Donchcry ï^iir la Meuse, près Sedan
3o8 LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
AI. de Duras vient d'arriver, qui a apporté la nouvelle de la dissipation des croquants ' ; cette nouvelle est très bonne, mais il faut empêcher que, dès que M. de la Valette ^ sera retourné à Bordeaux, qu'ils ne se remettent ensemble, ce qui est à craindre. Il me semble aussi qu'il faut faire justice de quelques-uns des plus coupables, et pardonner aux autres. Je voudrais encore faire différence h la levée des impositions des villes et villages, qui sont demeurés dans leur devoir, d'avec ceux qui ont pris les armes, en soulageant ceux qui sont demeurés dans l'obéissance.
Louis.
Villeroyi, 2n juin 1637.
Il ne se peut rien ajouter aux ordres que vous avez donnés aux troupes qui doivent aller à Calais. Je dispense d'Aigueberre de me venir trouver, afin qu'il s'en retourne promptement. Je vous renvoie dans ce paquet l'écrit que M. de Charnacé- a envoyé. J'attends avec iinpatience des nouvelles du cardinal de la Valette.
Hirson' était une méchante bicoque qui incommodait tout le pays. M. le prince d'Orange a témoigné son affection en ne voulant voir en particulier le gentilhomme de M. le Comte.
Je trouve bon ce que vous me demandez pour M°" de Praslin.
J'accorde à ce bon prêtre de Normandie l'abbaye que vous me demandez pour lui ; je vous prie me mander le nom de l'abbaye, afin que. si on me la demande, je ne m'engage à personne.
J'ai vu Beaupuis, qui m'a dit le soin qu'avait eu M. le Comte de chauffer les croquants ' : il m'a dit aussi que quelques gentilshommes du pays avaient tenu quelques discours à M. de la ^'alette sur ce sujet, lequel attend ma volonté làdessus.
Les Suisses sont venus ce matin à moi, pour me dire que les assignations que M. de Bullion leur a données pour les 6 montres de l'année passée ne valent rien,
Lettre 37}. — Archives de Ch.intilly.
I. Les révoltés du Périgord et du Limousin. — 2. Le duc Xogaret de La Valette, frère du cardinal de La Valette,
Lettre 37.4. — .\rchives de Chantillv.
I. Villeroy, château avec bois, sur la rive droite de l'Essonne, à l'ouest de Mennecv, en amont et à 8 kilomètres environ de Corbeil ; ce château, aujourd'hui ruiné, appartint longtemps aux Neuville, marquis, puis ducs de Villeroi. — 2. Charnacé, ambassadeur en Hollande.
3. Hirson sur l'Oise, chef-lieu de canton du département de r.\isne. — 4. On a vu que \v comte de Soissons envo)'ait des émissaires aux paysans révoltés du Limousin et du Périgord.
et que leurs soldats s'en veulent aller% n'ayant plus rien à leur donner, même qu'ils m'avertissent que si on ne leur donne quelque chose, qu'ils seront contraints de vivre à discrétion dans leurs quartiers, et qu'ils ne pourront plus répondre de leurs soldats. Je vous prie en parler à M. ilc Hullion et lui faire voir ce que je vous en écris.
Un {gentilhomme qui vient de devers Langres m'a assuré que le duc de W'eimar n'était encore parti ; il faudrait mander au Hallier'' de le presser; le dit gentilhomme m'a dit qu'il attendait ses chevau.v de canon, lesquels il avait rencontrés au delà de Troyes, il y a quatre jours.
Louis.
\'ill<roy, 22 juin 1637.
