CCI II
De CbantUly. ce 4 mura ISM.
loin que vous avés de moy je ne me sui*
point santi de la goûte depuis S^ Germain, jay fait ma feste ce matin ou je nay pas manqué de prier le bon Dieu pour vous, jespère vous aler voir mardy a Ruel, je vous prie davoir soin de vostre santé et de vostre personne, — Louis. — (Ibid., fol. 279.) {Original,}
(mars 1640)'.
Jacorde volontiers au lieutenant Laboye ce quil me demande je me porte très bien et je suis trais ayse de ce que vous vous portés mieux que quand je vous ay veu la dernière fois. — Louis. — (Ibid., fol. 28^). — {Original.)
De St Germain, ce 7 avril 1648.
Je VOUS prie de faire savoir a M. de Chaviçny dès ce soir ce auil faut quil die au Palatin parce que cest demain matin quil doit aler au presche a Charenton*.
La Fargue ma dit que vous vous estiés mieux porté depuis
aue je vous avois veu, si je croyiois que ma vue peut vous reôner la vie je ne partirois pas dauprès de vous ', je vous dône le bon soir. — Louis. — (Ibid., fol. 282.) — (Original.)
De Chantilly, ce 6 may 1640.
Jay regardé mes cartes pour voir le chemin que nous pouvions prendre jen ay trouvé 2 lesquels je vous envoie afin que vous cnoisisiés, les logements sont bons par tout *, je prie le bon Dieu qu'il vous dône santé parfaite. — Louis.
* Cette lettre est écrite au crayon et n'est pas datée autrement.
* On sait que depuis longtemps les protestants, à qui il était interdit de se réunir à raris, avaient obtenu la permission d'élever un temple à Charenton.
s La santé de Richelieu devint meilleure encore, puisqu'il put, selon la Gazette, aller voir le roi, le 10, à Saint-Germain.
* Le roi et le cardinal s'apprêtaient à partir pour la frontière du nord-est, où les opérations militaires traînaient en longueur et n'avaient aucun résultat sérieux. Louis XIII comptait que sa présence animerait les généraux et les soldats et hâterait la fin neureuse de la campagne. Il ne se trompait pas. Après plusieurs opérations sans importance, les armées françaises vinrent brusquement assiéger Arras, le 13 juin 1640. Après deux mois de siège, cette ville se rendit le 9 août, en présence de l'armée espa^ole, qui ne put empêcher sa reddition. Cette campagne avait acquis l'Artois à la France.
Chemin sans passer a Soisons : — Grepy pour le roy, Nanteuil pour M. le cardinal ; — la Ferté MiUon ; — Fère entrelenois ; — Fîmes; Reins.
Chemin passant a Soisons* : Crepy pour le roy, NanteuiP pour M le cardinal; — Vilres Cotrets; — Soisons ; — Fimes ; — Reins. — {ïbid., fol. 283 et 284.) — (Original,)
ce VII
De Varennest ce 12 may 1640.
Depuis vous avoir quitté jay esté au seul buisson ou javois encore quelque espérance auquel je nay rien trouvé ce qui ma fait prendre résolution dexécuter la proposition que vous mavés faite daler demain a Magny si il ny a rien qui men empesche, ie fînirois ce billet en nous dônant le bonsoir. — Louis. — (/6td.. bl. 286.) •— [Original)
ce VI II
De Varennes, ce 20 may 1610.
Jay esté extresmement surpris quand jay seu par le gentillôme crue javois envoyé savoir de vos nouvelles que vous aviés eu la nebvre je vous annonce que cela me met extresmement en peine et ne seroy point en repos que ce porteur ne maye raporté de vos nouvelles que je prie le bon Dieu estre telles que je les souhaite, si japrens que vostre mal continue je ne manqueroy de vous aler voir. — Louis.
Je vous puis asurer que M. le Grand ' et moy sômes en très parfaite intelligence. — {Ibid., fol. 287.) — - (Original,)
De St Germain, ce 7 septembre 16 tO.
Je suis arivé aujourduy* en ce lieu ou jay trouvé la Reyne et mon fils en très bonne santé', mon fils est extresmement em-
* Louis XIII prit cette seconde route, car nous lisons dans la GasHU^ à la date du 12 mai : « Le roi partit de Cliantilly le 7 de ce mois, et alla coucher à Crespy, le 8 à Villers-Cotterets et le 9 à Soissons. •
* Richelieu était alors à Royaumont.
