LOUIS XI ET LES INTÉRÊTS COMMERCIAUX DE LA BOURGEOISIE
I. Conceptions de Louis XI en matière commerciale. — Il soumet le commerce français à la protection. Il essaie de créer une Compagnie du Levant. — Il. Sur toutes ces questions, il consulte fréquemment les principales municipalités. — III. Il leur laisse la juridiction commerciale. — IV. En toute occasion, il veille aux intérêts matériels de la bourgeoisie : son projet de libre échange avec l'Angleterre ; l'assemblée de 1483.
Pour tous les contemporains, le progrès de la richesse se marque par l’accroissement du numéraire : 1l s’agit donc d'attirer dans le royaume l'argent des étrangers et d’empèêcher, au contraire, l'argent français de se dépenser au dehors. D'ailleurs, plus l'argent s’accumulera en France et plus les ressources de la royauté grandiront. Dans l'intérêt même de l’État, Louis XI doit se préoccuper de la richesse générale : il lui faut, avant tout, se procurer de l'argent.
Pendant la guerre de Cent ans, ce sont les étrangers qui ont fait en France tout le commerce : Louis XI s'efforce de les déposséder au profit des bourgeois français. Il est soutenu par l'opinion publique : en mars 1462, ses agents lui désignent les trois villes qui semblent le mieux situées pour l'établissement de banques, qui devront centraliser l'argent envoyé en cour de Rome, c’est-à-dire Paris, Lyon et Montpellier ; cette innovation, ajoutent-ils, constituera un grand
avantage pour les sujets du roi, car « maintenant Ytaliens en levent grand prouffit'. »
Louis XI établit donc, en faveur du commerce francais, un véritable système « protecteur ». Pour vivifier les foires de Lyon, il interdit à ses sujets de fréquenter celles de Genève ; pour développer la prospérité de Rouen, il défend formellement aux Français d’aller faire le commerce aux grandes foires de Flandre, à Anvers, à Bruges, à Ypres « ne autres estans hors du royaume* » ; à Bordeaux, même au moment des foires franches, il maintient sur les étrangers l'impôt de 12 deniers pour livre. — Les étrangers, qui veulent transporter leurs marchandises par voies navigables, doivent faire compagnie francaise, c'est-à-dire céder la moitié de leur cargaison à l'association des marchands de Paris. Les habitants d'Arras protestent contre cette coutume et invoquent, à l'appui de leur thèse, d'anciens privilèges, antérieurs à 1420 : le Parlement donne gain de cause aux Parisiens ; les Arrageois, qui ne feront point « compagnie française », verront leurs marchandises confisquées à Paris*.
Lorsqu'on est engagé sur cette voie, l'on en arrive aisément à la conception du monopole : Louis XI défend de laisser entrer en France les épiceries, les draps de soie et les autres marchandises du Levant qui n'ont pas été transportées sur des « gallées de France ». Mais, dans les grandes villes de commerce, on proteste contre ce procédé : à Lyon, dès 1464, on craint qu’il ne porte un coup mortel à la prospérité des foires‘; le roi, cependant, s’entète de son
Bibl. Nat., ms. fr. n° 20485, fo 46.
Ibid., n° 5950, fos 3 et suiv.
Bibl. Nat., ms. fr. no 5300, fos 77 vo et 78.
Le 11 décembre 1464, les Conseillers de la ville « ont appoincté