur du pouvoir, travaillait seul d’abord avec le Roi, tenant ainsi M. le Duc en crainte, et sous une épée suspendue. M. le Duc, de son côté, loin de presser à Rome

If* chapeau de Fleury, l’enlravait secrètement. Il s’était engagé contre les jansénistes. Il y était très-froid, et même à lîome négociait la paix de l’Kglise.

Contre les protestants, le clergé avait compilé un Code général de toutes les ordonnances du dernier règne. M. le Duc devait le promulguer. Il l’imprima, le publia (mai 1724), mais non dans la forme ordinaire des actes du pouvoir, et sans rapport préliminaire. De plus, secrètement, il en neutralisa l’article essentiel, article meurtrier qu’on avait ajouté, et qui appliqué à la lettre eût pu frapper de mort (comme relaps) tous les protestants.

Chantilly n’était guère dévot. Les sœurs de M. le Duc, galantes et fort légères, dans leurs fêtes à la Rabelais, riaient volontiers du clergé. Voltaire rimait pour elles. 11 leur lit Rélébat [curé de Courdimanche). Il eut de M"" - de Prie une pension, et plus tard Duverney lit sa fortune en lui donnant part dans les Vivres. Fort unis avec l’Angleterre, W* de Prie et Dnvernev voulaient (en renvoyant l’infante, brisant le mariage espagnol) faire épouser au Roi une fille de Georges, chef des protestants de l’Europe.

Duverney, le vainqueur de Law, le cliiffreur obstiné, le maître de Barême, le rude chirurgien de l’opération du Visa,, n’était pas un homme

ordinaire. Avec ses trois frères, les Paris, il remplit tout un siècle de son activité. Montagnard, soldat, lournisseur, il eut toute sa vie l’air d’un grand paysan, sauvage et militaire. La Pompadour l’appelait : « Mon grand nigaud. » Au fond il aimait les affaires pour les affaires bien plus que pour l’argent. 11 mania des milliards et laissa une fortune médiocre. Nul souci des honneurs. Il ne prit d’autres litres que celui de secrétaire des commandements de M. le Duc.

Enfant il avait vu la rouge ligure de Louvois, idéal de Terreur, et il en avait gardé la tradition violente. Les quatre frères (aubergistes des passages des Alpes) partent du grand service qu’ils rendent à ïiouvois lorsqu’en un tour de main ils passent notre armée par-dessus les Alpes. Leur probité vaillante les fait commanditer par l’habile Samuel bernard ', qui les met en avant

1 l/liistoiie ùe <vs glane! financiers . plus curieuse que relie des rnis, est malheureusement bien difficile. — Leur patriarche, Samuel Bernard, a parfaitement réussi ii dérolier sa vie et les sources de sa fortune énorme. Homme agréable , très-discret , fils d'un peintre de cour, et nouveau converti en 1685 (V. Haag, France proies!.), il vit très-froidement que lu Révocation était une affaire. Ceux qui fuyaient ne savaient comment vendre, mais ils trouvèrent Bernard, intermédiaire des puissants acquéreurs ; du peu qu’il leur donna, ils furent ravis , l'acclamèrent le Sauveur. Bernard se mil alors à sa hver les armées, avec ses prète-noms, les Paris. Le plus miraculeux, c'est qu'il sauva sa caisse. Du naufrage de 1710, il émergea plus riche. Dès lors, dans un repos princier, n'agissant que sous main et par son bouillant Duverney, avec Crevât et autres, il mina le Système, lit le Visa pour n'étre pas visé. — Il savait parfaitement lu puissance de l'o-

dans les scabreuses affaires des Vivres. Chaque printemps l'année à l’étourdi, mal pourvue, entrait en campagne. Chaque année elle était sauvée, nourrie, grâce aux Paris, par un coup révolutionnaire, miracle d'argent, d'énergie. L’homme d’exécution était ce Paris Duverney.

toujours sur la frontière, et souvent entre les armées , déguisé pour mieux voir. Il payait comptant, sec et fort, donc était adoré des marchands, et suivi. 11 trouvait tout ce qu'il voulait. Une fois, pour l’armée de Y illars, il lit sortir de terre 40,000 chevaux à la fois. Le dernier coup du Rhin, qui lit la paix du inonde, appartient à Villars, mais aussi au grand fournisseur qui le transporta, le nourrit.

De cette vie d'aventures, de miracles et de coups de foudre, Duverney garda une tête fort chaude, et n’en guérit jamais. Sa joie aurait été de pousser toujours des armées. Et presque octogénaire il s'y remit encore dans la guerre de Sept-Ans.

pinion. Chez son amie, M“* de Fontaine-Martel, il accueillait et protégeait le* brillants et hardis penseurs. Ce lut le salon de Voltaire, de même que ses filles ou parents les Dupin. d'Épiuay. Franco? ur, etc.,) furent la société de Diderot. Rousseau, etc. — On connait les Paris un |>eu plus que Bernard. Leur histoire, celle de Pâris Duverney, a été esquissée par Luchct, Rochas et autres. F.Ue va nous être donnée, d'après des actes de famille, par le savant et consciencieux professeur de Grenoble, M. Maré. Quant à leur origine d'aubergistes des Alpes et aux services qu'ils rendirent en faisant passer l'année, Saiut-Simon date mal, mais, je «rois, ne se trompe nullement sur le fonds des faits.