* Cinq-Mars, qui était grana-écuyer. ,
A Le roi avait quitté le cardinal k Amiens, le 28 août. RlcheUen restait dans cette ville pour veiller au ravitaillement d'Arras.
* Anne d'Autnche, quelques jours après, donna naissance à un 8«coa4 flls, auquel on donna le titre de duc d'Anjou.
belly mais très opiniâtre*, je ne suis nullement résolu de luy soufrir ces mauvoises humeurs' pour les recrues jay songé que pour faire les levées plus diligemment et suivant nostre avis il est plus apropos de mettre des a cette heure les 4 vieux Régiments qui sont de delà a 30 compagnies je trouve Quantité de capitaines depuis que je leur dône jusque au 10 octoore, si vous trouvés lexpédiant apropos vous me feres envoyier les commissions au plus tost, sur mon estât jy mets la marine et la mellerais, mandés moy si je les comprandray dans Testât ou non, je garde encor la généralité de Rouan qui est très grande en cas auil falut encor augmenter les recrues et encore par dessus celle dalancon. Louis.
Monsieur de Bulion ne faisant estât que de donner levée que pour 8 mil homes, par ce moyen nous trouvons de quoy en lever 10900 parce que on ne donne aux capitaines que 2 escus {)our homes et que aux autres levées des généralités M. jie Buion a fait estât de dôner 4 escus, voicy le projet que jen ay fait, a Picardie 10 companies daucmentation, Cnampagne id, Piémont id, Navare id, la marine id, Renbures 9 compagnies, la mellerais 10 compagnies par levées des généralités, dans Paris 2000 homes, généralité de Paris 1000 homes, Chalons 600 homes, Soisons 400, tout cela ensemble fait le nombre de 10900 homes, jay dôné les lieux dasamblée en chaque généralité, jay ordôné ceux qui iront faire les levées jay fait les routes pouf se rendre a Amiens et tout cela sans que Desaire sen soit mellé lequel nest pas icy nous aurons 400 homes prêts a parjs le 14 ou 15 de ce mois cest pourquoy il est nessesaire denvoyer 6 ofT. en ce temps la a paris pour les conduire Picardie estant le premier Régiment il me semole que on doit cômancer par luy, je ne manqueroy de temps en temps a vous dôner avis du temps et des lieux ou il faudra envoyer les officiers pour quérir les recrues, jay dôné a tubeuf tous les lieux dasemblée et le menu de tous les
* Ce caractère du jeune dauphin permettait à la Gazette de dire que « ce
ieune prince commençait à donner des preuves admirables de sa constance.» /euphémisme est curieux à noter.
* Louis XIII se souvenait que son père avait agi de même à son éflrard. Dans une lettre du 10 septembre, M. de Brassac, époux de la nouvelle dame d*honneur d'Anne d'Autriche, racontait à Richelieu ce qui s'était passé k l'arrivée du roi. « Le roi arriva ici, dit-il, la veille de Nostre-Dame, asses gtty, ce qui a duré jusqu'à hier au soir, que passant par la chambre du dauphin, pour le voir, celui-cy étonné de voir plus de gens qu'il n'avait accoutumé, Cinq-Mars le voulant caresser, il se prit à crier. Aussitost le roi parut fort courroucé... £n se retirant dans sa chambre, il rencontra le reine, k laquelle il s'arresta et luy dit, avec un visage plein de passion : le dauphin ne peut souffrir ma veue ; c'est une estrange nourriture que la sienne, mais jv mettray ordre. Cela dit, il )a laissa grandement estonnée et quand elle lut retirée les larmes luy sortaient des yeux... » {Arch. des aff. étrang,, France, 1640, cinq derniers mois^ fol. 122.)
