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en avait uu qui faisait ses affaires et écrivait pour elle, digne d’elle (on en a des lettres. V. MotUgon ), un sot, frère coupe-choux, qui écrivait comme un portier. Celui du Roi, tout autre, espagnol, le P. Bermudez, dur et profond jésuite qui ne désirait rien que l’extermination des jansénistes, brûlait de le voir à Versailles. Autant la reine poussait vers l’Italie, autant le Roi aimait , regrettait , désirait la France , pour la France elle-même, non pour la royauté.
Le Retiro, l’Eseurial, S. lldefonse, étaient les vrais châteaux des songes. Du plus haut au plus bas, tous rêvaient et politiquaient. Les confesseurs aux entre-sols, les grands, les majordomes, les valets dans les antichambres, sans cesse refaisaient la croisade et renouvelaient l’Armada. Les cuisiniers raarmitonnaient l’Europe. Lieu admirable aux intrigants, aux charlatans dévots. Un aventurier, Riperda, Hispano- Hollandais, qui pour les affaires de commerce avait stylé Albéroni, vient un matin, est touché de la Grâce et se fait catholique. Même farce de l’abbé Montgon qui vient exprès de France pour admirer de près la sainteté du Roi, et, s’il le faut, se faire moine avec lui.
On savait que Philippe voulait alors [>asser en France (janvier 1724). Voyant le Régent mort, l’enfant Irès-chancelant, il faisait scs paquets. La
reine avait baissé. Bermudez l’emportait. On faisait faire au Roi une chose extraordinaire, quitter le trône sur l’espoir d’en avoir un autre. Il croyait rassurer l’Europe par un semblant d’abdication, gouverner par son fils. Il avait ramassé une bonne somme pur le voyage et se tenait le pied dans l’étrier. Tout manqua. Le jeune roi d’Espagne mourut. Son père fut condamné à reprendre le trône.
Dans leur courte retraite, le roi, la reine avaient fort écouté le hâbleur Riperda, nouvel Albéroni, qui mena la reine d’Espagne comme l’ancien Albéroni menait alors à Rome la reine d'Angleterre, femme du Prétendant. Leur plan était le même, toujours le vieux roman jésuite, ramener le Stuart, catholiciser l’Angleterre, et par elle le reste du monde. Coup manqué tant de fois.
Mais tout parut possible, dans l’aveugle fureur où les jeta le renvoi de l’infante (avril 1725). Se venger de la France, frapper l’Anglais, changer la face de l’Europe! tout fut aisé. Comment?
Riperda s’en chargeait. « Il soldait l’Empereur, vieil ennemi, mais nécessiteux ; il lançait sur la France son invincible prince Eugène, pendant que la flotte espagnole, aidée des vaisseaux russes, menaçait l’Angleterre. Georges, serré de près, effrayé, ne pouvait guère manquer de rendre Gibraltar. Faiblesse impopulaire, qui irritait son
peuple, et lui coûtait le trône. Le Prétendant rentrait sans coup férir*.
« Un mariage unissait à jamais les deux grands princes catholiques, l’Espagnol, l’Autrichien. Celui-ci n’ayant qu’une fille pour héritière, il la donnait à Don Carlos, pour dot l’empire d’Autriche et même (on peut gager) Y Empire. »
L’Empereur fut bien étonné de la proposition. Mais comme Riperda arrivait les mains pleines, et prêt à jeter les ducats, on lit bonne contenance. On lui donna espoir. Caché trois mois dans Vienne, il achetait les ministres un à un. Et l’Empereur aussi recevait. Seulement il trouvait le traité un peu dur. « Tout était pour l’Espagne. » Riperda insistait en faisant espérer qu’on suivrait le grand plan d’Eugène : le démembrement de la France (Coxe, ch. xxxvii), qui donnait à l’Autriche la Bourgogne et tout l’Est, ce qu’avait eu Charles le Téméraire.
A Vienne, comme à Rome, à Madrid, la femme dominait. L’Empereur Charles VI dépendait de sa
1 Comme pour augmenter à plaisir les difficultés, ils arborent le drapeau jésuite. Le Prétendant avait eu le bon sens, pour tranquilliser les Anglais, d'avoir un conseil protestant. De Madrid et de Vienne, on le gronda. Sa femme, ardente Polonaise, que dirigeait Albéroni, fil comme la Farnèse; elle le prit par l'alcôve et le lit, se mit dans un couvent, jusqu'il ce qu'il quittât ses protestants, montrant bien que l'affaire serait toute religieuse, la conversion forcée de l'Angleterre. Par là il se brisait lui-inème. Il blessait sans retour tous les protestants lacohiles (lord Mahon).
belle épouse. Elle avait horreur de l’Espagne, et encore plus sa jeune fille qui voulait un fils de Lorraine. Il venait de faite celle-ci son héritière par un acte fort irrégûlîer (Pragmatique) pour lequel il mendiait l’appui de chaque puissance. Il avait besoin de l’Europe pour cette succession illégale, donc était fort loin de la guerre (Villars, 529) et n’écoutait l’Espagne que pour lui tirer ses ducats.
