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I.0U18 XIV ET SON SIKOLK. SU

française, fut aussitôt' envoyé pour inviter le pacha de Scio à chasser les Tripolitains du port, déclarant que, sur son refus, le commandant de la flotte française allait s'embosser sous les murs de la ville et la ruiner complètement. Le pacha refusa d'abandonner ses bons amis Tripolitains : Duquesne vint jeter Tancre à une demi-portée de canon des remparts , et commença un feu si vigoureux qu'au bout de quatre heures le pacha turc envoya à son tour un parlementaire pour supplier les Français de cesser les hostilités et pour offrir à leur capitaine de s'en rapporter à l'intermédiaire de l'ambassadeur français à Constantinople.

L'affaire était en train de se traiter, lorsque Duquesne eut l'ordre de revenir immédiatement en France pour se préparer à l'expédition d'Alger.

Cette expédition avait été résolue dès 1650, époque à laquelle les pirates algériens avaient pris quelques bâtiments français sans déclaration de guerre. On les réclama; ils les refusèrent; de là l'ordre donné à Duquesne de revenir.

En effet, depuis longtemps Duquesne avait médité sur les moyens d'attaquer cette aire de pirates , fléau de toute la Méditer- ' ranée ; il avait même écrit deux mémoires sur ce sujet, et dans le premier il proposait de boucher l'entrée du port d'Alger au moyen de vaisseaux maçonnés qu'on y coulerait et qui formeraient une digue à peu près pareille à celle avec laquelle Richelieu avait fermé le port de La Rochelle. Dans le second , il exposait dans tous ses détails un plan d'attaque, de débarquement et d'incendie.

Colbert avait souvent lu et relu ces deuv mémoires ; mais une invention nouvelle venait de les rendre inuliles en offrant au grand roi des moyens de vengeance, non «seulement plus rapides, mais encore plus conformes à ses goûts. Un jeune homme de trente ans venait d'inventer les bombes. Désormais Louis XIV, comme Jupiter, pouvait lancer la foudre : la dernière distance qui le séparait du maître des dieux venait d'être comblée.

L'inventeur de cette terrible machine se nommait Bernard Renau d'Elicigaray; il était né dans le Béarn en 1652, et on le nommait Petit-Renau à cause de l'exiguïté de sa taille.

Petit-Renan était un singulier mélange des qualités du partisan et du mathématicien. Emporté comme un homme d'action, rêveur comme un poète, distrait comme un astronome, lorsqu'il cher-

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chait quelque problème , il devenait calme el réfléchi comme un vieux conseiller. Élevé chez M. Colbert du Terron , intendant de La Rochelle , ayant par conséquent habité un port de mer depuis son enfance, Renau avait passé sa jeunesse dans les chantiers, dans les arsenaux, dans les ateliers de construction, et là avait, pour ainsi dire , appris la marine à livre ouvert.

Renau, comme tous les gens de quelque valeur, qui étudient sans autre maître que la pratique et le bon sens , était sans cesse préoccupé des inventions qui pouvaient servir à perfectionner la marine, encore dans Tenfance : il avait déjà rêvé une constructioD de bâtiments tout à fait nouvelle , et qui devait doubler la vitesse de la marche et la rapidité des manœuvres, lorsque M. Colbert du Terron, protecteur du jeune homme, le recommanda à son cousin le ministre qui le fit entrer chez M. le comte deVermandois, grand amiral de France , dont nous avons raconté la mort. Sa place lui donnait le droit d'accompagner le jeune prince au conseil.

Un jour qu'il était question de donner une même forme à tous les bâtiments et par conséquent de les assujettir à un même mode

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de construction, Renau, qui n'avait jamais prononcé une parole, mais qu'on savait avoir étudié à Rochefort , fut interrogé par Du-

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quesne, sur certains détails particuliers à la construction des bâtiments qui sortaient de ce port.

Renau alors , tout en donnant les détails demandés , se laissa entraîner et, passant du détail à Tensemble, établit tout un système nouveau de construction.