ordres pour les porter a M. de Bulion a qui je dône ordre de vous les faire savoir je leuse bien fait mais frère oui vous rendra cette lettre estant pressé de partir je nay pas voulu larester plus longtemps, je vous recomande vostre santé. Louis. — (Ibid., fol. 290 et 288.) — (Original)
On a pu remarquer que toujours Louis XIII laissait à son ministre la haute direction des affaires, mais on a pu remarquer aussi que, loin de se désintéresser de toutes choses et de laisser à Richelieu seul le poids du gouvernement, il lui venait en aide de toutes les façons. On a dit, pour expliquer que le roi ait gardé le cardinal, comme principal ministre, pendant dix-huit ans, quoique le haïssant, que le détail des affaires accablait Louis XIII et qu'il attendit toujours que Thorizon politique s'éclaircît pour renvoyer Richelieu. Le fils aîné d'Henri IV a été présenté, par l'histoire, comme un homme indolent et im roi incapable, ne pouvant prévoir ni résoudre la moindre difficulté, et se laissant duper par son ministre qui, pour conserver sa puissance dans TÉtat, ne craignit pas de faire surgir constamment des complications nouvelles, de telle sorte que le pauvre roi garda toujours Richelieu parce qu'il le croyait seul capable de surmonter tous les obstacles et de parer à tous les périls. Nous n'avons à citer personne, car tous les auteurs de Mémoires ont émis cette opinion, et tous les historiens l'ont répétée, sans jamais rechercher jusqu'à quel point elle pouvait être juste. Cependant, si on était allé au fond des choses, Terreur eût été reconnue rapidement. L'homme faible admire toujours l'homme fort, le paresseux ad* mire toujours l'homme laborieux, le poltron admire toujours le brave. En admettant que Louis XIII
ait été aussi nul qu'on Ta dit, ne devait-il pas admirer cet infatigable Richelieu qui, avec des ressources très-faibles d'abord, ne craignit pas d'entrer en lutte avec la noblesse et les protestants du royaume, et qui, reprenant la politique d'Henri IV et de Luynes, n'hésita pas à lancer la France dans une guerre aventureuse avec la puissance la plus formidable de l'époque ? Si Louis XIII admira Richelieu, pourquoi croire qu'il ne l'aima point? Non-seulement il l'admira, mais il l'aima. Gomment en douter, lorsque nous voyons tous les auteurs de Mémoires, après avoir attaqué violemment le cardinal et critiqué amèrement son administration, reconnaître ensuite que cet homme fut un grand politique, un administrateur incomparable, qu'il rendit incontestée, au dehors, la puissance de la France, qu'il fut un homme nécessaire, un homme providentiel? Si ses ennemis, qui l'ont méconnu durant sa vie, parce qu'ils ont été atteints par son impitoyable politique, ont su reconnaître son génie après sa mort, parce qu'alors, moins aveuglés par la passion, ils le jugeaient, non en homme^, mais en historiens, pourquoi ne pas croire que Louis XIII, qui connut tous les ressorts de l'administration de son ministre, qui le vit dévoué, comme lui, à la politique nationale d'Henri IV, ne devança pas l'opinion de l'histoire, en admirant et en aimant Richelieu, dans lequel il vit seulement le grand po-* litique et l'homme de génie, et non le despote implacable que connurent seuls les ennemis du cardinal ? Louis XIII aimait la France et voulait rendre la puissance royale tout à fait prépondérante. Il ne se sentait pas assez de force pour obtenir ce résultat. Voilà pourquoi il accepta un collaborateur, car Ri-
chelieu ne fut pas autre chose. Louis XIII n'eût pas accepté un maître, même un maître de génie. Il avait supprimé l'incapable maréchal d'Ancre, il avait éloigné l'ambitieuse et inconsidérée Marie de Médicis, parce que tous deux voulaient dominer dans l'Etat, à côté et même au-de6sus du roi. Richelieu ne tomba jamais dans une pareille faute. Il respecta, toujours le roi et la royauté ; Louis XIII en fit son second et son ami.