Mais il faut des ducats. Riperda n'en a plus. La comédie finit. Il tombe honteusement. « La reine ouvre les yeux sans doute? » Point. Elle extravague encore plus. « L’Espagne à elle seule suffit contre l’Europe. Si seulement la France n’agit pas, nous l’emporterons. » Heureusement M. le Duc n’est plus, Fleury est maître. De Madrid on envoie l’équivoque abbé Montgon. La reine (sans égard aux volontés du Roi) veut qu’à tout prix Montgon gagne Fleury, se confie à Fleury, lui livre tout, s’il faut, pour obtenir de lui trois mois d’inaction, le temps d’emporter Gibraltar. Car, Gibraltar pris, Georges tombe et le Stuart succède (dans sa folle imagination!).
Ce qui est merveilleux, c’est que ce roman ridicule, présenté à un homme aussi froid que Fleury, ne fut point du tout rejeté*. Il n'eût osé.
• Personne n’a eu la patience Je lire les cinq volumes de Montgon. Il est très-instructif pour qui sait le comprendre. Il montre : 1* l’oppo-
Ses maîtres, les chefs ultramontains, tenaient trop fortement à la chimère du Prétendant. Il accorda ce que voulait, la reine. Le ministre eût dit Non, mais ’ prêtre dit Oui. Tout en doutant que l’affaire fût aisée, il accord^du temps. A regret. .11 dit à Montgon : « Seulenient. je vous prie, dites au confesseur de la reine l’embarras où je suis. Nos préparatifs pquvent bien sauver un peu les apparences. Mais tout ce jeu ne peut durer longtemps. »
Les vieux militaires espagnols déclaraient le siège impossible si l’on n’avait la mer, que l’Angleterre tenait par trois énormes flottes. L’Autriche le blâmait, et loin d’aider l’Espagne, elle travaillait contre elle en Italie. Les agents jacobites qui de Rome allèrent en Écosse pour tâter le terrain, trouvèrent tout impossible. L’évidence était telle que le pauvre Roi même demandait à la reine pourquoi elle exigeait cette vaine effusion de sang. Il en avait horreur, horreur des
sition du roi et de la reine. Le roi l'envoie pour qu'il réveille ses partisans. rallie M. le Duc. etc. La reine l’envoie pour obtenir il tout prix de Fleury le temps de prendre Gibraltar ; pour cela il faut que l’abbé achète la confiance de Fleury, môme en lui rapportant tout ce que dit M. le Duc. Le pauvre Montgon n'eût jamais osé une telle trahison qui ne lui profitait en rien sans l'ordre de la reine d'Espagne à qui elle profilait visiblement. — ‘2* Montgon révèle ce fait curieux que Fleury n’osait refuser .’i la reine d'Espagne, au grand parti jésuite, le temps de prendre Gibraltar, et même de soulever l’Écosse, de lancer le Prétendant. 11 louvoyait, trompait alors Walpole. Il était pré/re, et pas encore Anglais.
intrigants qui, pour remplacer Riperda, la servaient dans sa furie folle. 11 refusait tout travail avec eux. Alors elle le persécuta. Elle lui supprima la consolation religieuse, en lui chassant son confesseur. Elle lui supprima ce qui était sa vie, le rapport conjugal. Torture bizarre. Par les poisons d’amour, elle le mettait hors de lui, refusait. L’effet en fut terrible et imprévu. Il devint très-lucide, accablant de raison, il dit ce que dira l’histoire, qu’elle était l’assassin du Roi, du peuple. Et il la châtia rudement. Épouvantée de lui voir le bon sens revenu, elle pleura, pria. La nature, l’habitude lui rendirent l’ascendant. Mais il la connaissait ■ et il la méprisait. Lorsque très-lâchement elle faisait semblant d’aimer le fds du premier lit : « Oh ! la fausse, la fausse Italienne! » dit-il avec un rire amer.
