‹ Louis XIV et son siècleChapitre 12 sur 69 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

M.irarin. — Son online — Ses commencements. — Opinion de Richelieu à son so|ft. — Son coup d'essai. — I'rêdiclior. d'un ambassadeur. — Factions qui partaient in cour. — Trois partis. — Le plus honnête homme du royaume. — Conduite do la mue. — Dcchration du Parlement — Les rivalités éclatent. — Mstarin et le valet de chambre de la reine. — Les tablettes.

Nous entrons dans une nouvelle période qu'un homme va remplir, comme Rirhelieu a fait de la précédente. Disons, avant toutes choses, ce que c'était que cet homme.

Giulio Mazarini, dont nous avons francisé le nom en celui de Jules Mazarin, étail fils de l'ielro Mazarini. natif de Palcrmc, et d'Orlcnsia Uufalini, issue d'une assez bonne maison de Ciità-iIi-Castello. Lui-même naquit à Pisrina, dans l'Abruzze, le H juillet ltiO-2, et fut baptisé dans l'église Saint-Silvestre de Home

Il avait donc quarante et un ans à l'époque où nous sommes arrivés.

Les commencements de Joies Mazarin furent obscurs; il avait étudié à Rome, disait-on, puis il avait passé en Espagne avec I abbé Jérôme Colonua. Pendant trois ans il avait suivi les cours des universités d'Alcala et de Salamanque. Enfin, il était de retour à Rome en 1622, lorsque les Jésuites, à l'occasion de la canonisation de leur fondateur, voulurent faire représenter une tragédie, comme c'était leur habitude dans les grandes circonstances. La vie du nouveau saint fournit le sujet de la pièce, et Jules Mazarin joua, aux applaudissements de tous, le rôle d'Ignace de Loyola.

C'était d'un bon augure pour un homme qui se destinait à la diplomatie. Mazarin avait alors vingt ans. Ce fut vers cette époque qu il entra au service du cardinal Benlivoglio. En quelle qualité? on n'est pas fixé sur ce point. Ses ennemis disaient que c'était en qualité de domestique. Quoi qu'il en soit, son maître reconnut bientôt en lui de grandes capacités; car, un jour, ayant conduit le jeune homme chez le cardinal neveu (c'est ainsi qu'on appelait le cardinal Barberino) : — Monseigneur, dit-il, j'ai de grandes obligations a votre illustre famille, mais je crois m'acquitter envers elle en vous donnant ce jeune homme que je vous amène.

Barberino regarda avec étonmment celui qui lui était présenté d'une façon si honorable ; mais il ne le connaissait pas même de vue : — Je vous remercie du présent, dit-il; maintenant ptiis-je savoir comment se nomme celui que vous me donnez avec une si belle recommandation? — Giulio Mazarini, monseigneur. — Mais s'il est tel que vous le dites, demanda le déliant prélat, pourquoi me le donnrr.-vous? — Je vous le donne, parce que je ne suis pas digne de le garder. — Eh bien! soit, répondit le cardinal neveu, je l'accepte de votre main. Mais à quoi le jugez-vous bon? — A tout, monseigneur. — Si cela est comme vous le pensez, répondit Barberiuo, nous ne ferions pas mal de l'envoyer en Lombardie avec le cardinal Cinetti.

Cette présentation lui ouvrit la roule des honneurs. Recommandé comme il l'était, Mazarin fut chargé de quelques petites négociations qu'il accomplit assez heureusement, et qui lui facilitèrent la voie à de plus grandes. Enlin, en 1629, lorsque Louis XIII, en forçant le pas de Suze, contraignit le duc de Savoie à se séparer des Espagnols, le cardinal Sacchelti, qui représentait le pape à Turin, revint à Rome, et laissa Mazarin, avec le titre d'internonce et ses pleins pouvoirs, pour conclure la paix.

Les nouvelles fondions dont le jeune diplomate était chargé l'amenèrent à faire plusieurs voyages, dont l'un fut la source de sa fortune. Il vint à Lyon en 1630, fut présenté à Louis XIII. qui s'v trouvait alors, et, après la présentation, causa deux heures avec le cardinal de Richelieu, lequel fut si charmé de celte conversation, où l'adroit Italien avait déployé les ressources de son esprit et la finesse de ses vues, qu'il sortit en disant :

— Je viens de parler au plus grand homme d'Etat que j'aie jamais rencontré.