Mais le père de Louis XIV ne fut ni incapable ni indolent. Nous l'avons vu maintes fois donner son avis au sujet de la direction à imprimer aux grandes affaires, nous l'avons vu aussi s'occuper des moindres détails. Dans la lettre précédente, il nous montre bien que les intérêts de l'État l'occupaient aussi en dehors du conseil, où il donnait toujours de si sages avis, ainsi que Richelieu le reconnaît luimême à chaque page de ses mémoires. Nous le voyons ici contrôler le travail du surintendant des finances et trouver le moyen de réaliser une notable économie sur la levée des troupes. Il lui avait certainement fallu réfléchir pour trouver ce moyen, que ne lui présentaient ni Bullion, ni Richelieu; le travail d'esprit ne lui était donc pas antipathique. Et ce n'est pas pour se distraire qu'il s'est donné à ce travail, car nous apprenons par lui que, non-seulement il a trouvé le moyen de réunir un plus grand nombre de recrues que ne l'avait fait le surintendant, avec la même somme, mais encore qu'il a indiqué les routes que devaient suivre les nouveaux soldats, en se rendant à leurs corps respectifs, et ce travail n'est pas achevé pour lui, car il dit au cardinal : « Je ne manqueroy de temps en temps a vous
dôner avis du temps et des lieux ou il faudra envoyer les officiers pour quérir les recrues. » Tous ces détails n'avaient pas une mince importance à cette époque. Aujourd'hui, le chef de l'État les confie aux soins des employés du ministère de la guerre, mais alors ce ministère n'existait, en quelque sorte, qu'à l'état d'embryon, et Richelieu, comme son maître, était obligé de régler les détails les plus infimes. Le même jour, 7 septembre, nous voyons le cardinal demander l'avis du roi sur une question qui, aujourd'hui, serait rapidement résolue. Le pain coûtait trois sous, à Arras, et les gardes du roi prétendaient ne le payer qu'un sou. Or Richelieu voulait leur interdire une pareille licence, « parce que, disait-il, ils en prendroient plus qu'il ne leur en faut, parce que les sergens ont grand gain à le revendre. » Et le cardinal demandait au roi de régler le prix du pain pour les gardes et la quantité qu'il voulait qui leur fût allouée. On ne pouvait répondre avec plus de bon sens et de justice que le fit Louis XIII, en marge du mémoire de Richelieu. « Je suis davis, dit-il, quon nen baille point aux gardes ou bien que ils le peignent au prix commun que on le vend dans la ville, puisque les Suisses nen prennent point a ce que ma dit Rose je croy que les gardes sen passeroient bien, pour la quantité je ne la puis savoir je ' croy quils font toutes ces difficultés afin que on les tire de la*. » Celui qui a écrit de telles choses ne nous paraît pas un homme disposé à subir un joug quelconque. Nous conseillons à ceux qui douteraient encore de lire les sept énormes volumes qui contiennent les lettres politiques de Richelieu. Ils y verront,
* Papiers de Richelieu, t. VI, p. 772.
en marge de chaque rapport du cardinal, des notes analogues à celle que nous venons de donner, toutes écrites de la main de Louis XIII. C'est là une lecture peu attrayante, sans doute, mais nous qui Pavons faite, nous en sommes sorti avec la conviction profonde que la France a eu, sous le règne de Louis XIII, deux grands politiques. Si Richelieu a su concevoir et accomplir de grandes choses, Louis XIII en a eu la perception, y a collaboré, parce qu'il en comprenait la grandeur et Futilité, et s'est montré plus modeste que son ministre, car il n'a pas écrit de Mémoires. Aussi est-il resté à peu près méconnu jusqu'à ce jour.
(septembre 1640.) *
Vous ferés presser les mestre de camp de Piémont et de Champagne de menvoyier ceux qui me doivent nomer pour les compagnies que je leur ay accordées, il y a un lieutenant de Picardie nômé Blancofort qui a espousé une femme très riche qui je croy seroit bien propre a faire une compagnie il faudroit me lanvoyier il est a larmée du halier lequel ma parlé souvant pour luy, je croy que. je feroy marché pour quantité de mèches, ils mont demandé 8 jours pour voir la quantité quils men pourront fournir, ils me la bailleront a 3 sols pour le plus ce sont marchant de toilles qui demeurent a Sanlis qui sont bien solvables ils sont aies visiter les lieux ou ils espèrent prandre les chanvres, ils demandent une chose qui est que ils puissent acheter dans les marchés tous les chanvres propres a faire mèche au mesme prix uue les autres marchands la prandroient en présance des iuges aes lieux jay vu une espreuve de la mèche qui veuille bailler qui est beaucoup meilleure que celle de Hollande> je nav receu oue ce matin toutes les comissions pour les compagnies. Louis. — (ibid., fol. 289.) — {Original)
* Cette lettre ne porte aucune date, mais nous la laissons à la place qu'eUe occupe dans le manuscrit des affaires étrangères, car elle nous parait appartenir au mois de septembre. On voit que Louis XIII s*y occupe eacore de détails d'administration. Il nous semble que c'est là une des lettres que le roi annonçait à Richelieu dans ceUe qu'il lui écrivait le 7 sep* tembre.
De Ecouan, ce 27 septembre 1640*.
