CHAPITRE XLIV
Les Calvinistes et les Catholiques. — Vexations antérieures à Tédit de révocation. — Quelle a été la part de M"* de Maintenon dans ces persécutions. — Révocation de redit de Nantes. — L'abl>é du Chayla. — Son martyre. — il est envoyé dans les Cevennes. — Ses cruautés. -- Projet de mariage entre Louis XIV et M"« de Maintenon. — Résistance du Dauphin. — Inceititude du roi.— Le mariage s'accomplit — Sonnet de M"« la Duchesse. — Lettre de Charles IL — Caractère de ce prince. — Avènement de Jacques IL — Sa conduite irréfléchie. — Le prince d'Orange détrône son beau-père. — Jacques et sa famille se réfugient en France. — Retour de Lanzun. — Ligue d*Augsbourg. — Maladie de Louis XIV. — La croisée de Trianon.
Epuis le coinmenceinent de Tannée 1685, deux choses importantes marchaient de Tront dans Tesprit de la nouvelle Tavorite : Tune était la révocation de Tédit de Nantes; l'autre était son mariage avec le roi.
L'édit de Nantes fut le premier en date ; c'est donc de ce fait que nous allons nous occuper d'abord.
Cet acte de révocation, dû sans doute à l'influence de M""^ de Maintenon et à celle du père La Chaise, semblait, au reste, un projet élaboré de longue main : c'était la terreur d'Henri IV, c'était le rêve de Richelieu. Henri IV avait prévu cette révocation ; aussi, à la liberté de conscience accordée à ses anciens frères, avait-il ajouté le don de plusieurs places fortes qui devaient, en cas de persécution , servir de lieux
de refuge aux Calvinistes. Mais les ennemis de la religion réformée procédèrent tout au contraire des prévisions du vainqueur d'Ârques ; ils commencèrent par prendre les places fortes, puis ils cassèrent Fédit. On se rappelle le siège de La Rochelle et le fameux mot de Bassompière, huguenot se battant contre les huguenots et disant : — Fotis verrez que nous serons assez niais pour prendre La Rochelle.
En effet, les unes après les autres, toutes les places calvinistes avaient été réduites, et vers Tannée 1657, c* est-à-dire sous le cardinal Mazarin, à la suite d'une émeute arrivée à Nfmes, centre étemel de la lutte religieuse , cette persécution , qui éclata plus tard, allait peut-être commencer, lorsque de l'autre côté du détroit, Cromwell apprit ce qui se passait dans le midi de la France, et au bas d'une dépêche écrivit ces mots :
— J'apprends qu'il y a eu des émotions populaires dans une ville du Languedoc nommée Ntmes ; que tout s'y passe , je vous prie, sans qu'on y verse le sang et le plus doucement possible.
Heureusement pour les Huguenots , Mazarin avait en ce moment besoin de Cromwell. En conséquence , on décommanda les supplices et l'on s'en tint aux vexations.
C'est que dans le midi cette guerre, dont les dragonnades allaient être un épisode , datait de loin. Depuis plus de trois cents ans , tout était action et réaction sur cette malheureuse terre toujours imprégnée soit du sang catholique, soit du sang huguenot. Les Albigeois n'étaient en réalité que les ancêtres des Protestants. Chaque flux et reflux portait le caractère du parti qui triomphait. Si les Protestants étaient vainqueurs , la vengeance était publique , brutale , colère ; si c'était le parti catholique qui l'emportait , les représailles étaient sourdes , hypocrites , sordides.
Vainqueurs, les Protestants jetaient bas les églises, rasaient les couvents, insultaient les religieuses, chassaient les moines, brûlaient les crucifix, et détachant quelques malfaiteurs de la potence pour clouer le cadavre en croix , puis lui perçant le côté et lui mettant la couronne sur la tête , ils allaient planter cette croix sur quelque marché, parodiant ainsi Jésus au Calvaire.
Vainqueurs, les Catholiques plus sourdement imposent des contributions , stipulent des indemnités , et ruinés à chaque défaite se retrouvent plus riches après chaque victoire.
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Les Protestants agissent au grand jour, démolissent les maisons de leurs ennemis au son de la caisse, fondent, en pleine place publique, les cloches des églises pour en faire des canons, se chauffent avec les stalles brisées des chanoines, affichent leurs thèses sur les portes des cathédrales et transforment les lieux saints en abattoirs et en voieries.
