‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 370 sur 473 · INNOCENT XI ET CASONI · texte numérisé non relu

INNOCENT XI ET CASONI

Chose étrange, Favoriti et le cardinal de Luca, malgré leurs divergences de caractère, malgré leurs oppositions de conduite, malgré leurs haines et leur divisions publiques, surent rester unis pour dominer le pape et pour le faire marcher vers le but voulu. Us furent ses serviteurs apparents et ses maîtres réels, ses auditeurs en titre, ses inspirateurs en fait, et, dit Servient, « l'âme de toutes ses actions1. » A leur mort, cette âme en deux, parties fut Casoni. Casoni avait succédé à Favoriti en 1682, et, à la mort de Luca, il tint lieu de l'un et de l'autre auprès de Sa Sainteté, pour ne pas dire dans l'esprit même de Sa Sainteté.

Casoni fut d'abord précepteur des enfants du prince Borghèse, puis secrétaire du nonce Bevilaqua aux conférences de Nimègue, en 16772. A en croire le duc d'Estrées, il aurait été à cette époque favorable aux intérêts français. Mais il paraît que le duc d'Estrées Ta jugé inexactement, en prenant trop facilement certaines apparences diplomatiques pour le fond même des opinions et des tendances. Quoi qu'il en soit, voici ce que le duc écrivit à Pomponne le 13 avril 1677: « Le cousin de l'abbé

1. Correspondance de Rome, dépêche du 4 février 1683; t. CCLXXXVI,p. 28-29.

2. Mémoire sur les Griefs de la France contre la cour de Rome sous le pontificat d'Innocent XI {ibid., t. GCCXX, p. 427-432).

Favoriti, que je mandais il y a huit jours avoir été envoyé à M. Bevilaqua pour demeurer auprès de lui et être son principal conseil, a toujours eu beaucoup d'inclination pour la France, et M. le cardinal Bona dont il était coptere, lui disait môme quelquefois qu'il n'était pas à propos qu'il la fit tant paraître ; de sorte qu'il y a beaucoup d'apparence que Sa Majesté aura sujet d'être satisfaite de sa conduite. Il s'appelle le comte Cassoni1. » Mais Louis XIV ne le jugea sans doute pas aussi favorablement que le fit le duc d'Estrées; car, en 1679, lorsqu'il fut question à Rome d'envoyer ce même Casoni comme internonce à Paris, Lauri n'étant que l'auditeur du feu nonce Varesi, Louis XIV écrivit de Saint-Germain au duc d'Estrées, le 16 juin, d'abord qu'il ne voulait pas d'un internonce, ensuite qu'il ne voudrait pas de Casoni, parce qu'il avait « de particulières raisons qui le porteraient à ne le point recevoir2 »; et il ordonna au duc d'agir en conséquence, dans le cas où la cour de Rome désirerait réellement l'envoyer comme tel à Paris. Quelles étaient ces raisons particulières de Louis XIV? Les dépèches restent muettes sur ce point. Cependant Servient avait écrit à Pomponne, le 24 mai précédent, qu'il ne serait pas digne de Sa Majesté d'avoir un internonce, et, de plus, qu'il serait mauvais que Favoriti pût entretenir des intelligences avec un parent résidant à Paris, ce Favoriti qu'on avait accusé, « non sans soupçon de vérité, » d'avoir composé des pièces satiriques à l'occasion de l'affaire de M. de Créqui 3.

Le 11 juillet, le duc d'Estrées écrivit à Louis XIV : « Quant à l'abbé Casoni, M. l'abbé Favoriti, qui est son oncle4, avait fort souhaité qu'il pût être à la place de Laury et même qu'il en avait parlé au pape, mais que Sa

1. Correspondance de Rome, t. CCLI, p. 136-137. 1. Ibid.y t. GGLXI, p. 77-78.

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