On comprend que, du moment où Richelieu avait conçu d'un homme une pareille opinion, il fallait que cet homme fût à lui. Mazarin rentra en Italie entièrement dévoué aux intérêts de la France.

Cependant tous ses efforts n'avaient pu amener la paix : les Espagnols assiégeaient Cazale, et les Français voulaient secourir la place. Mazarin. en passant d'un camp à l'autre, obtint d'abord une trêve de six semaines; puis, ce temps expiré, comme toutes ses tentatives de pacification avaient été inutiles, et que les Français marchaient au combat, il s'élance au galop dans l'étroit intervalle qui les séparait des Espagnols, afin de tenter un dernier effort sur le marécbalde Schomberg. Mais celui-ci, dans l'espoir de la victoire, propose des conditions presque inacceptables. Mazarin ne se rebute pas : il court aux Espagnols déjà sous les armes, s'adresse à leur général, exagère les forces des Français, fui montre sa position et celle de son armée comme désespérée, obtient de lui les conditions demandées par le maréchal de Schomberg, pousse aussitôt son cheval à toutes brides vers notre armée, en criant : La paix! la paix! Mais nos soldats, comme leur général, voulaient une bataille. On répond aux cris de Mazarin par les cris de : Point de paix! point de paix! accompagnés d'une vive fusillade. Le négociateur ne se laisse point intimider par le danger, il passe au milieu des balles qui se croisent, son chapeau à la main, et criant toujours : La paix! la paix! arrive ainsi près de Schomberg qui, étonné qu'on lui accorde avant la bataille plus qu'il n'aurait osé demander après une victoire, accepte le traité et fait poser les armes à ses troupes. Deux heures après, les préliminaires de la paix, confirmée l'année suivante par le traité de Cherasoo, étaient signés sur le champ de bataille.

Veut-on savoir ce que pensait de Mazarin, à cette époque, l'ambassadeur de Venise Segredo ? Voici l'extrait d'une de ses dépêches au gouvernement vénitien :

«t Giulio Mazarini, sérénissime seigneur, est agréable et bien fait de sa personne; il est civil, adroit, impassible, infatigable, avisé, prévoyant, secret; dissimulé, éloquent, persuasif el fécond en expédients. En un mot, il possède toutes les qualités qui font les habiles négociateurs; son coup d'essai est vraiment un coup de maître : celui qui parait avec tant d'éclat sur le théâtre du monde y doit faire apparemment une grande et belle figure. Comme il est fort, jeune el d'une complexion robuste, il jouira longtemps, si je ne me trompe, des honneurs qu'on lui prépare, et il ne lui manque que du bien pour aller loin. »

Les Vénitiens étaient grands prophètes en pareille matière. C'était, avec les Florentins, le peuple qui passait pour le plus habile en politique. Louis XI avait fait venir deux Vénitiens pour prendre d'eux des leçons de tyrannie.

La prédiction de l'ambassadeur s'accomplit en 1654. Richelieu, qui voulait avoir Mazarin près de lai, te fit nommer vice-légat d'Avignon. En 1639, il était envoyé en Savoie avec le titre d'ambassadeur extraordinaire; enfin, le 16 décembre 1641, il fut nommé cardinal, et, le 25 février de l'année suivante, il reçut la barrette des mains mêmes de Louis XIII.

On se rappelle que le cardinal de Richelieu mourant avait recommandé au roi Louis XIII trois hommes Ces trois hommes étaient -. Chavigny, des Noyers et Mazarin.

Mais, nous l'avons vu, le règne de Louis XIII fut court. Le cardinal mourut le 4 décembre 1642, et, le 19 avril 1643, le roi se couchait sur le lit d'agonie qu'il ne devait plus quitter. Le jour suivant, soumis aux volontés de Richelieu mort, comme il l'avait été à celles de Riohelieu vivant, il nommait à la reine régente

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un conseil dont le chef était le prince de Condé, et dont les membres étaient le cardinal Mazarin, le chancelier Séguier, le surintendant Boutillier et le secrétaire d'Elat Chavigny

Quant au duc d'Orléans, à qui Louis XIII avait pardonné ses rébellions, mais sans les oublier, il était nommé lieutenant général du roi mineur, sous l'autorité de la régente et du conseil.

