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est celui qu'il désire le moins, attendu qu'il se vengerait du retranchement de sa pension.
Le roi s'exprima ainsi à l'endroit d'Odescalchi : « Le souvenir du dernier conclave me doit faire appréhender avec raison l'élévation d'Odescalchi. C'est assez pour vous obliger à l'empêcher autant qu'il se pourra. Si toutefois la pluralité des voix était tellement pour lui que son élection ne se pût détourner que par une exclusion publique, je nedésirepoint qu'elle se fasse, et j'aimerais mieux alors que les cardinaux français donnassent les mains à l'élection d'un sujet qui pourrait servir utilement l'Église, d'autant plus que par la manière dont je vous ai chargé et le cardinal d'Estrées de lui parler, il a dû connaître que les raisons qui m'obligèrent à l'exclure au dernieconclave ne regardaient point sa personne. »
Sa Majesté remarque que, si l'on prenait un pape dans les créatures d'Urbain VIII, elle verrait avec plaisir l'élection de Grimaldi, mais qu'il ne fallait pas s'y attendre à cause de sa qualité de cardinal français. Sa Majesté ne veut pas d'un cardinal de la faction Altieri, mais elle se refuse toutefois à une exclusion publique ; elle défend aux cardinaux français d'avoir aucun commerce avec Altieri personnellement, et elle ne lui accorderait l'honneur de ses bonnes grâces que s'il mettait toute sa faction à son service et pour un cas utile dans le conclave. Après avoir déclaré que le cardinal de Retz serait le chef de la faction de France, et en son absence le plus ancien des cardinaux français, le roi ajoute : « Je vous remets de pouvoir faire une exclusion publique selon que vous la trouveriez absolument nécessaire, bien que mon intention, ainsi que vous l'avez vue dans le commencement de cette dépêche, en soit éloignée, et que je croie qu'il ne faille venir à ces derniers maux qu'à une dernière extrémité l. »
Pendant que le roi envoyait ces premières instructions i. Correspondance de Rome, t. CCXLVI, p. 35-41.
à son ambassadeur, Pomponne écrivait au cardinal d'Estrées, pour lui dire que Sa Majesté désirait la plus grande union parmi les cardinaux français. Rappelant l'affaire Bardet qui avait divisé le cardinal d'Estrées et le cardinal de Bonzi, il les exhorte l'un et l'autre à la paix, disant que le cardinal de Bonzi lui paraît bien disposé. « Je veux espérer, ajoute-t-il, que Rome servira à vous réunir, comme Rome avait peut-être servi à vous diviser.» Enfin Pomponne compte sur le cardinal de Retz, que le cardinal d'Estrées a tant désiré1.
Les premièresnouvelles du conclave sontainsi résumées dans la dépêche du duc d'Estrées au roi, le 4 août : — Le conclave a été fermé avant-hier; le duc en est sorti le dernierdes ministres, «pour conserver la prérogative qu'ont les ambassadeurs de Votre Majesté d'y demeurer les derniers. » On ne peut pas faire fondement sur les paroles de la reine de Suède et du cardinal Azzolin. Le cardinal Chigi a exprimé à l'abbé Prévot,agent de M. de Strasbourg, les sentiments les plus ardents pour Sa Majesté. Le cardinal Ursin, malade, n'est pas encore entré au conclave. Le cardinal Rospigliosi, en se rendant au conclave, a été acclamé par le peuple sur la place Saint-Pierre ; on cria : « Viva papa Rospigliosi, viva Clémente XI, piace a Dioche potiamo dire V. Sa, sarebbe la félicita di tutto il mondo. » Le cardinal d'Estrées tient rigueur aux six dernières créatures de Clément X, qu'il traite moins bien que les Espagnols. C'est le prince Savelli qui est maréchal du conclave, et le cardinal Barberin qui est doyen du sacré collège2.— Dans sa dépêche du même jour à M. de Pomponne, le duc d'Estrées lui raconta que le cardinal Bassadona lui avait fait mille protestations de zèle pour lui et pour le roi; qu'il lui avait dit que c'était lui, duc d'Estrées, qu'on devrait faire pape. Mais, comme le duc savait que ce cardinal avait écrit méchamment à Venise