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Louis XIV et son siècle

L y a eu qualie grands siècles au monde : celui de l'ériclès, celui d'Auguste, celui de Léon X et celui de Louis XIV.

Le siècle de Périclès produisit Miltiade, Léonidas, Thémistocle, Aristida, Pausanias, Alcibiade, Sophocle, Euripide, Phidias, Aristophane, Xeuxis, Parrhasius, Socrate, Diogène, Hérodote et Xénophon.

Celui d'Auguste :S} lia, Cicéron, César, Lucrèce, Catule, Virgile, Horace, Proi>erce, Ovide, Tibule et Caton, Salluste, i.'ornéliusNépos, Diodore de Sicile, Tite- Live, Denys dllahcamasse , Scipion l'Africain et Vitruve.

Celui de Léon X : Guichardin , Machiavel, Paul Jove, l'Arioste, Michel-Ange, Raphaël , Titien et Galilée.

Celui de Louis XIV : Richelieu, Montmorency, M;u;trin, Jean-Bart, Luxembourg, Condé, Turenne, Tourville , Catinat , Louvois, Villars, Corneille, Descartes, Mézeray, La Rochefoucauld, Biiylc, Molière, La Fontaine, Lebrun, Perrault, Girardon, Bossuet, Mallebranche, Puget, Racine, Boileau, Lully, M" de Sévigné, Fontenelle, Fénélon, Jean-Baptiste Rousseau, RoUin, Cliaulieu, Mignard etQuinault.

Nous avons, («rmi ces quatre siècles, choisi, pour le mettre sous les yeux de nos lecteurs, nous n'osons pas dire, le plus noble, le plus bt^au, le plus grand, quoique nous le pensions, mais le plus rapproché de notre époque, et, par conséquent , celui qui nous semble avoir le plus d'intérêt pour nous.

Une nouvelle manière d'écrire l'histoire a été créée; les mémoires particuliers nous ont introduits dans l'intimité des dieux de notre monarchie ; et nous avons vu que ces dieux , comme ceux de l'antiquité , à côté de suprêmes grandeurs , avaient bon nombre de p-tites faiblesses; qu'éblouissants aux yeux, quand on les regardait de loin, ils [terdaicnt luic partie de leur éclat quand on parvenait à se glisser sous l'ombre qu'ils projetaient. Kniin , preils à ces juges devant les<juels on conduisait les anciens Phanious morts, et qui, après les avoir couronnés de lierre, dépouillés de leur sceptre et de leur manteau royal, les jugeaient dignes ou indignes de la sépulture, nous avons, à notre tour, dans notre justice ou dans notre colère , ôté la couronne , le sceptre et le manteau aux rois morts et quelquefois même aux rois vivants, et nous avons prononcé sur eux

ij l'RÉKACK.

ce jugement irrévocable des trois juges antiques , qui n'était autre que le jugement de la postérité.

Peut-être Louis XIV est-il le seul qui ait encore échappé à ce jugement. Elevé trop haut par les flatteurs monarchiques, rejeté trop bas par les détracteurs révolutionnaires, proclamé sans délauts par les uns , accusé de manquer de toutes les vertus par les autres , aucun roi n'a été, depuis sa mort, plus tiraillé en tous sens que le grand roi , et nul n'a dû , si le sépulcre a un écho, entendre bourdonner, dans le sommeil de la mort où il s'est endormi , après le plus long règne qu'ait jamais régné un roi , plus de basses louanges et plus d'inl'ùmes calomnies.

Eh bien! c'est le Dieu qu'on avait placé sur un nuage, c'est le cadavre qu'on a trauié au.v Gémonies, qu'il s'agit aujourd'hui de remettre à sa place. Ce n'est ni un panégyrique, ni un pamphlet que nous écrivons, c'est un portrait de l'homme à toutes les époques de sa vie, depuis son enlance malheureuse jusqu'à sa vieillesse misérable, en passant par toutes les [ihases de joie et de douleurs, d'amour et de haine, de faiblesse et de grandeur, qui ont composé cette vie unique dans son ombre comme dans son soleil. C'est Louis XIV, dieu pour le monde, roi pour l'Europe, héros pour la France, homme pour ses maîtresses, que nous allons montrer; et, nous en sommes certains, il .sortira de l'épreuve, plus vrai, plus réel, plus palpable, plus humain, plus moulé sur nature , si nous pouvons nous exprimer ainsi , qu'il n'a jamais été , soit dans l'histoire, soit sur la toile, soit en bronze. Et peut-être paraitra-t-il plus grand, en le laissant homme au milieu des hommes , qu'il ne le paraissait quand on l'avait placé comme un dieu parmi les dieux.

D'ailleurs, quel plus beau cortège la plus exigeante divinité pourrait-elle demander que celui qui accompagne Louis XIV? Où chercher des ministres égaux à Richelieu , à Mazarin, à Colbert et à Louvois; des généraux dont la gloire fasse pâlir celle des Condé, des Turenne, des Luxembourg, des Catinat, desBerwick et des Villars; des marins qui luttent à la fois contre l'Angleterre et contre l'Océan, comme l'ont fait les Dugay-Trouin, les Jean-Bart et les Tourville ; des poètes qui parlent la langue des Molière, des Corneille et des Racine ; des moralistes comme Pascal et La Fontaine ; des historiens comme Bossuet ; des maîtresses enfin comme La Vallière et comme Fontanges, comme M"' de Montespan et M"' de Maintenon ?

Eli bien! pauvreté de l'enfant, amours du jeune homme, gloire du héros, orgueil du roi, décadence du vieillard, faiblesses du père, mort du chrétien , tout ressortira de notre travail qui aura le Louvre, Saint-Germain et Versailles au premier plan , la France dans la demi-teinte , l'Europe à l'horizon; car l'histoire de Louis XIV n'est pas de celles où l'on remonte du peuple au roi , mais où l'on descend du roi au jjeuple. N'oublions pas cette paiole sacramentelle du vainqueur de la Hollande, au zénith de sa gloire : L'État, c'est moi î

Écrite ainsi dans tous ses détails , résumés de temps en temps par un large coup d'œil jeté sur l'ensemble, nous osons le dire, la vie de Louis XIV aura toute la gravité de l'histoire, tout le caprice du roman, tout l'intérêt des mémoires. .4ussi n'Iiésitons-nous jioint , malgré nos travaux antérieurs et peut-être même à cause de ces travaux , à livrer hardiment notre livre au public, certains que nous sommes de sa sympathie et de son appui.

Alexandre DUMAS.

Avis au Relieur

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