LE CHATEAU DE CHEVREUSE
sous LOUIS XIII D'après Cl. Ciiatii-i-ox. — Cabinet des Estampes, Bibliothèque nationale.
Saint-Gerniain-en-Laye, le 3 février 1633.
Mon cousin, je fais état d'aller à Versailles demain, s'il fait beau, et, après, m'en revenir à Saint-Germain quand il le faudra pour mes affaires; voilà tout ce que je puis vous mander.
Lettre 56. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-;XI.\.)
io8 LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU
Assurez-vous toujours de mon affection; je finirai en priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Saint-Germain-en-Laye. 4 février 1633.
Mon cousin, je viens d'avoir avis par une voie du tout assurée ' 'que je vous dirai), qu'un ouvrier venu d'Angleterre est allé trouver la lapidaire h Jouarre '. Si elle le vous dit d'clle-mcme, c'est quelque témoignage d'amendement. Si elle ne vous en parle point, au moins connaissez pour la dernière fois qu'elle vous trompe et se moque de vous et de moi.
Je vous avoue que deux choses me piquent extraordinairement et m'empêchent quelquefois de dormir, l'insolence du Parlement, et les moqueries que ces personnes que vous savez font de moi, sans vous y oublier. Vous savez comme je vous crois en toutes mes affaires ; croyez-moi en ces deux-ci, et nous en aurons raison.
Ayez soin de vous, et vous assurez que l'affection que je vous porte ne diminuera jamais. Je finirai ce mot en priant le bon Dieu de tout mon cicur qu'il vous
tienne en sa sainte garde.
Louis.
Chantilly ', 8 février 1633.
Mon cousin, sans la lettre que j'ai reçue de vous, je n'eusse pas manqué de me rendre demain à Saint-Germain -, et ne faillirai d'y être mardi comme vous me le mandez ''. Je vous prie de faire savoir dès ce soir aux gardes que je n'y serai que ledit jour. Pour l'abbaye de Saint-Paul de Verdun •, le père du prétendu coadjuteur, qui s'appelle Bretonnière, m'est venu trouver pour me dire que son fils était pourvu en cour de Rome, et même avait pris possession, il y avait longtemps. Je lui ai répondu que s'il y avait droit, je ne voulais faire tort ni injustice
Lettre 57. — Archives de Chantilly.
1. Par une voie absolument sure. — 2. La duchesse de Chevreuse.
Lettre 58. — Archives de Chantilly.
1. Le château de Chantillv, appartenant au duc de Montmorency, décapité à Toulouse, avait été saisi par le roi pour cause de rébellion, et dévolu à la couronne. C'est la première fois que I^ouis XIII séjourne comme propriétaire dans ce château, qui devint un de ses séjours favoris. — 2. Saint- Germain-en-Laye .
3. Il tenait à se rendre prés du cardinal alors s(iurfrant pour Uii éviter autant que possible des déplacements. — .]. Verdun-sur-Meuse, chef-lieu d'arrondissement dr la Meuse.
à personne. \'oiIà la seule réponse que je lui ai faite, que je vous ai voulu mander, afin qu'il ne vous dise autrement Je ne m'engagerai à personne de la dittc abbaye que je vous aie vu.
Je suis bien facile de quoi Carondelct a été arrêté prisonnier à Bru.xelles. Je trouvai bien étrange quand on me dit qu'il y était allé. C'est une très bonne nouvelle si la trêve est rompue.
Je suis en peine de votre santé ; j'enverrai demain un gentilhomme pour m'en rapporter des nouvelles. Pour moi, je me porte très bien, et vous assurerai de mon affection, qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer, et prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Saint-Germain-en-I.aye, le 7 mars 1635.
-Mon cousin, je ne manquerai de me rendre demain, à une heure après-midi, au port de Neuiliy ', chez .Moroy, et de là je fais état d'aller coucher à Ecouen -; je n'ai pas pris médecine, deux petits remèdes en ayant servi au lieu, et vous puis assurer que je me porte bien et me porterai encore mieux, quand je vous aurai vu en la santé que je désire et pour laquelle je prierai le bon Dieu incessamment et qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Saint-Simon vous envoie un quartier de marcassin.
Marie de Rohan Montbazon. si connue sous le nom de duchesse de Chevreuse. épouse en premières noces du connétable de Luynes. remariée à Claude de Lorraine, fils de Henri de Guise le Balafré, duc de Chevreuse. et dont l'influence, jadis grande, déclinait tous les jours, intriguait continuellement contre le cardinal avec la reine mère et Gaston d'Orléans,
Elle avait gagné à sa cause le garde des sceaux Châteauneuf en lui laissant espérer la succession de Richelieu. Le roi s'aperçut de ces manœuvres et prévint le cardinal.
Louis XllI donna l'ordre direct, et sans en référer à Richelieu, d'arrêter Châteauneuf: puis il exila Madame de Chevreuse dans une de ses terres en Touraine. craignant à bon droit qu'à l'étranger elle ne fût plus dangereuse.
