‹ Louis XIV et le Saint-SiègeChapitre 175 sur 268 · A. E., Bourlemont à Lionne, déj. cit · texte numérisé non relu

A. E., Bourlemont à Lionne, déj. cit

5. Il était neveu du cardinal Rospigliosi, depuis pape sous le nom de Clément IX. On le verra plus loin envoyé à San Quirico, auprès du due de Créqui. Il accompagna le cardinal Chigi lorsque celui-ci vint en France en qualité de légat.

L'AMBASSADE ET LE SAINT-SIÈGE APRES i/ ATTENTAT. 311

la révocation des mesures qui motivaient son départ pourvu que lui-même consentit à désarmer !. Comme cette condition, si raisonnable d'ailleurs, était précisément contraire aux intentions de l'ambassadeur, la démarche de l'abbé n'avait aucune chance d'aboutir, ni même de retarder d'un instant le départ. M. de Créqui prétendait désormais réclamer des réparations si grandes qu'il était impossible d'espérer une entente : il avait confié le matin même ces demandes à l'ambassadeur de Toscane, lequel estime ce qu'il serait téméraire même d'en parler » et trouve ce langage « bien imprudent » 2. Il n'entra au surplus dans aucun pourparler à cet égard avec l'abbé Rospiglioni, qui se retira avec la certitude que la décision prise était irrévocable.

La nuit se passa tout entière dans les préparatifs de ce départ qui terminait si tristement la première mission du duc de Créqui à Rome. L'ambassadeur n'était pas sans inquiétude sur les événements du lendemain : sa sortie de la ville s'cfiectuerait-elle sans obstacle? et au dehors, sur les routes assez peu sûres de la campagne romaine, ne rencontrerait-il point quelque fâcheuse aventure? De plus le pays est malsain en cette saison de l'année :5 : la fièvre était à craindre, surtout pour la duchesse, dont la santé avait été fort ébranlée par les émotions de ces derniers jours. Puis quelles réflexions amères devaient se présenter à l'esprit de M. de Créqui! quelle antithèse cuire le magnifique appareil de son arrivée au palais Farnèse quatre mois

1. Racconto compléta, ne. - Il est à remarquer que ni 1.- duc de Créqui ni M. de Bourlemont no parlent de rotto visite.

2 '. Sarebbe témérité il parlare. » DéP. de l'ambassadeur «I, roscane, 31 août, déjà citée; -«pare a molti che que stosignore si sia troppo avan-

/;ii(. ne! parlare », ibid. ..,.,■ i .>,-., .î,,.

3i L'ambassadeur de Toscane exprime ces inquiétudes dans sa dépêch.

du 31 août, déjà citée ; « uscir de Roma in questa stagione dou e négocie

Bicuro ».

auparavant et cette retraite presque forcée vers un pied-àterre inconnu! En mai, il venait avec l'espoir d'être « persona grata » auprès du Saint-Père, de réconcilier la France et le Saint-Siège et d'illustrer encore son nom par l'heureux succès d'une mission politique de premier ordre : le 1er septembre, il partait traité en ennemi par le gouvernement romain, odieux au pape et à toute sa Cour, outragé et non vengé, et ne pouvant se dissimuler qu'après tout ce qui s'était passé et quoi qu'il pût en advenir, quelques satisfactions qu'obtînt plus tard la Couronne de France, son ambassade et ses conséquences compromettraient pendant bien des années les relations de l'Eglise et de la Monarchie.

Il savait bien sans doute que sa conduite ne serait pas )stensiblement désapprouvée à Paris, et que le gouvernement de Louis XIV, quel que fût au fond son jugement, avait trop de sentiment de sa dignité et trop de sens politique pour ne pas soutenir et couvrir son ambassadeur. Mais enfin il arrive souvent qu'un souverain et ses ministres, tout en s'abstenant du lâche procédé du désaveu lorsque l'honneur est sauf, sont quelquefois portés, en présence d'une affaire qui leur est pénible, à en vouloir, si discrètement que ce soit, à celui qui n'a pas su ou pu leur en éviter les ennuis. M. de Créqui connaissait la Cour et ses pièges : aimé du roi, entouré d'une famille puissante, appuyé par M. de Lionne, il avait cependant des ennemis jaloux de sa haute fortune, et dont les insinuations, les demisourires, les silences même pouvaient lui nuire dans Pesprit du maître. En somme il avait échoué d'une manière éclatante, et comme en toute affaire il y a généralement plusieurs voies à suivre, les esprits critiques et les railleurs ont toujours beau jeu de prétendre, lorsqu'on n'a point réussi, que l'on n'a pas pris le bon chemin !. Ajoutons que les gouvernements en général, qui ne veulent

1. On le vit bien par l'épigramme de Racine, citée plus haut (chap. m, § VIII).

jamais avoir tort et surtout paraître s'être trompés, ont toujours une extrême tendance à rejeter sur leurs agents la responsabilité des revers.