Je viens de resevoir de vos nouvelles par Boisgency, puisque vous estes davis que je ne passe pas plus outre je men vas coucher a Chantilljr ou je vous atandroy, ce qui me feroit avancer jusques a Compiègne estoit limpatiance que javois de vops voir*. Louis. {Ibid. fol. 291.) — (Original.) — (Ibid,, 1640, cmq derniers mois, fol, 161.) — (Copie.)
De Chantilljt ce 28 septembre 1640.
Je vous atandroy avec impatiance a Chantilly a leure que vous me mandés si jeuse esté en estât de marcher je vous euse atandu a Royaumont, la goûte ma repris au pied gauche come Nogent vous aura dit de façon crue je ne puis du tout soutenir ce qui me fâche bien et me rena tout mélancolique, jespère que vostre arrivée me remettra en meilleure humeur. Louis. — [Ibid,, t. V, fol. 292.) — (Original)
De Monceaux, ce 17 octobre 1640.
' Je men vas demain coucher au plesi du Bois le mauvois temps • m'ayant contraint de partir dicy* je y demeuroy vandredy et me ranaroy samedy a St Germain et dimanche Je vous iroy voir a Ruel je me porte très bien et suis fort gaillart, je vous recomande davoir toujours soin de vous. Louis. — (Ibid,, fol. 293.) (Original,)
De St Germain, ce 25 octobre, a 6 heures du soir.
Je viens de resevoir présentement vostre mémoire par lequel
* Cette lettre a déjà été citée par M. Avenel (t. YI, p. 730).
* Louis XIII avait écrit au cardinal une lettre, que nous n^avons pas, dans laqneUe il lui annonçait ^u'il allait s'avancer au-devant de lui jusqu'à Compiègne. (Richelieu revenait d'Arras à ce moment.) Le 25, le cardinal répondit a la première lettre du roi « qu'il croyoit que le voiage que Sa Majesté vouloit faire à Compiègne devoit être remis à un autre temps ». Dans une lettre du même jour a Cnavigni, Richelieu s'expliquait mieux encore : tt Le roi m'a escrit qu'il faict estât de venir à Compiègne jeudi. La saison ny ses affaires ne permettent plus qu'on s'éloigne de Paris, où cent occasions pécuniaires requièrent une présence assidue. » {Papierê de Hiehelieu, t. YI, pp. 728 et 730.)
s II y était depuis le 10 octobre.
mprend 2 bones nouvelles vous mavez fait grand plesir de me les faire savoir jay esté iO heures a la chasse ou je nay pas eu plesir jen auroy un autrefois davantage, je trouve non que vous soyiés allé a Paris*, jiroy samedy a Versailles, je vous donc le bon soir. Louis. — - (ibid., fol. 294.) -— (Original,)
De Versailles, ce 11 novambre 1640.
Vous mavés fait grand plesir de me mander les nouvelles que on a eu despenan car jen estoit un peu en peine*.
Jay pris médecine cette nuit qui ma fait très ^rand bien et men porte fort bien, jfi men vas coure le loup a Verrière avec tous les paizans que jay asamblés ou jespère avoir du plesir, ie vous aseureroy par cet écrit des mesmes choses que M. ae Noyiers vous a dites de ma part. Louis. — {Ibid.^ fol. 295.) — {Original,)
De St Germain, ce 14 novambre 1640.
Je vous envoyeroy dans une heure les 2 lettres par un gentillôme exprès afin que (je sache) si vous jugés a propos que il baille ma lettre a M. de la Force, je me trouvé encore ler au soir fort abatu et le suis encor jay pris médecine ce matin M. Bou* vard en escrit a M. Citon, le vous recomande davoir toujours soin de vous. Louis. — {Ibia,, fol. 296.) — (Original,)
CCXVI I
De St Germain, ce 17 novambre 1610.
Envoyiant ce gentillôme pour savoir de vos nouvelles je vous escris pour vous dire que je ne manc^uerov de me rendre demain a Ruel entre midy et une heure puis de la si il ny a point da-
* Richelieu vint, en effet, à Paris le 25 octobre. Une permission pour nne chose aussi peu importante, jugée nécessaire par Richelieu, montre combîrn peu ce ministre a été un tyran. Etrange tyran, en vérité, que celui qui o« fait pas le plus petit voyage sans en oemander la permission à sh victime !