En allemlanl il menait les affaires militairement, fit la guerre contre Law, contre ses théories, ses rêves. Mais à peine vainqueur de l'utopie, il devient utopiste, disons même, révolutionnaire.

Ce qui est curieux et vraiment de la France, c’est que ce grand souffle orageux qui fut en Duverney, de projets, de réformes, de brusques changements, change aussi M"" de Prie. Elle est gagnée, grisée. Elle le soutient et le suit avec celte fureur qu’elle a jusque-là mise aux intérêts de bourse. Elle se précipite aux périlleux essais de politique hardie où va sombrer demain cette fortune à peine élevée.

J’ai dit ses origines et sa terrible avidité. Elle procédait de la famine. Le contraste d’une grande misère et d’un orgueil royal, d’une haute éducation (sur laquelle spéculait sa mère) l’avaient aigrie, envenimée. Au retour de Turin où elle avait langui avec M. de Prie, un famélique ambassadeur, elle fut produite ici par une habile agioteuse, M de Verrue 1 , qui y trouva son

1 I.a femme agioteuse ue date |ias de la Régeucc. Avant la Tencin. la Chaumont, déjà M"" de Verrue, agiote sous Louis XIV. Au fond, c'était un homme, et fort émancipé, ayant su, vu, enduré tout. Née de Luvncs, au dérôt Versailles, mariée dans le dévot Piémont, elle vit bien le dessous des cartes. Son mari trouvait fort mauvais t|u'elle ne voulût pas être maîtresse du dur de Savoie. Elle obéit, fut reine (et captive du tyran jaloux). Enfin, ennuyée, excédée, elle s'enfuit, rentra au bien-aimé Paris, non pas dans l'ennui des de Luynes, mais dans une vie large d'affaires, de spéculations, île plaisirs. Elle devint uu

compte. Elle avait l’attrait diabolique que Satan donne à ses élus. Elle était enjouée, et tout à coup tragique; d’allure timide et serpentine, puis brusquement hardie. Volontiers les cheveux au vent, et quelque chose d’égaré. M™' de Verrue (comme elle, à moitié italienne), connaisseuse en beauté, y vit une sibylle de Salvalor.

D’un coup de sa baguette, cette fée de la Bourse la mil juste au centre de l’or, pour en prendre tant qu’elle voudrait. Elle n’en fut pas plus heureuse. On le sent bien au portrait de Vanloo, où elle nous regarde de face, d’un si terrible sérieux. Elle a alors sa plénitude. Ce n’est plus la fine Italienne, mais la forte beauté romaine. Est-ce Agrippine ou Mcssaline? L'une et l’autre peutêtre, avec un vide immense que l’or n’a pas rempli. Qu i comblera l’abîme? les vices males.

centre. Son hôtel ôtait un musée. !.a première, plie osa admirer, acheter les Ruhens, les Hrinhrandt (que méprisait tant le grand Roi). Elle sentit rivement la de Prie, un charmant César Horgia, effréné, intrépide, mais sans le froid, le faux des vrais scélérats italiens. Il ne fallait pas moins pour mordre sur M. le Duc, qui était bien usé, qui aimait peu les femmes, qui s'ennuyait déjà avec M" de Nesle. Alors, c'était la bais-o. Mais la de Prie parait, et la hausse est lancée (juillett720). le vertige, la furie, la trombe. Dès que M. le Duc possède ce magique diamant, la Fortune elle-inéme vient s'engouffrer dans Chantilly. — Lieu dangereux, charmé, et propre à faire des fous. Les Condés étaient tous bizarres. El M“" de Plie lut Coudé. D'abord comme eux, avide. Puis féroce (pour eux contre Orléans). Enfin, mortellement libertine. Le tout à la romaine. Point bourgeoise (à la Pompadour). Point vulgaire <à la Du Rarrvl.

furent* cl vengeance? les grands bouleverse- Mien Is ? ou Vénus furieuse, l'extermination du plaisir?

Elle passa, sinistre météore, ne fondant rien, ne laissant guère, jetant par la fenêtre au besoin du combat tout cet or amassé (d’Arg.), n'ayant pas moins manqué, raté sa royauté. Pour elle la fortune est moqueuse. Elle l’a fait attendre longtemps, puis gorgée tout à coup, mise au pouvoir. « Allez! marchez! » dit-elle. Et tout est impossible. Tout est obstacle et précipice. Plus l’obstacle se dresse, plus Duverney et la de Prie se lancent contre, comme ces chevaux furieux qui se jetent sur les épées. Du premier coup, réforme universelle. Us déclarent hardiment la guerre à tout le monde.