L’échec de Gibraltar, l’abandon de l'Empereur (51 mai) ne la corrigeaient pas. Par la mort du roi Georges, elle espérait encore que tout pourrait changer, s’obstinait à rester armée, usant l’Espagne jusqu’aux os. Le Roi s’en mourait de remords et voulait abdiquer, ce qui eût renversé la reine avec ses Italiens, rendu l’Espagne aux Espagnols. Rien de plus sage. Mais la reine y pourvut. Elle changea les clefs et les serrures, le tint sous les verrous. Dans quel état réel était-il? qui l’a su jamais? Enfermé et gardé, il
protestait pourtant d» la seule façon qu’il pouvait, ne faisant plus sa barbe, n’entendant plus la messe. La reine en était inquiète. Elle fit la dévote et la bonne Espagnole, jusqu’à prendre la robe franciscaine, là, robe des Mendiants. Cela dura huit mois au moins, en 1728.
Un jour enfin, sachant que Louis XV était relevé de maladie et notre reine enceinte, il se fit scrupule de son deuil, lorsque la France était en joie, et comme bon Français, comme parent désintéressé, il se leva, se fit la barbe, se montra gai et doux. La reine désirait ardemment qu’un nouvel enfant prouvât leur union et le fît croire libre. Elle y réussit en effet (17 mars 1729), elle conçut, et comme elle avait fait un vœu à saint Antoine si cela arrivait, elle nomma sa progéniture Antoinette.
Tout s’était arrangé par les intérêts domestiques qui seuls touchaient les rois.
L’Empereur, bon père de famille et docile à sa femme, ajourna ses plans de commerce qui irritaient l’Anglais, et il eut ce qu’il voulait pour sa fille, la garantie qu’elle serait son héritière au mépris des droits électifs de tant de peu- ' pies et des lois de l’Empire (31 mai 1727).
Georges II n’est pas moins mené, fort doucement, par sa Caroline, fine, patiente, qui pour favorite a pris la maîtresse de Georges. Pour bien
consolider la maison de Hanovre, elle lui fail garder le ministère Walpole, qui répond de la France, et de la mécanique qui fait voter le Parlement (juin 1727).
Pour la reine d’Espagne d’avance elle est domptée par la famille. Walpole la corrompt par Carlos, l’enfant futur roi d’Italie. Ne pouvant conquérir, convertir l’Angleterre, elle subit l’amitié hérétique qui la conduit à ce but désiré (9 novembre 1729).
Toute celte basse politique de famille et de femme, de nourrices et de nourrissons, d'arrangements domestiques , intérieurs, était au fond fort claire, nécessaire et fatale. Œuvre de pure nature, non de diplomatie. Par une dérision singulière de la fortune, le plus oisif de tous, Fleury, parut le centre de l’action européenne, l’arbitre et l’auteur de la paix.
Walpole y lit beaucoup. 11 avait intérêt «à rendre Fleury important. Son frère, le jeune Horace Walpole, lorsque Fleury se retire à Issy, va le voir, reste son ami. Georges II arrivant, les Walpole usent de Fleury, le font parler pour eux, disent au nouveau roi : «Par Fleury nous tenons la France. »
L’Empereur, ne cédant qu’à son intérêt domestique, parut condescendre à Fleury, à son envoyé Richelieu, au pape, à la médiation de . Rome et de Fleury.
Nous avons vu que ce faux politique, un prêtre au fond, louvoya au moment où la prè- Iraille jacobite croyait entamer l’Angleterre. Il donna le délai que l’Espagne voulait pour la vaine entreprise qui hasardait la paix du monde. Elle se fit pourtant, se refit, cette paix. Fleury en eut la gloire, triompha d’une affaire que tous avaient voulue et qui s’arrangeait d’elle-même.
L’histoire trop aisément accepte ce triomphe. Il faut en croire plutôt son bon ami Horace Walpole, selon lequel il fut ignorant, incapable aux affaires de l’Europe. Pour celles de la France, non-seulement il les ignorait, mais ne voulait pas les apprendre, éloignant avec soin tous ceux qui avaient eu part aux affaires. Torcy, Noailles lui auraient dit les choses, Saint-Simon les personnes. Les gens des deux Visa, Fagon, Rouillé, Barême, lui eussent éclairé le monde de finance auquel il se fia si sottement. Du personnel diplomatique il écarta les gens habiles et fins de la Régence, mit des sots à la place, des prélats imbéciles qui ne savaient rien que la Bulle.
Villars dit et répète qu'on se moquait de nous.
« D’où vient, dit Louis XV à la mort de Fleury, qu’il n’y a plus d’hommes en France? » En tous les rangs marquants Fleury avait fait le désert.
sa —