Nouvelles 5, 20, 2r
4. S'il faut ajouter à son actif les nouvelles 5r, gr, 92, 98, 99, ce qui donne au rédacteur le nombre de 16 nouvelles, la première place dans le livre lui revient bien naturellement. Monseigneur commence le livre, nouvelle 1 ; Philippe de Loan le termine, nouvelle 106.
226 LOUIS xt
sire Jehan Lanvin; M. le Voyer; Antoine de la Sale, précepteur des enfants de Louis de Luxembourg; Mahiot d'Auquesnes, qui s'occupe des chevaux et de la fourrière; Jean Martin, garde des joyaux; Hervé de Mériadec, soldat breton, grand écuyer d'’écurie; Guillaume de Monbléru, le neveu de Jean Régnier, le poète bailli d'Auxerre, maître d'hôtel de Charolais ; le marquis de Rothelin, Rodolphe de Hochberg, qui sera maréchal de Bourgogne ; M. Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, dont Louis XI fera un connétable de France ; Mgr de Saint-Yon qui est le prévôt du Quesnoy; Mgr de Santilly ; Guy de Roye, Mgr de Thalemas, qui reçut le dauphin à Bruxelles; Timoléon Vignier, gentilhomme de la chambre de Monseigneur ; Claude de Messey, prévôt de Waten.
On le voit, le dauphin Louis n'apparaît pas au nombre des conteurs.
Mais il est représenté par trois de ses serviteurs. Le seigneur de Villers, Breton, « beau fils et net », très gracieux homme, qui raconta six nouvelles! ; Jean de Montespedon, dit Houaste, écuyer et premier valet de chambre du dauphin, le seigneur de Beauvoiren Dauphiné? ; le seigneur de la Barde, neveu du seigneur de Pons, brave et doux tout ensemble, qui est écuyer d'écurie du dauphin Louis“.
Que racontent ces gens P Leurs souvenirs, des traditions locales, et quand ils sont plus lettrés, des arrangements de leurs lectures, les mots des facéties de Pogge alors dans leur nouveauté. Mais tout cela situé dans un cercle très étroit, qui s'étend du gentil pays de Brabant, « bonne marche et plaisante, fournye à droit et bien garnyc de belles filles, et bien sages coutumièrement ‘», où il y a tant de bonnes aventures”, au Hainaut, un autre « bon et gracieux pays‘ » : Anvers, Bruxelles, Bruges, Lille, Saint-Omer, Arras, Saint-Pol, le
1. Nouvelles 32, 35, 55, 66, 57, 95. — 2. Ibid. 27, 30. 8, Nouvelle 31, — 4. Ibid. 58,— 6. Ibid, go. — 6. Ibid. 98.
Boulonnais sont les localités le plus fréquemment nommées.
C'est bien le temps où, suivant le mot de Jacques du Clercq, le péché de luxure règne parini les princes, les gens d'Église, les gens mariés tout simplement, où le plus gentil compagnon est celui qui s’entend le plus à tromper, à jouir de l'instant’. Chacun dit joyeusement son conte, comme on pousse, à la fin d’un repas, sa chanson. Des histoires pour rire, dont quelques-unes seulement sont sentimentales, et qui correspondent toujours à ce que nous savons du caractère des conteurs*.
Mais si l’idée est venue d'Italie, si le Pogge y est pour quelque chose, les Cent nouvelles nouvelles nous font connaître un cercle localisé dans le nord de la France et les Pays- Bas surtout. L'élément dramatique y compte pour rien. L’art du conteur va au trait rapide. Il excelle dans le dialogue, s’exalte dans le vrai, dans l’obscène, montrant cette surabondance de vie et de santé qui correspond à ces tempéraments du Nord où la luxure, la bonne chère, la boisson l’emportent. Et c’est une galerie de femmes rusées, entreprenantes, intéressées, légères, de filles séduites que nous présentent les Cent nouvelles nouvelles$, Amants et maris malheureux ou accommodants, des religieux, moines ou curés de pelits villages aux galantes aventures, goinîfres et lubriques, sont les acteurs principaux de cette comédie aux cent actes divers. Les simples paysans, les marchands qui fréquentent les foires, quelques chevaliers aux aventures courtoises sont les autres figurants des Cent nouvelles nouvelles. Jamais vie exubérante, sain réalisme, gaîté franche n'avaient été traduits avec cette perfection.
Car c'est un beéu livre que le recueil des Cent nouvelles nouvelles, une fenêtre ouverte à Hesdin ou à Genappe, sur la ville et la campagne. . |
. Mémoires, ÎI, p. 204.
. Cf. Pierre Champion, les Cent nouvelles nouvelles, élude critique, 1927. 3. Voir ce qu'en a dit excellemment W. Sôderjhelm, la Nouvelle française, 1910.
Le dauphin Louis n'y est pour rien. Ces nouvelles appartiennent au cercle de Philippe le Bon surtout. Elles nous donnent seulement le portrait, le costume des gens que Louis a eus sous les yeux. Lui, il écoute et regarde les conteurs’. [Il soulève l'envers de la tapisserie de Bourgogne aux fils d'or. Le dauphin observe le vieux duc égrillard, à qui l'on conte des gaudrioles, et qui est si mal avec son fils Charolais, son ami; il sait que la duchesse, jalouse, s’est réfugiée dans un couvent, qui ne doit pas être un de ces couvents que les Cent nouvelles nouvelles blasonnent. Il médite à propos de ce théâtral chevalier, le vieux duc, qui règne sur un empire et n'est pas maître de lui. Il peut bien s'instruire, à sa manière, par l’expérience. Il connaît la rivalité du bon gros homme de Croy et du chancelier : et voici Croy emprisonné et le chancelier débouté.
C'est le temps où Georges Chastellain, le grand et solennel rhétoriqueur, comme le dauphin au courant de tous les secrets de la maison?, nous a montré Philippe fuyant Bruxelles, mourant de froid et de faim, et trouvant enfin le calme et la paix dans la maison du charbonnier : « Ma foy, ce dit le bonhomme, le mengier de ceens est povre chose, je n'ay que de la grosse tourte et du fromage d’abbaye bien povre avec de l’eaue clere en lieu de cervoise... » Ce repos, Philippe le trouvera encore chez son braconnier d’'Halsenberghe.
Et Chastellain, qui laisse l'héritier du « roy franchois » à ses mélancolies de fils poursuivi par son père, médite à son tour : « Or est bien ceste haute glorieuse maison venue à son darrenier point, quant par division entre le père et le fils si felle *, l’un et l’aultre s’en sont séparés par eslongnement desconfortable. »
. Mais il s’agit de la maison de Bourgogne, et non de la maison de France, comme on pourrait le croire.
1. C’est bien ainsi qu'il est figuré dans la curieuse planche de l'édition de Vérard. 2. III, p. 258, 265.