L’idée lixe de Duverney a\ail été la Comptabilité, la lumière dans les chiffres. L'ordre et l’exactitude qui avaient fait la fortune des Paris, il s’obstinait à l’introduire dans la fortune de l’Étal. « Colbert le voulut, dit Rarême, ne put, ne trouvant pas alors de gens capables. » Duverney le tenta (1721). En 1724, il osa davantage. Au grand effroi de la Mallôte, il livra son grimoire au jour, commenta l’œuvre colossale de réunir et publier les ordonnances de finances (Fermes, Gabelles, Monnaies, Domaines, Charges, Rentes, Colonies) en 20 vol. in-folio. L’antre de Cacus en

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frémit, et les écuries d’Augias sc Uoublenl horribleinenl. Les hauts banquiers, protecteurs des Paris, le grand vieux Samuel Bernard, leur père et créateur, durent s’indigner. « Et toi aussi, mon lils ! »

D’autre part, que pensa la cour, lorsque cc Duverney lit un état des Grâces et pensions — et ce dans l’ordre alphabétique, de sorte qu’à chaque nom on trouva et on sut. Lumière désagréable. Jusque-là un chaos protecteur couvrait tout cela, si bien que tel touchait plusieurs fois avec un seul titre.

Duverney durement ferme aux seigneurs la source aisée des dons du Boi , les forêts de l’État. Bien plus aisément que l’argent, le Roi donnait des bois (sans trop savoir ce qu’il donnait). Plus de permission de couper les futaies (25 mars 1725).

La noblesse de cour cria. Mais quelle stupeur quand Duverney supprima la noblesse de ville, l’oligarchie municipale qu’avait créée Louis XIV. Il soumit à l’impôt quatre mille petits rois de clochers. Ils avaient acheté presque pour rien une mine d’or. Réglée par eux en famille, à huis clos, dans une obscurité profonde, la fortune des villes était la leur. Étal doux et commode, et vraiment respectable par une durée de quarante ans. La foudre tombe. Duverney les

rembourse en rentes, et rend au peuple son droit d’élection.

Révolution immense, et qui eût changé les mœurs môme, recréé une nation. Hélas! c’était bien lard. Celle-ci n’était guère en étal d’en user. On ne savait plus même ce que c’était qu’élection. La ville, si paisible, se trouvait dérangée. Ennuyeux mouvement. Heureusement, le sage Fleury dix ans après rétablit le repos, les municipalités héréditaires, le gâchis et l’obscurité. Ils purent tout à leur aise tripoter le présent, engager l’avenir, tellement qu’en 89 la seule ville de Lyon devait trois cents millions.

Nous dirons tout à l’heure les autres imprudences de Duverney, l’essai d’égalité d’impôt, le bureau des blés et farines (imité par Turgot), l’organisation des milices (copiée aussi plus lard). 11 se trouva avoir irrité toute classe. Il périssait et il devait périr également par le mal, par le bien. Les brutalités tyranniques qu’on avait supportées des autres (de mauvaises mesures sur les monnaies, sur l’intérêt), de lui parurent insupportables.

Lue étrange défense d’étendre la ville de Paris, une ordonnance draconienne sur le petit vol domestique parurent (avec raison) ridicules et barbares, et blessèrent le bon sens public.

Un procès maladroit fut plus funeste encore à

lui, à M 1 "' de Prie. Le ministre Leblanc, favori du Régent, avait beaucoup gâché et pris dans l ’ Extraordinaire de la guerre; plus, laissé l'Étal engagé pour quarante millions. Cette caisse de P Extraordinaire, un capharnaüin, un chaos, lut éclaircie par Duveruey. 11 y eut plaisir, il est \ rai. Leblanc était son ennemi, surtout délesté par M"" de Prie, qui poursuivait eu lui un amant de sa mère, coupable (selon elle) d’avoir tué un de ses amants (Richelieu, Mém. IV).

Ainsi, embrouillant toute chose, la folle, dans le procès de vol, en mêlait maladroitement un criminel. Leblanc, par ordre du Régent, eût fait faire certains meurtres. Fable absurde, incroyable! Que ce prince si débonnaire pour ses ennemis même, eût commandé des crimes ! comment le croire? On haussait les épaules.

Elle espérait brusquer, emporter tout par une Commission. Mais Leblanc en appela au Parlement qui évoqua l’affaire. Les Orléans, bien loin d’être abattus, au contraire en furent relevés. On applaudit le bon jeune Orléans qui allait au Parlement soutenir les accusés. On siffla outrageusement les gens de M"”' de Prie, qu’elle envoyait siéger, trois ducs et pairs. Le Parlement, quelquefois si sévère , ici tout à coup indulgent, emporté par l’opinion, par l’élan de Paris, ne voulut voir en celte affaire qu’erreur, légèielé,

irrégularité. 11 ordonna restitution, consacra la réforme de Duverney, ce qui sauva à l’Étal une somme de quarante millions. Mais Leblanc et consorts furent sauvés et blanchis plus qu’ils ne méritaient. Duverney fut honni, maudit pour sa sévérité. On fit un triomphe aux voleurs.

in.

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