Ce système, qui consistait à alléger la proue et la ixiupe des bâtiments, et à les dégager des énormes châteaux d'avant et d'arrière qui les alourdissaient, était si clair, si net, si précis, qu'il frappa tous les vieux marins d'étonnement. Mais, quoique ce système fût exactement celui que depuis on adopta, la routine, la paresse des études nouvelles, l'habitude de l'éducation firent que l'on regarda le système de Renau comme une belle théorie , mais comme une théorie inapplicable. Duquesne surtout fut des plus opposés à cette innovation, si saisissante d'ailleurs, que, sur sa simple exposition , elle avait pris l'aspect d'un projet et qu'on la discutait sans qu'elle eût été propoi^e. Selon le vieux marin , les deux châteaux d'avant et d'arrière étaient indispensables , attendu qu'en cas d'abordage l'équipage pouvait s'y retirer et s'y défendre comme dans une forteresse.

— Les forteresses, dit Renau, sont bonnes sur une terre solide, où l'immobilité est la première base de la force, et non sur un sol mouvant , où la rapidité est souvent la cause du succès; vous considérez les vaisseaux comme des forteresses , dites-vous, eh bien! voilà pourquoi vos vaisseaux marchent comme des forteresses.

La réponse était vive pour un jeune homme qui parlait pour la première fois ; mais, comme avant d'en arriver à ce mot, il avait dit beaucoup de bonnes choses , il en fut quitte pour une petite réprimande qui ne l'empêcha point de continuer d'assister au conseil. Seulement il rentra dans son silence et peu à peu on oublia qu'il en était sorti.

Cependant , quelque temps après , dans une causerie que le jeune homme eut avec Colbert , il obtint plus de succès. Colbert avait appris ce qui s'était passé au conseil à propos du changement de construction proposé par Renau, et son esprit si juste avait été frappé des raisonnements du jeune homme. Il causait donc avec notre utopiste, lorsque celui-ci lui dit, tout en causant, que s'il était ministre de la marine, la première chose qu'il ferait, ce serait de fonder une école publique de construction navale.

En effet , jusqu'à cette époque il n'y avait pas d'école de coostruction , mais au contraire un secret de construction. Dans chaque port un maître charpentier juré faisait construire les bâtiments sans autre plan que ce fameua: secret reçu de son père ou acheté de son prédécesseur. Les capitaines et les ingénieurs du gouvernement n'avaient rien à y voir ; et ces maîtres charpentiers ayant le prétendu secret avaient aussi le monopole de la construction ; il fallait donc céder à leurs exigences.

Or, comme ces constructeurs privilégiés avaient souvent fait passer de fort mauvais moments à Colbert, Colbert n'était pas fâché de leur rendre ce qu'il leur devait ; aussi fit-il longuement causer Renau, et un mois après une ordonnance parut, qui fondait une école de construction dans les ports de Toulon, de Rochefort et de Brest.

Cependant Renan était préoccupé d'une grande chose dont il n'avait encore parlé à personne : il inventait les galiotes à bombes.

Ce fut sur ces entrefaites que Duquesne , rappelé de Scio , fut Nconvoqué pour se trouver au conseil de marine ; on devait y discuter la valeur des deux projets sur l'attaque d'Alger.

La discussion fut vive. Chacun des deux plans présentait des avantages et des inconvénients. Renan écouta avec une grande attention tout ce qui se dit pour ou contre l'un et l'autre projet ; puis, comme il se taisait selon son habitude , Colbert , qui commençait à prendre quelque confiance dans ses avis, se retourna de son côté et lui demanda :

— Eh bien ! Renau , que pensez-vous de cela ?

— Monseigneur, répondit le jeune homme , si j'étais directeur de l'expédition, je bombarderais Alger.

La réponse fit exactement le même effet que si , en 1804 , Fulton eût dit à l'Empereur :

— Sire , au lieu de débarquer en Angleterre avec des bateaux plats, si j'étais à la place de Votre Majesté, j'y débarquerais avec des bateaux à vapeur.