Les Catholiques préfèrent Tobscurité ; les ténèbres sont leurs complices, la nuit leur sauvegarde ; ils marchent sans bruit, entrent sournoisement par les portes entr'ouvertes plus nombreux quMIs ne sont sortis, font Tévèque président du conseil, placent les jésuites qui viennent d'apparaître en possession des collèges, et comme ils ont toujours des relations avec la cour et un appui dans le roi, ils mettent les Protestants hors la faveur, en attendant qu'ils les mettent hors la justice.
Ainsi dès 1630, c'est-à-dire vingt ans à peine après la mort d'Henri lY, le conseil de Chalon-sur-Saône décide qu'aucun protestant ne sera admis à la fabrication des produits commerciaux de la ville.
En 16/^2 , c'est-à-dire six mois à peine après l'avènement au trône de Louis XIY, les lingères de Paris dressent un règlement qui déclare les filles et les femmes des Huguenots indignes d'obtenir la maîtrise de leur profession.
En 165/i , c'est-à-dire un an après sa majorité , Louis XIY permet que la ville de Nimes soit imposée pour l'entretien de l'hôpital catholique et de l'hôpittal protestant à une somme de quatre mille francs; et au lieu d'imposer proportionnellement chaque culte pour défrayer l'hôpital de sa religion , il ordonne que la taxe sera levée sur tous indistinctement , de sorte que les Protestants qui sont en ce moment dans cette ville deux fois plus nombreux que les Catholiques, défrayent, non seulement leur hôpital, mais encore une portion de l'hôpital de leurs ennemis. Le 9 août de la même année, un arrêt du conseil ordonne que les consuls des artisans seront tous catholiques. Le 16 décembre, un arrêt défend aux Protestants de faire des députations au roi. Enfin le 20 décembre, un autre arrêt décide que les consuls catholiques auront seuls l'administration des hôpitaux.
En 1662, il est enjoint aux Protestants de n'enterrer leurs morts qu'au point du jour ou à l'entrée de la nuit ; et un article de la
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loi circonscrivant le deuil , fixe le nombre des parents ou des amis qui pourront suivre le convoi.
En 166/i, le parlement de Rouen fait défense aux maîtres merciers de recevoir aucun ouvrier ou apprenti protestant.
En 1665, le règlement fait pour les merciers est étendu aux orfèvres.
En 1666 , une déclaration du roi , régularisant les arrêts du parlement, décide (art. M ) que les charges de greffiers des maisons consulaires ou de secrétaires des communautés d'horlogers, celles de portiers, ou toutes autres fonctions municipales, ne pourront être tenues que par des Catholiques; que (art. 33) lorsque les- processions, dans lesquelles le Saint Sacrement sera porté, passeront devant le temple de ceux de la religion prétendue réformée, ils cesseront de chanter leurs psaumes jusqu'à ce que lesdites processions aient passé; enfin (art. 3&) que lesdits de la religion réformée seront tenus de soufirir qu'il soit tendu des draps et tapisseries par Tautorité des officiers de la ville au devant de leurs maisons et autres lieux à eux appartenants.
En 1669, on commence à remarquer l'émigration des protestants , et un édit est rendu , dont voici un des articles : « Considérant que plusieurs de nos sujets ont passé dans les pays étrangers, y travaillent à tous les exercices dont ils sont capables, même à la construction des vaisseaux, s'engagent dans les équipages maritimes, etc. , faisons défense à aucun de la religion prétendue réformée de sortir du royaume sans notre permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , et ordonnons à ceux qui sont déjà sortis de France de rentrer dans les limites.
En 1670» le roi exclut les médecins réformés du décanat du collège de Rouen, et ne tolère à ce collège que deux médecins de la religion.
En 1671 , publication d'un arrêt qui ordonne que les armes de France seront enlevées des temples de la religion prétendue réformée.
En 1680, déclaration du roi , qui interdit aux femmes de la religion réformée la profession de sages-femmes.
En 1681 , ceux qui abandonnent la religion réformée sont exempts des contributions et du logement des gens de guerre pendant deux ans. Enfin, au mois de juillet de la même année, on fait
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Les Protestants agissent au grand jour, démolissent les maisons de leurs ennemis au son de la caisse, fondent, en pleine place publique, les cloches des églises pour en faire des canons, se chauffent avec les stalles brisées des chanoines, affichent leurs thèses sur les portes des cathédrales et transforment les lieux saints en abattoirs et en voieries.
