‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 130 sur 268 · Ibld., dép. Pietro d'Oletta, p. 220 à · texte numérisé non relu

Ibld., dép. Pietro d'Oletta, p. 220 à

3. Lettre écrite de Rome (A. É., déjà citée). — Histoire des démêlés de la cour de France avec la cour de Rome, par Régnier Des Marais, 1707. Ce livre, intéressant au point de vue des négociations diplomatiques qui suivirent, est nul pour tout ce qui se rapporte à l'attentat. L'auteur s'est borné à rapporter en quelques lignes l'ensemble des faits et souvent avec inexactitude. Tous les détails sont empruntés sans contrôle à plusieurs relations que l'ambassade fit composer dans le premier moment et où la plupart des circonstances sont grossies et dénaturées. C'est ainsi que Régnier Des Marais représente les Corses venant « tambour battant » au palais Farnèse et y « disposant divers corps de garde tout autour ». — La lettre de Rome citée plus haut va plus loin : « Toute la compagnie se leva au battement du tambour, et guidée par ses officiers, avec le drapeau, marcha droit au palais ». — Je trouve enfin dans un manuscrit des Affaires étrangères, vol. XXIV, intitulé Histoire des négociations des ministres du roi à la cour de Home, par M. de Saint-Pret, garde des archives, l'assertion suivante : « Les Corses persuadèrent à leur capitaine de faire battre le tambour et de mettre en bataille toute la compagnie. Apres quoi ils marchèrent avec leur étendard et conduits par leurs officiera vers le palais Farnèse. » On verra plus loin que l'affaire du 20 août n'a présenté nulle part ce caractère pompeux, mais a conservé d'un bout à l'autre l'aspect et le désordre d'une échauffourée de soldats livrés à eux-mêmes. Quant au tambour, le détail est exact, mais L'ambassade de France et les rédacteurs de notes qu'elle a inspirés ont compris de travers l'ordre donné à <•<■! égard par le capitaine des Corses. Cel officier faisait avec raison battre la retraite pour ramener ses soldats échappés. Il est étrange qu'on ait interprété ce rappel comme une excitation à L'émeute.

Catinari. Les autres sont sortis à gauche, ont inonde'- la place de la Trinité, et, se divisant en plusieurs groupes, ont parcouru les alentours du M.ont-de-Piété, la via de' Balestrari, et pousse'' jusqu'au Campo de' Fiori. D'autres

enfin, prenant leur course par le Capo di Ferro et la via de' Venti sont arrivés au vicolo délia Cerqua jusqu'à l'encoignure du palais Far ne se. Il faut se les figurer tous errant à l'aventure, en tirailleurs libres, dans un mouvement de va-et-vient continuel à travers toutes les ruelles assombries par le crépuscule, dont les habitants avaient disparu, vociférant, se croisant, guettant au coin des maisons, refoulant les rares passants attardés, menaçant, tirant ça et là, au hasard, des coups d'arquebuse, véritables soldats débandés, sans chefs, sans ordres, sans aucun plan déterminé. Le fait seul de cette panique, de cette colère aveugle attestée par l'irruption hors de la caserne par-dessus les clôtures brisées, peut expliquer une course aussi désordonnée dans les détours d'un quartier confus. Ces petites troupes de gens indisciplinés par nature, soldats de métier, et dont le gouvernement pontifical avoue lui-même la brutalité *, allaient et revenaient cherchant à se venger, ceux-ci dans les rues, ceux-là du côté de l'ambassade, au gré de leur fantaisie. Toutefois le mal eût été beaucoup plus grand, si, au moment où la plus grande foule sortait de la caserne, un incident qui devait naturellement se produire, à savoir la vigoureuse intervention d'un officier, n'eût arrêté son élan, et diminué sensiblement le nombre des agresseurs.

Le capitaine de la garde corse, Alphonso Franchi, en revenant de chez le prince Mario Chigi vers la

1. A. E., loc. cit., dép. du duc de Créqui au roi, 28 août, f° 53 : « Il (le cardinal Chigi) me dit que les Corses étaient des gens féroces et dont on ne pouvait pas être maître ».

vingt-deuxième heure, était entré à la caserne où il avait trouvé tout en ordre : ayant une lettre à écrire, il avait regagné son logis situé tout près de là dans la via délie Grotte, étroite ruelle qui tombe dans la rue Capo di Ferro, à deux pas de la place de la Trinité. Pendant qu'il écrivait, il entendit au dehors une grande rumeur ; on criait : « questione ! questione ! » (querelle !) il s'approcha de sa fenêtre et aperçut des fuyards courant dans la rue Capo di Ferro; aussitôt il prend son épée, descend, et en tournant l'angle de la rue délie Grotte, il voit sur la place de la Trinité une centaine de ses soldats armés qui s'avançaient en hurlant et brandissant leurs arquebuses. Stupéfait de ce spectacle, ignorant la cause du tumulte, il dégaine, et, comprenant qu'avant toute explication, il fallait faire rentrer cette troupe affolée, il interpelle ses soldats, les repousse, leur ordonne de rebrousser chemin, frappe quelques-uns du plat de son épée, en criant : « arrière! arrière! mes enfants! » Le lieutenant Cardone et le sergent Vinciguerra viennent à son aide : ils réussissent enfin à ramener le plus grand nombre sur la piazzetta. « Tous sont-ils dehors? s'écrie Franchi en apercevant le caporal Pietro d'Oletta — Oui, répondit celui-ci, sauf les hommes de garde. — Et pourquoi les avez-vous laissés sortir.' ■> reprit le capitaine; Pietro s'excusa sur la violence qu'il avait subie. « Oui? repartit Franchi, vous me le payerez! »