Il est vrai que le roi n'était pas trépassé en plus grande confiance de sa femme que de son frère. Sur son lit de mort, Chavigny lui était venu parler de ses anciens soupçons contre Anne d'Autriche, a propos de la conspiration de Chalais, lui affirmant, a cette heure suprême, qu'elle n'avait jamais trempé en rien dans cette affaire, et le roi avait répondu : — En l'étal où je suis, je dois lui pardonner, mais je ne dois pas la croire.

En effet, quelques jours avant la mort du roi, un événement scandaleux s'était passé près de lui, qui avait dû rendre son agonie encore plus pénible en lui montrant l avenir, du fond de sa tombe, comme a la lueur d'un éclair.

Le 25 avril, le roi avait reçu l'extréme-onction, et, comme le vieux Tibère, on l'avait cru mort. Alors, au milieu de la confusion générale, tous les intérêts particuliers s'étaient fait jour. La cour était, à celte époque, divisée en deux factions principales : le parti Vendôme et le parti de la Meilleraye.

Nous dirons deux mois de celte querelle, dont les suites devront rejaillir sur les événements que nous allons raconter.

H. de Vendôme avait eu autrefois, on se le rappelle, le gouvernement de Bretagne. C'était en Bretagne qu'avait été le chercher le grand-prieur son frère. Nous avons raconté comment tous deux furent arrêtés et conduits* Vincennes. Le cardinal prit alors le gouvernement de Bretagne pour lui» et le légua en mou- . rant au maréchal de la Meilleraye. Or, la famille de Vendôme ne voulait pas reconnaître cette transmission, et le duc de Iteaufort, jeune, beau, hardi, présomptueux, populaire, fort de l'appui de la reine, avait annoncé tout haut qu'à la mort du roi il reprendrait, de gré ou de force, le, gouvernement arraché .1 sou père.

Aussi, dès qu'on crut le roi mort, les deux factions qui partageaient la cour se rangèrent-elles à I instant même aux côtés de leurs chefs. Le maréchal de la Meilleraye fil venir de Paris tous ses amis ; M. de Beauforl appela à son secours tous les siens, et Monsieur s'entoura de ses serviteurs.

Ces trois partis, car Monsieur représentait toujours un parti, avaient une attitude si menaçante, que la reine, mandée par le roi et craignant quelque collision, appela près d'elle le duc de Beauforl, et, le saluant du nom du plus honnête homme du royaume, lui remil la garde du Chàteau-Neuf où étaient le roi et le duc d'Anjou.

Pendant toute cette journée M. de Beaufort se trouva donc, a la têle d'une garde nombreuse, le protecteur des en fan 1 s de France.

Cette faveur, comme on le pense bien, blessa hautement deux personnes : la première était le dut d'Orléans, qui devait être, au reste, habitué à ces défiances (E), el la seconde M. le prince de Condé„ qui les méritait peut-être tout autant que lui.

Une scène à peu près pareille se représenta quand le roi mourut.

A peine Louis XIII eut-il fermé les jeux, que chacun s'était éloigné de lui; trois personnes seulement, que le cérémonial de la cour enchaînait dans la chambre mortuaire, demeurèrent autour du cadavre dont on devait faire 1 autopsie. Il fallait un prince, un officier de la couronne et un gentilhomme de la chambre pour qu'on pût procéder à celte opération. Chailes-Amédée de Savoie, duc de Nemours, le maréchal de Vitry et le marquis de Souvré donnèrent aux restes de leur souverain cette dernière marque de leur dévouement.

Pendant ce temps, Anne d'Autriche avait quitté le Château Neuf, où gisait le corps de son mari, et était allée rejoindre le dauphin au Château-Vieux, les deux châteaux n'étant séparés que par un intervalle de trois cents pas.