Personne ne connaissait ces fameuses bombardières inventées par Renau et déjà exécutées dans son esprit.

On demanda au jeune homme ce qu'il entendait par bombarder Alger.

Alors, avec sa simplicité habituelle, Renau développa son plan.

expliqua ce que c'étaient que les bombes, ce que c'étaient que les mortiers, comment il comptait placer ces mortiers sur ses galiotes, et de cette Taçon bombarder Alger par mer.

I^ projet avait un grandiose qui frappa tout le monde , mais justement à cause de ce grandiose , il fut rangé au nombre des projets impraticables.

— Vous avez raison de ne pas me croire , dît RenaU , puisque je n'ai pas encore fait d'épreuve ; mais , quand une seule épreuve sera faite, vous me croirez.

I^ discussion fut reprise, plus lumineuse que jamais, sur les anciens moyens à employer; mais on ne décida rien, les deux projets de Duquesne paraissant presque aussi impraticables que celui de Renau.

Colbert avait un fils qu'on appelait M. de Seignelay. C'était un homme d'une grande intelligence et fort avide de choses nouvelles : il entendit raconter par son père la proposition de Renau ; il avait une grande confiance dans ce jeune homme qu'il connaissait dès longtemps ; il obtint du ministre que Renau pourrait faire construire une galiote au Havre , et que l'épreuve en serait faite.

Renau , au comble de la joie , partit pour le Havre , fit construire sa galiote sous ses yeux , et tenta l'épreuve : elle réussit complètement.

11 écrivit aussitôt à son protecteur de venir. Seignelay accourut. L'épreuve fut renouvelée devant lui avec des résultats encore plus satisfaisants que la première fois.

Colbert ordonna alors de faire construire deux autres galiotes pareilles à Dunkerque , et deux autres au Havre.

Mais le jeune ingénieur était déjà assez célèbre pour avoir ses ennemis. Quand on ne put pas nier la projection des bombes, on nia que des bâtiments chargés d'un poids aussi énorme que celui que nécessitait un pareil armement pussent marcher. Le bruit se répandit que les galiotes de Renau ne tiendraient pas la mer.

— Si l'on veut , dit Renau , j'irai chercher mes galiotes à Dunkerque et je les amènerai ici. De cette façon on verra bien si elles tiennent la mer.

— Allez, dit Colbert, qui appréciait fort cette manière de répondre , attendu qu'en ce cas la réponse est une preuve.

Les deux galiotes étaient prêtes. Elles avaicfnt leurs équipages

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et leur capitaines : l'une se nommait la Cruelle et Tautre la Brûlante. M. des Herbiers, commandait là Brûlante ei \i.. de Combes, la Cruelle.

M. de Combes était ami de Renau. Renan s'embarqua donc naturellement sur la Cruelle.

On partit dans les premiers jours du mois de décembre, par

un temps assez Tavorable : mais on connaît les variations atmos-

. phériques particulières au canal de la Manche. Bientôt , le ciel se

couvrit , le vent tomba , et la mer présenta cet aspect effrayant

qui ressemble au calme et qui n'est que Tannonce de la tempête.

Ces signes désastreux ne pouvaient échapper à un œil* aussi exercé que celui du capitaine. Il s'approcha de son ami , et avec cette simplicité des hommes habitués au danger, il lui montra du doigt le ciel , puis la mer.

— Oui, dit Renau , je vois bien.

— Nous allons avoir une tempête.

— C'est immanquable.

— Veux-tu que nous gagnions quelque baie où nous relâcherons ; nous en avons encore le temps.

— De Combes, dit Renau, n'as-tu pas entendu dire que mes galiotes ne tiendraient pas la mer ?

— Oui , dit le jeune marin.

— Eh bien ! tu comprends qu'au lieu de relâcher , il faut profiter de l'occasion de prouver à tous ces gens-là qu'ils se trompent. La tempête vient au devant de nous, allons au devant d'elle; la tempête, je l'espère , me donnera raison.

— Va donc pour la tempête , dit de Combes.