Je suis très aise de ce que Estrade a apporté des nouvelles de la beauté de l'armée. Le cardinal de La Valette s'est gouverné en cette entrepiise en homme de guerre, faisant semblant d'attaquer une place et aller à deu.x autres. J'espère que le bon Dieu nous donnera bonne issue de ces deux sièges. Il faut empêcher tant que on puurra les brùlements, tant à cause des fourrages que pour le mauvais bruit que cela donne à nos armées. Il ne se peut rien ajouter aux ordres que vous donnâtes hier d'envoyer 300 chevaux d'artillerie pour mener des munitions au cardinal de La ^'alette; vous pourvoyerez aux autres choses avant que on en ait besoin. Je trouve très bon qu'on envoie quérir le plus diligemment que on pourra les régiments de Bellenave, Saintonge et Périgord, pour les envoyer au cardinal de La 'Wilette; je crois que, à même temps, il faut songer h en faire de nouveaux pour servir de renfort aux armées au lieu de ceux-ci, de quoi nous faisions état pour le mois d'août. Le frère de M. de Thou me demanda hier une abbaye; je lui demandai si l'abbé était mort; il me dit que non: je lui demandai si ce n'était point le curé de Saint-Jean qui l'avait ; il me répondit que non ; sur cela je lui dis que je ne m'engageais point avant que les gens fussent morts, et que, quand elle serait vacante, je verrais ce que j'en ferais, et que il se fit mettre sur le rôle du Secrétaire d'P>tat ; voilà comme l'allaire s'est passée, ne m'étant point engagé du tout à lui, ni à personne. Je m'en retourne demain à Fontainebleau.
Louis.
J'oubliais à vous dire que le pauvre Mcllay, qui est à Amiens, est fort malade d'une vieille blessure qui s'est rouverte ; il demande de venir à Paris se faire
5. On voit l'application du proverbe * pas d'argent pas de Suisses ». — 6. François de l'Hôpital, sei'jneur du Ilallier.
LETTRES DE LOUIS Xlll A RICHELIEL'
panser, les chirurgiens de là n'y entendant rien et n'y ayant que le Juif qui connaisse son mal, l'en avant traité l'année qu'elle se rouvrit. Son homme s'adressera à M. de Noyers pour avoir réponse.
Louis.
Fontainebleau, 24 juin 1637.
Je suis très aise que M. de Bullion ait satisfait les gardes françaises et Suisses. Il ne se peut mieux faire que de faire arrêter les officiers ' des armées qui sont à Paris, et, au lieu de les mettre à la Bastille, les mettre dans les prisons ordinaires à leurs dépens. Comme j'ai reçu votre mémoire, je vous allais écrire pour faire licencier la compagnie de M. le Comte; il est très à propos d'en user comme vous me mandez. Je suis très aise du bon succès de Menillet en Espagne; j'espère que le bon Dieu continuera à nous en donner, pour parvenir à une bonne paix. La dépêche que vous faites à M. de la Valette est très à propos, et le petit mot que vous écrivez à Espenan l'échaufîera encore à bien faire.
Je suis très aise que les Espagnols n'aient réussi à leur dessein de Saint- Tropez-; assurément les 4 vaisseaux l'ont sauvé.
Quand Dieu donne de la prospérité d'un côté, il donne de l'adversité de l'autre, pour tenir toutes choses en égalité. En même temps que nous avons pris ce port, nous avons perdu Nice de la Paille \ J'ai été très satisfait de ce que Lambert assure que les 4000 hommes de pied et les 500 chevaux seront à Boulogne le 25 de ce mois.
yi. de Nouveau ' me dit hier qu'il avait appris, de l'homme que vous savez, que Piccolomini' ne viendrait point cette année en Flandre ; si cela est, les affaires de nos ennemis et de AL le Comte n'iront pas bien.
A'ous m'entendez bien quand je. dis ci-dessus l'homme que vous savez. Je vous écris en ces termes, parce que j'ai peur que votre courrier soit volé par les chemins, et qu'on ouvre ma lettre ; il serait à propos d'assurer les chemins d'ici à Paris, personne n'osant plus aller à moins de 6 ensemble.
Louis.
Lettre 375. — Archives de Chantilh-.
I. Le Juif, charlatan célèbre qui avait soigné Richelieu en 1632.
Lettre 376. — Archives de Chantilly.
I. Les officiers qui sont sans autorisation à Paris. A la Bastille ils auraient été entretenus aux frais du roi. — 2. Saint-Tropez, sur la côte de Provence.
3. Nice-sur-le-Paillon. chef-lieu du département des Alpes-Maritimes. — 4. AL de Nouveau, le directeur général des postes.
5, Piccolomini, général des Impériaux.