A peine arrivée, la reine, qui avait tout un avenir de régence à régler avec Monsieur, lui fit dire par M. de Beauforl de la venir joindre pour la consoler. Monsieur s'empressa de se rendre à son ordre, el comme le prince de Condé voulait accompagner Son Altesse Boyale, le duc de Beaufort lui fil observn qu'il avait défense de laisser pénétrer auprès de la reine personne autre que M. le duc d'Orléans. — C'ev bien, monsieur, répondit le prince, mais ailes à la reine que, si elle avait un pareil ordre â me transmettre elle pouvait me le faire tenir par son capitaine des gardes, et non par vous, qui n'avez aucune mission pour cela. — Monsieur, répondit le duc de Beaufort, j'ai fait ce que la reine m a dit, et il n'y a personne en France qui puisse m' cm pécher de faire ce que la reine me commandera.

M. le prince, qui, en sa double qualité de premier prince du sang el de grand-maltre, croyait avoir quelque litre à une exception, parut fort blessé de cette réponse du duc de Beaufort, et, dès ce moment, commença entre ces deux princes une haine qui ne fit que s'envenimer par la suite, et dont nous ne larderons pas à voir les effets.

Pendant cette entrevue, tout fut arrêté entre la reine et Monsieur.

Anne d'Autriche, au reste, n'avait fait que passer au Château-Vieux pour y voir son beau-frère et y prendre son fils. Le même jour elle revint à Paris et fil sa renirée au Louvre où toule la cour descendit avec elle.

Trois jours après, la reine avait si bien travaillé, que toutes les précautions prises par le feu roi pour assurer l'exécution de ses volontés étaienl mises à néant. Le parlement l'avait déclarée régente dans le royaume, * pour avoir le soin et l'éducation de la personne de Sa Majesté et l'administration entière des affaires pendant que le duc d'Orléans, son oncle, serait son lieutenant général dans toutes les provinces du royaume, sous l'autorité de la reine, et chef des conseils sous son autorité.

c Lui absent celte présidence était déférée au prince de Condé, mais toujours sous l'autorité la reine.

c Demeurant au pouvoir de la reine, au reste, de faire choix de telles personnes que bon lui semblerait

pour délibérer auxdits conseils sur les affaires qui lui seraient proposées, sans être obligée de suivre la pluralité des voix. »

Ce dernier article, comme ou le voit, renversait tout l'échafaudage de tutelle où le roi avait voulu placer Anne d'Autriche, et, au lieu de soumettre le pouvoir de la reine à celui du conseil, il mettait, au contraire, le conseil sous son entière dépendance

Aussi, ni Mazarin ni Chavigny n'assistèrent-ils à cette déclaration : leur absence fat remarquée, et on les regardait tous deux comme en disgrâce. Déjà, sur les trois personnes recommandées à Louis XIII par llirhelicu mourant, des Noyers avait quitte les affaires, et cela, du vivant même du roi; les deux autres allaient disparaitre a leur tour; et, avec eux, celte influence du cardinal, qui avait continué de peser sur Louis XIII, son esclave, allait achever de s'éteindre sons Anne d'Autriche, son ennemie.

Les haines éclatèrent aussitôt contre Mazarin et Chavigny, dont chacun ambitionnait les dépouilles ; mais on se pressait trop. Anne d'Autriche avait hérité de son mari la dissimulation, cette vilaine mais nécessaire vertu des rois, dit madame de Motteville, et il se préparait une seconde journée des Dupes.

Au reste, au moment même où l'on croyait Mazarin occupé, comme on le disait, a préparer ses bagages pour retourner en Italie, lui. la figure calme et parfaitement tranquille en apparence, avait accepté, avec •Jhavigny, son ami et son compagnon d'infortune, comme on l'appelait alors, un dîner chez le commandeur rte Souvré, le même dont le nom a déjà été prononcé dans cette histoire à propos du complot de Chalais f t du duc d'Orléans contre la vie de Richelieu.

Celle amitié du cardinal Mazarin et de Chavigny datait de loin. Dès son arrivée en France, Mazarin avait l'ait une cour très-assidue à le Boutillicr, qui était dans Ij plus grande faveur de Richelieu, et à Chavigny, qui passait pour son fils; tous deux l'avaient soutenu de tout leur pouvoir, et l'on assurait même que c'était aux instances réitérées de Chavigny près du cardinal que Mazarin avait du le chapeau rouge.