On fit aussitôt à la Brûlante les signaux de conserve et de sauvetage , et Ton attendit.

La tempête vint : elle dura soixante heures ; elle creva les digues de Hollande et fit périr plus de quatre-vingts bâtiments.

On croyait Renau et ses deux galiotes à jamais perdus , quand tout à coup on vit entrer dans le port du Havre , les deux galiotes qui, séparées par l'ouragan, s'étaient réunies à la hauteur de Dieppe.

H n'y avait rien à riépondre à une pareille preuve. Renau demanda à faire partie de l'expédition d'Alger. Colbert se bâta de lui accorder cette demande. Les cinq galiotes se remirent en mer ^t •

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après avoir doublé la pointe du Finistère , cet autre cap des tempêtes , franchirent le détroit et arrivèrent à Toulon , rendez-vous général de Tannée navale commandée par Duquesne.

On sait les résultats de ce bombardement. La paix était faite avec Baba-Hassan , le gouverneur, lorsque celui-ci fut assassiné par un certain Mezzo-Morte qui, réunissant tous ceux qui étaient d*avis que Ton continuât la guerre , se fit proclamer à la place du gouverneur mort sous le nom de Hadgi-Hnssein et continua de défendre Alger à demi détruite. Malheureusement les vents contraires, qui ordinairement soufflent en septembre, vinrent en aide aux pirates , et Duquesne fut forcé de s'éloigner de la ville sans avoir rien terminé.

Néanmoins , dans la première quinzaine d'avril 168/i , la paix fut conclue avec les Barbaresques.

Us s*engageaient : l*" à rendre tous les français en esclavage dans le royaume d'Alger, en échange de quoi on s'engageait seulement à leur rendre les janissaires du Levant , détenus sur les galères de France ;

2* A ne plus faire de courses dans l'étendue de dix lieues des côtes de France ;

3"* A rendre tous les français que les ennemis de la France conduiraient à Alger ou dans les autres ports du royaume , ainsi que les passagers pris sur les vaisseaux français , ou les français pris sur les vaisseaux étrangers ;

&** A secourir tout vaisseau français poursuivi par des ennemis de la France ou échoué sur les côtes du royaume, à ne donner aucun secours ni protection aux corsaires de Barbarie, qui étaient ou seraient en guerre avec la France , etc.

Ce traité fut fait pour cent ans.

Dans le cas où il serait rompu, les marchands français qui se trouveraient dans toute l'étendue du royaume auraient le droit et la liberté de se retirer partout où bon leur semblerait.

Telle fut la fin de la campagne d'Alger, qui coûta plus de vingt millions à la France. En voyant le calcul de cette dépense, le nouveau dey dit à M. de Tourville : — Votre empereur n'avait qu'à me donner dix millions et je ruinais Alger moi-même.

Mais ce n'était point là ce que voulait Louis XIY : il voulait

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élever et détruire de ses propres mains , cela dût-il lui coûter le double.

Ce fut vers cette époque que mourut Colbert, à l'âge de soixantequatre ans , dans son hôtel de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Nous manquerions à ce qu'on doit à la mémoire de tout ministre trépassé si nous ne consignions pas ici quelques unes des principales épigrammes auxquelles cette mort donna lieu.

Ci-gît 80US ceue fioide lame Le corps et peut-élre aussi l'âme D'un infâme inventeur d'impôts.

Tant mieux si son âme est mortelle ; Mais si Dieu ne la créa telle.

Comme il ne fait rien qu'à propos , Gare que la flamme éternelle Ne grille son âme et ses os !

Qu'à bien rire chacun s'exerce :

Français , le petit Jean est mort ; pu , si je me trompe et s'il dort , C'est le diable au moins qui le lierce.

La mort habile et libérale Nous a son secret découvert :

La pierre qui tua Coibert Est la pierre philosophalé (1).

Ici fut mis en sépulture Colbert qui de douleur creva.