* Nous n avons pas la lettre de Richelieu à laquelle Louis XJIl répond ici, mais nous savons que d'Espenan avait été chargé, par le roi, d'une mission auprès de Tarchevéque de Bordeaux, ^ui commandait la flotte de la Méditerranée. (Voir, au sujet de cette mission de d'Espenan, une lettre de Richelieu à l'archevêque de Bordeaux, datée du 96 septembre, dans les />»euments inédits. Correspondance de Sourdis, t. II, p. 3?1.)
faires qui men ampesche aler coucher, en quelque lieu (lequel je nay pas encor choisi) à 2 lieues de Rue! sur le chemin de livry, je me porte bien à cette heure et espère en estre quitte pour ce coup je vous dône le bon soir. Louis. — {Ibid,, fol. 297.) — (OnginaL)
De St GMmain, ce 1 décembre 1640.
Je VOUS prie de ne point adjouter de foi a tout ce que M. le Grand vous poura dire de moy ou pourra faire dire lusques a tant que mayiés èntandu*. Louis. — {Ibid., fol. 298.) — (Ori^ ginal,)
De St Germain, le 5 janvier 1641, à 4 heares du soir.
Mon cousin, je suis bien marri de vous importuner sur les mauvoises humeurs de M. le Grand, a son retour de Ruel il ma baillé le paquet que vous luy avés dôné, je lay ouvert et lay lu je luy ay dit, M. le cardinal me mande que vous luy avés tesmoigné une grande envie de me complaire en toutes choses et cependant vous ne le faites pas sur un cnapitre de quoy je lay prié de vous parler qui est vostre paresse, il ma repondu ique vous luy en aviés parlé, mais que pour ce chapitre la il ne pouvoit changer et quil ne feroit pas mieux que ce quil avoit fait, ce discours ma fasché je luy ay dit, un homme de vostre condition qui doit songer a se rendre diçne de commander les armées et qui mavés témoigné avoir ce dessein la paresse y est du tout contraire, il ma respondu brusquement quil navoit jamais eu cette pensée ni y avoit prétendu je luy ay répondu que si et nay pas voulu enfoncer ce discours, vous savés ce qui en est, jay repris ensuite le discours sur la paresse, luy disant que ce vice rendoit un homme incapable ae toutes bonnes choses, et quil nestoit bon qua ceux du marais ou il avoit été nourry qui étoient du tout adonnés au plaisir et que sil vouloit continuer une telle vie qu'il faloit quil y retournast, il ma respondu arrogamment quil étoit tout prêt, je luy ay respondu, si je nestoit plus sage que vous e sais ce que jaurois à vous respondre la dessus.
Ensuite de cela je luy ay dit que mayant les obligations quil ma il ne devoit pas me parler de la fason, il m'a respondu son
I Comme la sotte vanité de Cinq-Mars se devine sous ces lignes ! On sent le jeune homme enflé d'orgueil par la faveur dont il jouissait, se croyant indispensable à Louis Xlfl, et voulant, en quelque sorte, s'imposer à lui en s'appuyant sur Richelieu, son premier protecteur.
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discours ordinaire qui! navoit que faire de mon bien quil esUni tout prest a me le rendre et quu sen passeroit fort bien et seroit aussi content destre Cinq-Mars que M. le Grand et que pour chançer de fason de vivre il ne pouvoit vivre autrement. Et ensuite il est venu toujours me picotant et moy luy jusques dans la cour du chasteau ou je luy ay dit quêtant en Inumeur ou il estoit il me feroit plaisir de ne me pomt voir. Il ma tesmoigné auil le feroit volontiers, je ne lay pomt veu depuis, tout ce que dessus a esté en la présence de uordes. — Louis ^.
Jay montré à Gordes ce mémoire avant que vous lenvoyer qui ma (fit ny avoir rien leu que de véritable. — (Recueil d'Aubéry, t. II, p. 838.) — - (Histoire de Louis XUI, par le Père Griffel, t. III, p. 310 et 3n.) — (Papiers de Bkhelieu, t. VI. p. 647.)
De Bonnais, ce 5 février 1641 *.
Je trouve très bon que charost face lordre a vostre balet', vous luy en ferés voir ce mesme qui luy servira de commandement nous ferons tout ce c^ue nous pourons pour tuer des marcassins^ ce qui est assés diBcile en cette saison je feroy toujours tuer un chevreil et une beste fauve, je viens de prendre 2 loups et suis encore après un, je vous dône le bon soir. Louis. — (I&ta., fol. 299.) — (Original.)