Or, les deux amis, qui, disait-on, s'étaient juré l'un à l'autre de faire cause, commune dans leur bonne ou mauvaise fortune à venir, avaient donc diné chez le commandeur de Souvré, et, après le dîner, s'étaient mis au jeu, lorsque Deringhen entra.

' Eu voyant paraître le premier valet de chambre de la reine, Mazarin se douta qu'il venait à son intention. Aussi donna-l-il sur-le-champ ses cartes à tenir à Bautru, et il passa avec le nouveau vécu dans une

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chambre voisine, sans s'inquiéter du regard dont le poursuivait Chavigny, qui jouait à la même table. — Monseigneur, dit Beriugheu, je viens vous donner une bonne nouvelle. — Laquelle? demanda Mazarin. avec son sourire froid et sa voix soyeuse. — C'est que la reine est, à l égard de Votre Eminencc,.dans de' meilleures dispositions qu'on ne le croit. — Et qui peut vous faire penser une chose si heureuse pour moi. monsieur de Beringhen? — Une conversation, que ie viens d'entendre entre elle et M. de Brienne, dans laquelle, sur l'avis de M. de Brienne, elle s'est dite disposée à vous faire premier ministre.

Contre l'attente du messager, le sourire commencé sur les lèvres du cardinal s'effaça; sa figure redevint froide, et uu regard impassible, mais profond, sembla plonger jusqu'au fond du cœur du messager.

— Ab! abl 6t-il; vous avez entendu cette conversation? — Oui, monseigneur. — Et que disait Brienne?

— Il disait à la reine que, puisqu'il lui fallait un premier ministre, Votre Eminence était, dans ce cas, le meilleur choix qu'elle pût faire, non-seulement comme homme rompu aux affaires, mais comme serviteur dévoué. — Ainsi, Brienne a répondu de mon dévouement? dit Mazarin. — Il a dit qu'il était certain qu'une m grande faveur toucherait Votre Eminence, et que, comme rien ne liait tant les âmes bien nées que la reconnaissance, il était certain que Sa Majesté pouvait compter sur vous. — Et qu'a répondu à ceci Sa Majesté? — Sa Majesté craint que Voire Eminence n'ait des engagements antérieurs.

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Mazarin sourit — Mm i. monsieur de Beringhen, dit il; et croyez que dans l'occasion je me souviendrai de la peine que vous avez prise pour m'annoncer cette bonne nouvelle. El il fit un pas pour rentrer «ans la salle de jeu.

— Est-ce tout ce que Son Emmenée daigne me dire? demanda Beringhen. — Que voulez-vous que je vous dise?... Vous m'annoncez que vous avez surpris une conversation dans laquelle la reine a manifeste de bonnes intentions a mon égard. Je n'ai à remercier que vous, et je vous remercie.

Beringhen vil que .Mazarin, craignant sans doute un piège, était résolu de jouer serré; il comprit la faveur dont allait jouir le ruse Italien, et pressentit que le lendemain il y aurait une foule de gens désireux de s'attacher à sa fortune, il résolut donc de prendre position le jour même.

— Ecoutez, monseigneur, dit-il, je serai franc avec Votre Kminence : je ne viens pas de mon propre mouvement. — Ah! ah! lit Mazarin; et au nom de qui venez-vous? — Je viens au nom de la reine.

Les veux du futur ministre rayonnèrent de joie. — Alors, c'est autre chose, dit-il ; parlez, mon cher monsieur de Beringhen, parlez.

Beringhen lui raconta qu'il n'avait rien entendu de la conversation de la reine et de M. de Brienne, conversation qui cependant avait eu lieu, mais qui lui avait été entièrement rapportée par Sa Majesté. — En ce cas, dit Mazarin, c'est donc Sa Majesté qui vous a chargé de venir me trouver'.' — Elle-même, répondit Beringhen. — Sur votre honneur? — Foi de gentilhomme! Elle désire savoir si elle peut faire fond sur vous, et si, dans le cas où elle vous soutiendrait, vous la soutiendriez?