De son corps on fit l'ouverture ; Quatre pierres on y trouva , Dont son cœur était la plus dure, (p)

En effet , la haine était grande contre Colbert : Louis XIV le haïssait parce que Louvois et M"** de Maintenon le haïssaient , et qu'il pressentait d'avance qu'on devait lui donner le surnom de Grand ; les grands seigneurs le haïssaient parce que de rien Colbert était devenu « très haut et ti^ès puissant seigneur, raessîre Jean- Baptiste Colbert, chevalier, marquis de Château-Neuf-sur-Clier, baron de Sceaux , Lignières et autres lieux , conseiller ordinaire du roi en tous ses conseils, commandeur et grand trésorier de ses ordres , ministre et secrétaire-d'état de la marine et des comnian-

(1) On sait que Colbert mourut de la pierre.

dcnieuts de Sa Majesté, contrôleur-général des finances, surintendant et ordonnateur-général des bâtiments » ; les bourgeois le baissaient parce quMl avait ordonné la suppression des rentes sur THôtel-de-Ville ; enfin le peuple le haïssait parce qu'il était riche et puissant, et que le peuple hait presque toujours ce qu'il devrait admirer.

Aussi Ton n'osa point faire de funérailles publiques à Golbert. Louis XIV abandonna Golbert mort, comme Charles I" avait abandonné Strafford vivant ; Charles 1" mourut de la même mort que StrafTord, et Louis XIV, non moins détesté que son ministre à la fin de sa vie, eut des funérailles à peu près pareilles à celles qu'il lui avait laissé faire.

Le lendemain de sa mort , à une heure de nuit , le cadavre de Golbert fut jeté dans un méchant carosse qui le conduisit dans

Téglise Saint-Ëustache , sous Tescorle de plusieurs cavaliers du guet qui marchaient à pied.

Aussi, quand Louis XIV, qui retenait Seîgnelay à Fontainebleau sans lui permettre d'aller embrasser son père à l'agonie, fit, par un de ses gentilshommes, demander au moribond des nouvelles de sa santé, Golbert refusa de le recevoir et se retournant du côté du mur : — Je ne veux plus entendre parler de cet homme, dit-il.

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Si j'avais Tait pour Dieu ce que j*ai fait pour lui , je serais sûr d*ètre sauvé dix fois, tandis que je ne sais plus maintenant ce que je vais devenir.

Nous ne pouvons énumérer ici tout ce que fit Colbert ; un seul calcul donnera Tidée de son immense activité. Il trouva en 1661, c'est-à-dire à Tépoque où il entra au ministère , la marine royale composée de

3 vaisseaux de 1*' ranç de 60 à 70 canona. 8 » de 2* rang de 60 à 50 •

7 » de 5* rang de 30 à ftO » Il flûtes.

8 brûlots.

' Total. . . SO bâiiments de guerre.

Le 6 septembre 1683, à Tépoque de sa mort, il laissait

12 vaisseaux de 1*' rang de 76 à 120 canons.

20 » de 2' rang de 64 à 74 »

59 » de 3* rang de 50 à 60 »

25 » de 4* rang de 40 à 50

21 » de 5* rang de 24 à 30 »

25 » de 6* rang de 6 à 24 »

7 brûlots depuis 100 Jusqu^à 300 tonneaux. 20 flûtes de 80 à 600 tonneaux. 17 barques longues.

En tout. . . 176 bâtiments de guerre, sanscompter 68 bfttlmenis en construction, ci. . . 68

Toial. ... 244

Tout avait grandi dans la même proportion.

A la mort de Colbert , Scignclay, son fils, eut la marine; Claude Lepelletier, le contrôle général des finances; Louvois, la charge de surintendant des bâtiments avec le patronage de l'académie de sculpture et de peinture, quoique cette chaîne eût été promise par Louis XIY à Colbert pour son second fils, Jules-Armand Colbert, marquis de Blainville. '

Les autres enrants de Colbert étaient : Louis Colbert , abbé de Notre-Dame-de-Bon-Port et prieur de Rueil; Charles-Edouard Colbert, chevalier de Malte, destiné à servir dans la marine; et enfin les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Mortemart.