I.t-ttre 5g. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-;.\X.)
I. Le port de Xcuilly-sur-Seine; il n'y avait pas de pont; on traversait la Seine en bac, à peu près à l'emplacement du pont actuel. — 2. Le château d'I^couen, confisqué au duc de Montmorencv.
LETTRES DE LOL'IS Xlll A KICHFI,IEU
Saint-Germain-en-Laye, - mars 1633.
Mon cousin, je vous dépêche pour vous dire que Laniont ' me mande qu'il a pris quelques papiers dans la toilette du sieur de Chïiteauneuf-, écrit d'une lettre italienne pleine de jargon ' et chiffres ; qu'il sait encore que son chirurgien, nommé LeJav, en a caché, et que le dit sieur de Chàteauneuf en a de cousus dans son pourpoint, qu'il croit importants d'être pris. Mais d'autant qu'il n'en a pas charge de moi, il me mande qu'on lui envoie un maitre des Requêtes ou une commission de mon grand Sceau pour faire cette exécution, qu'il juge importante. Il dit que le sieur de Chàteauneuf est fort mélancolique.
Je vous prie d'avoir soin de vous et de prendre garde à votre personne ', et me mander votre avis. Quant à moi, j'aimerais mieux envoyer une personne confidente avec une commission du grand Sceau que non pas un maitre des Requêtes.
Celle-ci n'étant h autre fin, je finirai en vous assurant de mon affection, qui sera toujours telle que vous le pouvez désirer, et prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Gl
Mon cousin, j'ai reçu votre lettre à 7 heures du soir, par laquelle vous me mandez que je puis aller à Chantilh'. J'irai donc demain coucher. Le marquis de Rosny m'a envoyé son fils aujourd'hui, et m'a fait demander permission par celui qui l'a amené de pouvoir venir à Paris pour solliciter un procès qu'il a contre les Arnauld-, qui lui importe de 50000 francs, pour tant et si peu de temps qu'il me plairait, ce que j'ai cru ne lui pouvoir-refuser pour lui donner quelque peu de contentement après lui avoir fait le déplaisir de lui ôter son fils; je n'ai point réglé le temps afin que, quand vous jugerez qu'il y ait assez été, on lui fasse savoir qu'il se retire. ~
Lettre 60. — Archives de Chantilly.
I. Laniont, exempt aux gardes. — 2. Le sieur de Chàteauneuf, garde des sceaux, arrêté par ordre du roi.
3. Au xvir^ siècle, cm empluyait beaucoup le jargon comme correspondance secrète. Cela consiste à remplacer des mots courants par des mots quelconques, d'après un ordre convenu. — 4. Louis XIII redoutait toujours quelque tentative violente contre le cardinal qu'il savait très impressionnable.
Lettre 61. — Archives de Chantilly.
1. Le château d'Ecouen. — 2. Arnauld avait été secrétaire de Sully, et trésorier de France, à Paris.
Je VOUS ai voulu donner avis de ceci, ne voulant jamais rien faire sans vous le faire savoir.
Je me réjouis extrêmement de quoi vous vous portez, bien. J'espère que tout va bien en dépit de nos ennemis; je parle en ces termes à cause que tous ceux qui sont les vôtres sont les miens. Je ne vous fais point de réponse sur ce que me mandez qu'avez fait, parce qu'il n'y a rien ;i redire à tout ce que vous faites. Je me porte très bien, f^ràccs au bun Dieu, et vous assurerai toujours de ce que vous ne devez jamais èti'e en doute poui' ce qui est du mon allcctioii, qLii duiera pour \ous jusques au dernier soupir de ma vie, fmissant celle-ci en priant le bon Dieu de tout mon C(eur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Loris.
C'iKiiitilly, Cl- 1 ^ mars 1633.
Mon cousin, aussitôt \otre lettre reçue, j'ai envoyé un i^entilhomme voir la Reine '. qui vous verra avant que de revenir ici pour me rapporter de vos nouvelles, attendant quoi je vous assurerai toujours de mon all'ection et prierai le bon Dieu de tout mon C(eur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Chantilly, 1.1 mars 1633.
Mon cousin, je vous écris ces quelques lignes pour vous faire savoir que je me rendrai samedi au soir à Saint-Germain '. Si je vous pouvais voir ledit jour en tel lieu, ce me serait un très grand contentement, cai' il me semble qu'il y a un an entier que je ne vous ai vu. ,Ie vous prie donc me faire savoir le lieu et l'heure qui vous sera le plus commode, laquelle attendant avec impatience, je vous assurerai cependant de mon affection et prierai le bon Dieu de tout mon cceur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Lettre 62. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XXI.) 1. La reine .\nne J'.^utriehe.
Lettre 63. — Archivis Je C'iiantillv.