Le duc Charles de Lorraine se trouvait, depuis longtemps, dans une étrange situation. Ses Etats
* Nous n'avons pas à commenter cette lettre. Elle montre trop bien quelle véritable et profonde affection Louis XIII ressentit tout d'abord pour Cinq* Mars, et quelle fortune celui-ci eût pu faire si, respectant Richelieu et obéissant au roi, il avait délaissé ses compagnons de plaisir pour se livrer entièrement à Tétude. Il refusa constamment de changer de conduite: aussi, après avoir lu cette lettre, ne s'étonne-t-on plus qu'en 1642 Louis XIII ait abandonné si facilement un favori pour lequel son affection s'était changée en mépris, devant sa paresse mvétérée et son peu de patriotisme.
* Cette lettre est écrite au crayon.
a Ce ballet fut donné le 7 février, au PaUis-Cardiual, k Toccasion de la signature du contrat de mariage du duc d*£nghien, flls aîné du prince de Condé, et de mademoiselle de Krézé, nièce du cardinal. Cette cérémonie eut lien au Louvre. Le roi signa au contrat, puis toute la cour se rendit au Palais-Cardinal, où l'on dansa le ballet qui fût, dit la Gazette du 9 février, « le plus magnifique dont on ait mémoire. » Le mariage Ait célébré le 11.
* Destinés, sans doute, au repas qui devait suivre la signature du contrat de mariage du duc d'Enghien. C'était là, de la part de Louis XIII, une at tention délicate à Tégard de Richelieu.
étaient occupés par les armées françaises, ses troupes, composées d'étrangers et commandées en grande partie par des généraux étrangers ne lui étaient nullement dévouées, l'Espagne et l'Allemagne se servaient de son nom et de sa personne pour lutter contre la France, sans trop se préoccuper des intérêts du malheureux souverain. Enfin, de son intérieur même lui venaient de sérieux embarras. Du vivant de sa femme, la duchesse NicoUe, qui lui avait apporté en dot le duché de Lorraine, il avait épousé la princesse de Cantecroix. La duchesse délaissée avait demandé et reçu un asile en France, puis s'étant adressée à la cour de Rome pour avoir justice, avait obtenu du pape l'interdiction de toute fréquentation aux deux époux adultérins. Le duc et la princesse n'avaient tenu aucun compte de l'injonction, mais cette situation devenait intolérable pour eux, car leurs alliés, les Espagnols, mécontents de voir le duc Charles désobéir à l'Église, s'éloignaient de lui chaque jour davantage. Il ne restait qu'une ressource au duc de Lorraine, pour sortir de cette difficulté, traiter avec la France. Mais Richelieu et Louis XIII, qui avaient reçu à Paris la duchesse Nicolle et lui faisaient une pension, paraissaient ne vouloir renouer avec le duc qu'à la condition que ce prince reprendrait sa femme légitime. Charles, qui aimait la princesse de Cantecroix, se refusait à accepter une pareille condition. Heureusement pour lui, ni Richelieu ni Louis XIII ne voulurent sacrifier les grands intérêts de la France à ceux d'une duchesse de Lorraine, quelque intéressante que pût être cette dernière. L'un et l'autre tenaient seulement à sauver les apparences, et, tout en souhaitant de ramener le
duc de Lorraine à la France, ne voulaient pas paraître' abandonner la duchesse. D'autre part, le duc Charles désirait vivement rentrer en possession de ses États, pour sortir de la tuteUe dans laquelle le tenaient les Espagnols et Fempereur, et pouvoir même, le cas échéant, rentrer en lutte avec la Franee, mais, cette fois, d'une façon indépendante et avec ses propres forces. Ces sentiments des deux partis trouvèrent deux femmes pour interprètes, et, au moment où on pouvait le moins le prévoir, se conclut le traité le plus inattendu de Tépoque.