Lui-même toutefois vit bien qu'il avait peine à maintenir ces furieux, et devait craindre un nouveau départ : alors il s'avise d'un expédient, paraît reconnaître avec eux qu'en effet, il faut défendre la caserne, et les fait poster les uns aux fenêtres, les autres aux angles des ruelles environnantes. A ce moment, il entendit au loin le bruit d une arquebusade. Tous les soldats n'avaient pas obéi et plulieurs s'étaient échappés : d'ailleurs il n'avait rencontré que ceux qui passaient rue Capo di Ferro ou qui étaient encore sur la place de l;i Trinité, mais un certain nombre

230 LAMBA8SADE l>r DUC DE CRÉQUI.

étaient partis, on le sait, par la via Salvatore in Campo, d'autres avaienl gagné le Mont-de-Piété. Franchi oe réu-

nissait autour de lui qu'environ cenl soldats; une vingtaine

étaient restés à la caserne avec le caporal Pietro d Oletta : on pouvait évaluer à une quarantaine environ ceux qui étaient dehors et ils étaient certainement les plus dangereux. Le capitaine crut devoir alors faire battre la retraite; le tambour était parmi les absents; un soldat fit son office : c'est ce rappel qui a été interprété par le parti français comme une provocation officielle à l'émeute. En même temps, Franchi envoya le sergent Vinciguerra à la recherche des soldats ; ce dernier en vit plusieurs sur la place Spada et aux alentours du palais Farnèse sans pouvoir les ramener : ils s'enfuyaient à son approche ; il revint à peu près seul au bout d'une heure, épuisé de fatigue. La plupart étaient de retour : les autres ne rentrèrent que beaucoup plus tard. Cardone ayant placé des sentinelles, Franchi l'envoya en hâte au cardinal Impériali pour l'aviser des événements. Lui-même resta devant les barrières, i'épée à la main '.

Pendant ce temps, les soldats demeurés libres et errants au nombre de quarante ou cinquante aux environs du palais Farnèse et dans la via de' Giubbonari consommaient contre le droit des gens l'un des plus graves attentats qui se soient produits dans le cours de l'histoire moderne. Suivons d'abord ceux qui s'étaient jetés par la place Spada, dans la via de'Venti, d'où ils voyaient de

1. Enquête, déposition du capitaine Franchi, p. 169 à 175. Les dépositions des soldats à l'enquête sont unanimes au sujet de l'intervention du capitaine et de l'énergie dont il fit preuve en cette circonstance. Il n'est pas possible de douter de leur véracité, car ils donnent tous les mêmes détails, et ces détails sont confirmés par les bourgeois d'alentour, les marchands de la place de la Trinité, Bernardini, Appio, Guidetti. qui s'expriment comme les soldats. Je ne donne aucune indication spéciale : il faudrait citer tous les témoignages.

profil toute la façade du palais de l'ambassade, et eeux qui, par la via de' Balestrari ou le Mont-de-Piété, étaient arrivés soit au Campo de' Fiori, soit au bas de la place Farnèse. Comme ces gens se transportaient de côté et d'autre, et, selon l'expression de M. de Bourlemont, « voltigeaient à l'entour du palais » *, il est impossible de connaître exactement les divers points où ils se sont postés ; on n'en peut désigner qu'un seul, l'angle de la Via de' Venti et du vieolo délia Cerqua : plusieurs témoins de l'enquête ont raconté qu'en cet endroit, d'où en effet on découvre une partie de la place Farnèse, des groupes de soldats ont stationné 2, et les dépositions d'habitants du quartier ont déclaré que c'était bien de cet emplacement que partaient les arquebusades a. Il y avait là notamment Franceseo de Bastelica et Matteo de Petralba *. Sur d'autres points, dans les rues transversales, telles que la via de' Balestrari, les soldats passaient dans un sens ou dans l'autre K; bon nombre étaient aux issues du Campo de' Fiori. Les noms de plusieurs de ces individus sont unanimement cités : c'étaient Domenico et Simon de Bastelica, Antonio de Sari, Giuseppe de Cassano (qui ont avoué eux-mêmes leurs méfaits à leurs camarades) G, Francesco de Rostino 7, puis Marco Vergolé, l'un des premiers fauteurs du désordre, Giacomo de Toxis qui avait ferraillé au Ponte Sisto, G.-B. de Sarola, Pietro de Zcvaeo 8 et d'autres, on peut dire sans hésitation tous ceux qui ont été depuis portés sur la liste des déserteurs ; nous les retrouverons en analysant L'enquête. On ne sait où commencèrent

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