Les Catholiques préfèrent Tobscurité ; les ténèbres sont leurs complices, la nuit leur sauvegarde ; ils marchent sans bruit, entrent sournoisement par les portes entr'ouvertes plus nombreux qu'ils ne sont sortis, font Tévèque président du conseil , placent les jésuites qui viennent d'apparaftre en possession des collées, et comme ils ont toujours des relations avec la cour et un appui dans le roi, ils mettent les Protestants hors la faveur, en attendant qu'ils les mettent hors la justice.
Ainsi dès 1630, c'est-à-dire vingt ans à peine après la mort d'Henri lY, le conseil de Chalon-sur-Saône décide qu'aucun protestant ne sera admis à la fabrication des produits commerciaux de la ville.
En 16/^2 , c'est-à-dire six mois à peine après l'avènement au trône de Louis XIY, les lingères de Paris dressent un règlement qui déclare les filles et les femmes des Huguenots indignes d'ol)tenir la maîtrise de leur profession.
En 1654 , c'est-à-dire un an après sa majorité , Louis XIV permet que la ville de Nîmes soit imposée pour l'entretien de l'hôpital catholique et de l'hôpittal protestant à une somme de quatre mille francs; et au lieu d'imposer proportionnellement chaque culte pour défrayer l'hôpital de sa religion , il ordonne que la taxe sera levée sur tous indistinctement , de sorte que les Protestants qui sont en ce moment dans cette ville deux fois plus nombreux que les Catholiques, défrayent, non seulement leur hôpital, mais encore une portion de l'hôpital de leurs ennemis. Le 9 août de la même année, un arrêt du conseil ordonne que les consuls des artisans seront tous catholiques. Le 16 décembre, un arrêt défend aux Protestants de faire des députations au roi. Enfin le 20 décembre, un autre arrêt décide que les consuls catholiques auront seuls l'administration des hôpitaux.
En 1662, il est enjoint aux Protestants de n'enterrer leurs morts qu'au point du jour ou à l'entrée de la nuit ; et un article de la
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loi circonscrivant le deuil , fixe le nombre des parents ou des amis qui pourront suivre le convoi.
En 166/i, le parlement de Rouen fait défense aux maftres merciers de recevoir aucun ouvrier ou apprenti protestant.
En 1665, le règlement fait pour les merciers est étendu aux orfèvres.
En 1666, une déclaration du roi, régularisant les arrêts du parlement, décide (art. M ) que les charges de greffiers des maisons consulaires ou de secrétaires des communautés d'horlogers, celles de portiers, ou toutes autres fonctions municipales, ne pourront être tenues que par des Catholiques ; que (art. 33) lorsque les. processions, dans lesquelles le Saint Sacrement sera porté, passeront devant le temple de ceux de la religion prétendue réformée, ils cesseront de chanter leurs psaumes jusqu'à ce que lesdites processions aient passé; enfin (art. 3&) que lesdits de la religion réformée seront tenus de soufTrir quMl soit tendu des draps et tapisseries par Tautorité des officiers de la ville au devant de leurs maisons et autres lieux à eux appartenants.
En 1669, on commence à remarquer Témigration des protestants , et un édit est rendu , dont voici un des articles : « Considérant que plusieurs de nos sujets ont passé dans les pays étrangers, y travaillent à tous les exercices dont ils sont capables, même à la construction des vaisseaux, s'engagent dans les équipages maritimes, etc. , faisons défense à aucun de la religion prétendue réformée de sortir du royaume sans notre permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , et ordonnons à ceux qui sont déjà sortis de France de rentrer dans les limites.
En 1670, le roi exclut les médecins réformés du décanat du collège de Rouen, et ne tolère à ce collège que deux médecins de la religion.
En 1671 , publication d'un arrêt qui ordonne que les armes de France seront enlevées des temples de la religion prétendue réformée.
En 1680, déclaration du roi , qui interdit aux femmes de la religion réformée la profession de sages-femmes.
En 1681 , ceux qui abandonnent la religion réformée sont exempts des contributions et du logement des gens de guerre pendant deux ans. Enfin, au mois de juillet de la même année, on fait
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Les Protestants agissent au grand jour, démolissent les maisons de leurs ennemis au son de la caisse, fondent, en pleine place publique, les cloches des églises pour en faire des canons, se chauffent avec les stalles brisées des chanoines, affichent leurs thèses sur les portes des cathédrales et transforment les lieux saints en abattoirs et en voieries.
