DEUXIEME LETTRE
Joseph Jecbatab à Benjamin Elul d'Alexandrie.
Écrit du faubourg de Daphné le douzième jour du mois de Tamuz.
Si tu es bien tout est bien.
Je viens de voir et d'entendre des choses que je n'oserais t'écrire si Je n'étais sûr de notre frère qui te les porte.
Avant-hier il y a eu dans Antioche un violent soulèvement. Les Donatistes et les Ariens se sont battus dans les rues, et ceux qui se nomment orthodoxes , ont deux Evêques et n'ont pris parti pour personne, les Macédoniens (élèves de Macédonius, l'Evêque de Constantmople ) sont survenus et ont eu le dessus pour un jour.
Hier la ville était encore émue de ce trouble, lorsqu'on a vu arriver des soldats exténués de fatigue et de faim qui ont annoncé la défaite de l'armée entière. Ils étaient suivis d'un grand nombre d'habitants de Nisibe. Cette ville, contre toute attente, est livrée aux Perses. Les débris de l'armée sont rassemblés et retranchés dans une place qu'on appelle le Camp des Maures sur les limites du désert. C'est une chose horrible à voir que la joie féroce des habitants d' Antioche. Us accablent de boue et de pierres les malheureux soldats, à moins qu'ils ne tracent sur leur front le signe de la croix avec une couleur rouge ou noire. Les hoplites et les cavaliers gaulois que Julien avait emmenés de Lutèce ont été entièrement détruits, dit-on; on ne sait encore ce qu'est devenu l'Empereur. Les Légionnaires ont soutenu la retraite, qui a été confuse et désastreuse. Les cavaliers perses ne cessent de harceler jour et nuit les soldats que la misère et le climat ont exténués. Ils ressemblent à des fantômes, et la plupart ne conservent de leurs armes que des tronçons de piques qui leur servent de bâtons. Ils ont les pieds sanglants, la tête enveloppée, et sont couverts de cicatrices.