Tant que Colbert, ce grand partisan de la paix, avait vécu» Louvois, son rival et surtout son ennemi, avait constamment voulu la

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guerre qui flattait ce besoin incessant de renommée nécessaire à Louis XIV, et qui le rendait, lui, Louvois, nécessaire à son maître; mais, Colbert mort et Louvois devenu surintendant des bâtiments, ce fut Louvois à son tour qui désira la paix , ayant ou croyant avoir dans le goût de la bâtisse , presque aussi grand chez le roi que le besoin de gloire , un moyen de tenir à lui seul celui que Colbert lui avait disputé toute sa vie.

Mais alors ce fut Seignelay qui, à son tour, en sa qualité de ministre de la marine, joua le jeu qu'avait joué Louvois ; seulement il changea le théâtre de la guerre , et au lieu de la Flandre ou de l'Empire, prit la Méditerranée et l'Océan.

Ce fut dans ces circonstances que Ton résolut Texpédition de Gènes. Cinq griefs différents fournissaient un prétexte à cette expédition. On reprochait aux Génois :

1** D'avoir armé et mis en mer quatre galères, malgré les représentations du roi Louis XIY ;

2* D'avoir vendu de la poudre et d'autres provisions aux Algériens en guerre avec le roi de France;

3** D'avoir refusé le passage par Savone des sels de France envoyés à Mantoue;

&"* D'avoir dénié à M. le comte de Fiesque une indemnité qu'il réclamait de la république ;

5* D'avoir tenu des propos injurieux à l'honneur du grand roi.

11 y avait là plus de griefs qu'il n'en fallait pour faire déclarer une guerre que Louis XIY désirait. Aussi , pour rendre cette perre inévitable, à peine fut-elle décidée, que deux lettres de cachet furent expédiées. L'une ordonnait à l'exempt de la prévôté de l'hôtel de se saisir à l'instant même du sieur Marini , envoyé de Gènes, et l'autre à M. de Besemaux, gouverneur de la Bastille, de le recevoir dans cette prison, en lui laissant toutefois la liberté de la promenade.

La flotte qui devait venger l'honneur du roi partit de Toulon le 6 mai 1684; elle arriva le 17 mai devant Gènes.

Ce fut le second essai de cette terrible invention de Petit-Renan. Trois mille bombes furent lancées sur la ville superbe, tous ses faubourgs brûlés, et la plus grande partie de ses palais réduits en poussière.

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On estima à près de cent millions le dommage causé par le bombardement.

Seignelay, qui avait assisté à TafTaire en personne , fit dire au doge que s'il ne donnait pas au roi la satisfaction qui lui serait demandée, on reviendrait Tannée suivante bombarder Gênes pour la seconde fois.

Puis il se retira.

Un traité de paix fut conclu le deuxième jour de février 1685. Dès le 1& janvier précédent, l'envoyé génois avait été mis hors de la Bastille.

L'article premier de ce traité portait :

. « Le doge actuellement en charge et quatre sénateurs aussi en chaîne se rendront, dans la fin du mois de mars suivant, ou au plus tard le 10 avril , en la ville de Marseille , d'où ils s'achemineront au lieu oii sera Sa Majesté. Lorsqu'ils seront admis à son audience, revêtus de leurs habits de cérémonie, ledit doge, portant la parole, témoignera , au pom de lavrépMblique de Gênes , l'extrême regret qu'elle a d'avoirdéphi à Sa Majesté, et se servira dans son discours des expre^ionsjçs plus soumises, les plus respectueuses et qui marquentileljnieu5t'.le dhésir s qu'elle a de mériter

à l'avenir la bienveillance de Sa Majesté et de la conserver précieusement. >

En vertu de cet article du traité , le doge partit de Gênes le 29 mars 1685, avec quatre sénateurs pour venir en France faire des soumissions au roi , de la part de la république.

Les quatre sénateurs qui l'accompagnaient étaient les seigneurs Garibaldi Paris, Maria Salvago, Agosteno Lomellino et Marcello Durazzo.