Aussitôt, passant de l'extrême défiance a la confiance extrême : - Monsieur de Beringhen, dit Mazarin, • retournez vers la reine, et dites-lui que je remets, sans condition aucune, ma fortune entre ses mains. Tous les avantages que le roi m'avait faits par sa déclaration, j'y renonce. J'ai peine a le faire, il est vrai, sans avertir M. de Lhavigny, nos intérêts étant communs; mais j'ose espérer que Sa Majesté me gardera le secret, comme, de mon côté, je le garderai religieusement. — Monseigneur, dit Beringhen, j'ai bien mauvaise mémoire, et je crains vraiment d'affaiblir les termes dont vous vous servez en les reportant à la reine Je vais faire demander du papier, une plume et de l'encre, et vous me les donnerez, s'il vous plait. par écrit. — Non pas, dit Mazarin; car, si nous demandions toutes ces choses, Chavigny se douterait que nous sommes en conférence et non en causerie. — Eh bien! dit Beringhen en tirant des tablettes de sa poche et en les présentant avec un crayon au cardinal, écrivez avec ceci.

Il n'y avait pas à reculer: Mazarin prit les tablettes, le crayon et écrivit :

« Je n'aurai jamais de volonté que celle de la reine. Je me désiste maintenant, de tout mon cœur, des avantages que me promet la déclaration, et je l'abandonne sans réserve avec tous mes autres intérêts à la bonté sans égale de Sa Majesté.

« Ecrit et signé de ma main.

« De Sa Majesté, le très-humble, très-obéissant et très-fidèle sujet et la très reconnaissante créature,

a Jules, cardinal de Mazariv ».

Et il rendit les tablettes tout ouvertes à Beringhen qui lut la promesse, el qui, après l'avoir lue, secoua la tète.

— Eh quoi! dit !r cardinal, troùvez-vons, mon cher monsieur de Beringhen, que ce billet ne dise pas tout ce qu'il doit dire? — Au contraire, dit Beringhen, je le trouve si bien tourné, que je donnerais beaucoup de choses el la reine aussi, j'en suis sùr, pour qu'il fût écrit à la plume au lieu d'être au crayon. Le crayon s'efface rite, monseigneur, vous le savez. — Dites à la reine, reprit le cardinal, que plus tard je l écrirai à l'encre, sur le papier, sur le parchemin, sur l'acier, où elle voudra, et qt:e je le signerai de mon sang, s'il le faut.— Ajoutez cela -en post-scriptum, monseigneur, dit Beringhen, qui tenait à faire les affaires en conscience; il y a encore de la place.

Le cardinal écrivit le post-scriplum demandé, et Beringhen. tout joyeux du succès de sa négociation, rapporta la promesse an Louvre.

La reine était encore avec le comte de Brienne. lorsque rentra Beringhen. Le comte de Brienne. par discrétion, voulut se retirer; mais la reine le retint. Après avoir lu avec une grande joie ce que le cardinal avait écrit, elle donna les tablettes à garder à Brienne qui, remarquant qu'outre la promesse de Mazarin il Y avait sur ces tablettes plusieurs autres choses écrites encore, voulut les rendre a Beringhen pour qu'il les effaçât, mais Beringhen refusa de les reprendre. Alors, en présence de la reine, le comte les cacheta, et, rentré chez lui. les enferma dans une cassette d'où elles ne sortirent que lorsque la reine les lui demanda, c'est-à-dire lorsqu'eut paru la déclaration du parlement à laquelle Mazarin poussa de toute sa force, sùr de regagner plus qu'il n'avait perdu.

Ce même jour, les tablettes furent apportées au cardinal par M. le Prince, que la reine voulait mettre bien a\cc lui et qui était chargé de lui donner en même temps le brevet par lequel Anne d'Autriche, non-seulement rendait au cardinal la place qu'il avait perdue, mais encore le nommait chef de vin conseil

Alors, à la vue de cette faveur aussi grande qu'inattendue, les anciens bruits, à peu près oublies, se. renouvelèrent. On disait que, depuis 1055. le cardinal était l'amant de la reine.

Ainsi se trouvait expliquée, parées bruits auxquels la conduite ultérieure d'Anne d'Autriche donna malheureusement une grande consistance, la naissance miraculeuse de Louis XIV. après vingt-deux ans de stérilité.

Ainsi se trouvera peut être nu oie expliqué plus lard le mystère de Vhonmte nu masque de fer.

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