L'ambassadeur ne pouvait donc quitter la Ville Éternelle sans de graves soucis. Il est vrai que dans son cœur, en ce moment de crise, l'indignation et le désir de la vengeance l'emportaient encore surtout autre sentiment. Son collègue de Toscane avait été frappé de la violence de ses rancunes et des menaces qu'il faisait entendre contre les parents du pape et ses conseillers. Cette colère était trop naturelle pour qu'on ose la lui reprocher, et certes il était bien permis à celui qui, depuis dix jours, n'obtenait pas justice d'un pareil attentat, de ne pas trop ménager ses paroles devant l'attitude hostile et ironique de ses adversaires1.

Le vendredi 1er septembre, entre sept et huit heures du matin2, la grande porte du palais Farnèse s'ouvrit, et l'on en vit sortir quatre carrosses à six chevaux et seize cavaliers d'escorte3. Dans le premier carrosse étaient l'ambassadeur, la duchesse de Créqui et M. de Bourlcmont : les femmes de l'ambassadrice et les secrétaires et écuyers remplissaient les trois autres 4. Aucune relation n'indique qu'il y ait eu soit dans l'intérieur du palais parmi la foule de gens armés et de réfugiés qui l'habitaient depuis le 20 août,

l. Il est certain que l'entourage du pape affectait de traiter cotte affaire avec dédain et montrait beaucoup d'assurance. Je lis dans une lettre anonyme adressée au roi (A. E., Rome, 149, f° 76), qu'un secrétaire de IfgT Nini aurait dit, en apprenant la nouvelle du départ do L'ambassadeur : « Ha fatto bone de se partire, se |>ei<> non \<>leva vedere ».

J. Bourlemont dit a vers sept heures » et Créqui « sur les huit heures du matin ».

3. Il y avait «'ii outre une litière fermée qui probablement contenait les bagages. Une unie dos archives de Florence «lit que L'on s'imagina qu'elle contenait !«• corps «In page Bertaut.

'i. \. E., loc. cit., Créqui au roi, 2 septembre, déj. oit: — Bourlemont à Lionne, même date; — dép. de L'ambassadeur de Toscane, 1er septembre, dôj. cit.

soit sur la place et dans les rues adjacentes, la moindre démonstration bruyante. Personne, il est vrai, sauf les autorités supérieures de Home et les ambassadeurs, n'était avisé du départ, et le gouvernement pontifical avait intérêt à prévenir tout désordre pour être en mesure d'établir plus tard que M. de Créqui s'était forgé des appréhensions vaines et que rien ne le menaçait \

Le cortège, au sortir des ruelles qui environnaient alors tout le quartier de la place Farnèse, suivit probablement la rue de la Ripetta pour gagner la porte du Peuple. Après l'avoir franchie, il parcourut la voie Flaminienne qui conduit au Ponte-Molle. Il paraît, si Ton en croit l'ambassadeur de Toscane, que, sur cette voie, il faillit faire une rencontre assez inopportune : don Mario, qui ignorait quel chemin M. de Créqui voulait prendre, se promenait précisément de ce côté, hors les murs, lorsqu'un de ses gentilshommes aperçut de loin les carrosses : le frère de Sa Sainteté, aussitôt prévenu, donna ordre de changer de route, et probablement ne fut pas aperçu de l'ambassadeur 2. Au Ponte-Molle , avant le passage du Tibre, M. de Bourlemont prit congé de M. de Créqui et de la duchesse, qui continuèrent leur voyage jusqu'à leur première étape, et le surlendemain jusqu'à Montefiascone 3. Il rencontra , avant de rentrer dans Rome , le cardinal

1. Le cardinal Chigi en effet n'a pas manqué dans le Raccqnto cotnpleto, etc., déjà cité, et qui a été écrit sous ses yeux, de faire remarquer la tranquillité du départ et combien les craintes de l'ambassadeur étaient mal fondées. — Il écrivit même à Lionne, le 2 septembre, un billet en ce sens : il place en substance M. de Créqui dans le dilemme suivant, à propos du petit nombre des cavaliers de son cortège : « Ou il croyait, ou il ne croyait pas à la promesse de sécurité qu'il avait reçue du pape : s'il y croyait, quelle nécessité d'avoir un millier d'hommes au palais Farnèse? S'il n'y croyait pas, comment est-il sorti, à la face de tout le peuple et des soldats, en plein jour, avec une suite si peu nombreuse? » A. E., Rome, 146, f° 102. — Arch. Vat., vol. 122, p. 84.

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