Le doge descendit à Paris où il aiTiva le 18 avril , dans une maison du faubourg Saint-Germain , près de la Croix-Rouge.

L'ambassadeur demeura à Paris sans avoir son audience jusqu'au 15 mai, c'est-à-dire près d'un mois.

On avait nommé M. le maréchal d'Humières pour aller chercher le doge ; mais celui-ci ayant refusé de lui laisser prendre la droite, on lui donna simplement M. de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs; en outre, on lui fit dire qu'il eût à ôter les clous de son carosse, cette distinction n'étant réservée qu'aux personnes royales et aux souverains.

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C'était à Versailles que Louis XIV devait recevoir le doge. Ver^ sailles s'achevait et détrônait déjà Fontainebleau et Saint-Germain. Pour arriver à ce résultat, le roi, invincible jusqu'alors, avait tout vaincu , le site, l'absence d'eau, et jusqu'à la mortalité. Pendant trois mois on avait emporté du milieu de ces pierres tronquées, comme d'un champ de bataille, des charretées d'ouvriers morts. Un prince du sang, le duc de Chartres, avait failli y laisser la vie pour être venu y passer huit jours ; et le désespoir de la princesse Palatine, sa mère, avait été tel, qu'elle avait voulu se tuer , croyant son fils bien aimé mort. Au milieu des arbres transportés à grands frais des forets de Fontainebleau , de Mariy et de Saint-Gennain , se détachaient déjà sur la verdure des charmilles naissantes, les groupes de Coysevox, de Girardon, de Desjardin, de Masson et du Puget. Au plafond commençait à éclore , sous le pinceau de Lebrun et de Mignard , tout ce monde mythologique auquel Louis XIV mêlait sa famille, faisant cet honneur aux dieux d'accepter leur parenté* La chapelle seule n'était point achevée; mais, dans l'ordre chronologique, TOlympe avait précédé le Ciel, et le Dieu des chrétiens, dieu humble, dieu pauvre, dieu né dans une crèche, pouvait bien attendre son tour : on le logerait quand Louis XIV serait logé; on penserait à lui quand M"** de Maintenon aurait besoin de lui.

Ce fut dans ce palais fait à sa taille , au milieu de toute cette splendeur naissante qui préparait la banqueroute de 1718 et la révolution de 1793, que le grand roi reçut, non pas le doge, car à ce titre de doge il eût fallu rendre des honneurs presque souverains, mais l'ambassadeur de la république de Gênes.

Le roi avait fait placer son trône au bout de la galerie , du côté du salon de la paix. A midi , le grand appartement et la galerie étaient pleins. Le doge arriva dans les carosses du roi et de M*"' la Dauphine; les sénateurs le suivaient dans les autres carosses, et douze pages à cheval et quarante estafiers le précédaient.

Louis XIV avait à ses côtés M. le Dauphin, M. le duc de Chartres, M. le Duc, M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse.

A la vue du doge, le roi se couvrit et fit couvrir le doge; les sénateurs restèrent découverts, et les princes qui avaient le droit de se couvrir mirent leur chapeau sur leur tête.

Le doge fit au roi un discours selon les termes du traité : le dis-

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cours fut humble ; mais celui qui le prononça fut constamment digne et fier. Quand il eut cessé de parler, il se découvrit, et , pour lui faire honneur, les princes se découvrirent à leur tour.

Pendant l'après-midi le doge fut introduit chez M. le Dauphin et chez les princes. Les princesses le reçurent sur leur lit pour n'avoir pas besoin de le reconduire. Quelques jours après, il fut invité à revenir à Versailles, assista au lever, dina chez le roi et parut au bal. Puis le roi lui donna une boite magnifique avec son portrait et des tapisseries des Gobelins.

En sortant, un des sénateurs, émerveillé des richesses qu'il venait de contempler, demanda au doge ce qui l'avait le plus étonné à Versailles.

— C'est de m'y voir, répondit celui-cî.

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