Depuis longtemps, du Hallier, le futur maréchal de THôpital, avait été chargé de négocier avec le duc de Lorraine, mais, jusqu'au commencement de 1641, il n'avait pas réussi dans sa mission. Ce fut alors seulement que deux femmes se mêlèrent de ces négociations et les menèrent à bonne fin. L'une d'eUes était cette Charlotte des Essarts qui, tout d'abord maîtresse d'Henri lY, était ensuite passée dans les bras du cardinal de Guise, puis avait épousé du Hallier. L'autre était la princesse de Cantecroix. Ces deux femmes comprirent les difficultés de la situation, mais devinèrent que toutes pouvaient être tranchées si le duc de Lorraine consentait à venir à la cour de France. La princesse y décida le duc Charles, et celui-ci se résolut, non sans arrière-pensée, à venir à Paris, pour entamer des négociations directement avec Louis XIIL C'est cette nouvelle que celui-ci, dans la lettre suivante, remerciait Richelieu de lui avoir apprise.
DE LOUIS XIII A mcaGUEU. 3A1
De St Germain, ce 17 février 1641 >.
Je suis extresmement ayse de ce que mande le Halier, je confesse que je ne croyiois pas que ceste affaire put réussir, ayant été tant de fois trompé par le duc Charles, nous en serons encore plus aseurés quand nous nous le verrons icy, je parle en ces termes estant toujours en défiance de ce costé là, j'ay eu un peu de goûte ceste nuit a ceste heure je nay plus de aouleur, songes a vous et a vostre santé et rien ne sauroit mal aller. Louis. — (I6id., Lorraine, t. XXXII, fol. 10.) — (Original.)
De St Germain, de 18 février 1641.
Ayant peur que le mauvois temps que vous eustes ier a la chasse ne vous ait fait mal, jenvoye ce gentillôme pour savoir de vos nouvelles, je ne me sans plus du tout de la goûte et croy que vostre vue ma guéri ne vous ayant jamais veu aue je men sois bien trouvé, je fais estât au partir du Palais* daler coucher a Morsan pour delà aler a Villeroy côme je vous dis lautre jour, je vous prie me mander si il ny a rien qui men ampesche afin que je dône les ordres à mes chiens en partant de Versailles ou je men vas coucher aujourduv je ne manqueroy de me rendre mercredy a 3 heures a vostre logis ou plustôt si il est nécessaire pour voir si il y aura quelque cnose a résoudre pour jeudy ', je vous recommanderoy ce que jay acoutumé qui est davoir soin de vous. Louis. — (ibid.j France, t. V, fol. 300.) — (Original.)
De la maison rouge, 26 février 1641.
Jenvoye ce gentillôme pour savoir de vos nouvelles que je prie Dieu estre telles que je les désire, je viens ier coucher en ce lieu pour estre plus proche des Buisons a courre le loup, je finiroy en vous recomandant ce que jay acoutumé qui est davoir soin de vous, je vous donne le bon jour. Louis. — (Ibid., fol. 301.) — (Original,)
* Cette lettre a déjà été citée car M. le comte d'Haussonville dans son SiMtoire de la réunion de la Lorraine d la Franee^ t. II, p. 327.
• Le 20, Louis XIII vint à Paris, et le 21 il tint un lit de justice au Parlement.
s Pour le Ut de justice. Le 21 était un jeudi.
36â LETTRES INÉDITES
DeCherly, ce 3 mars 1641.
Je VOUS remercie du soin que vous avés de mof je me porte assés bien a cette heure, je nay point sorti du logis aujourduy, j espère si ma santé me le permet coure demain le loup à Verrière si il sy en trouve auquel cas je demeureroy a coucher a Versaille, si il ne sy en trouve point je gagneroy St Germain si lafaire de mont Calue ^ réusit cest un grand bien pour casai je vous recomande toujours davoir bien soin de vous. Louis. — (Ibid., fol. 302.) — (Mginal.)
Mars 1641.
Vous ferés avertir Mons"^ de Brulon de ne point dire au premier gentillôme de la chambre daler visiter Mons»" de Loraine parce que estant chose acoutumée il leur va dordinaire dire de ma part sans men parler. — (Ibid,, Lorraine y t. XXXII, fol. 20.) — (Original,)
De St Germain, ce 9 mars 1641.
Je ne pourrois pas voir M. de Loraine aujourduy Brulon nestant arivé icy que à onze heures et ne ma point dit que vous eusiés entandu que ce deust estre aujourduy et ne ma parlé que de demain, je parleroy selon ce que vous me mandés à M. de Loraine, jay une extresme joye de savoir que M. Dan^uien soit hors de danger, je vous dône le bon soir et vous prie davoir toujours bien soin de vous. Louis. — {Ibid., fol. 24.) — {Original.)