Les Catholiques préfèrent Fobscurité ; les ténèbres sont leurs complices, la nuit leur sauvegarde; ils marchent sans bruit, entrent sournoisement par les portes entr'ouvertes plus nombreux qu'ils ne sont sortis, font Tévèque président du conseil, placent les jésuites qui viennent d'apparaître en possession des collèges, et comme ils ont toujours des relations avec la cour et un appui dans le roi, ils mettent les Protestants hors la faveur, en attendant quMls les mettent hors la justice.
Ainsi dès 1630, c'est-à-dire vingt ans à peine après la mort d'Henri IV, le conseil de Chalon-sur-Saône décide qu'aucun protestant ne sera admis à la fabrication des produits commerciaux de la ville.
En 16/i2 , c'est-à-dire six mois à peine après l'avènement au trône de Louis XIY, les lingères de Paris dressent un règlement qui déclare les filles et les femmes des Huguenots indignes d'obtenir la maîtrise de leur profession.
En 165/i , c'est-à-dire un an après sa majorité , Louis XIY permet que la ville de Nîmes soit imposée pour l'entretien de l'hôpital catholique et de l'hôpittal protestant à une somme de quatre mille francs; et au lieu d'imposer proportionnellement chaque culte pour défrayer l'hôpital de sa religion , il ordonne que la taxe sera levée sur tous indistinctement , de sorte que les Protestants qui sont en ce moment dans cette ville deux fois plus nombreux que les Catholiques, défrayent, non seulement leur hôpital, mais encore une portion de l'hôpital de leurs ennemis. Le 9 août de la même année, un arrêt du conseil ordonne que les consuls des artisans seront tous catholiques. Le 16 décembre, un arrêt défend aux Protestants de faire des députations au roi. Enfin le 20 décembre, un autre arrêt décide que les consuls catholiques auront seuls l'administration des hôpitaux.
En 1662, il est enjoint aux Protestants de n'enterrer leurs morts qu'au point du jour ou à l'entrée de la nuit ; et un article de la
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loi circonscrivant le deuil , fixe le nombre des parents ou des amis qui pourront suivre le convoi.
En 166&, le parlement de Rouen fait défense aux maîtres merciers de recevoir aucun ouvrier ou apprenti protestant.
En 1665, le règlement fait pour les merciers est étendu aux orfèvres.
En 1666 , une déclaration du roi , régularisant les arrêts du parlement, décide (art. 31) que les charges de greffiers des maisons consulaires ou de secrétaires des communautés d'horlogers, celles de portiers, ou toutes autres fonctions municipales, ne pourront être tenues que par des Catholiques ; que ( art. 33 ) lorsque les processions, dans lesquelles le Saint Sacrement sera porté, passeront devant le temple de ceux de la religion prétendue réformée, ils cesseront de chanter leurs psaumes jusqu'à ce que lesdites processions aient passé; enfin (art. 3&) que lesdits de la religion réformée seront tenus de soufirir quMl soit tendu des draps et tapisseries par l'autorité des officiers de la ville au devant de leurs maisons et autres lieux à eux appartenants.
En 1669, on commence à remarquer l'émigration des protestants , et un édit est rendu , dont voici un des articles : « Considérant que plusieurs de nos sujets ont passé dans les pays étrangers, y travaillent à tous les exercices dont ils sont capables, même à la construction des vaisseaux, s'engagent dans les équipages maritimes, etc. , faisons défense à aucun de la religion prétendue réformée de sortir du royaume sans notre permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , et ordonnons à ceux qui sont déjà sortis de France de rentrer dans les limites.
En 1670, le roi exclut les médecins réformés du décanat du collège de Rouen, et ne tolère à ce collège que deux médecins de la religion.
En 1671, publication d'un arrêt qui ordonne que les armes de France seront enlevées des temples de la religion prétendue réformée.
En 1680, déclaration du roi , qui interdit aux femmes de la religion réformée la profession de sages-femmes.
En 1681 , ceux qui abandonnent la religion réformée sont exempts des contributions et du logement des gens de guerre pendant deux ans. Enfin, au mois de juillet de la même année, on fait
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Les Protestants agissent au grand jour, démolissent les maisons de leurs ennemis au son de la caisse, fondent, en pleine place publique, les cloches des églises pour en faire des canons, se chauffent avec les stalles brisées des chanoines, affichent leurs thèses sur les portes des cathédrales et transforment les lieux saints en abattoirs et en voieries.
Les Catholiques préfèrent l'obscurité ; les ténèbres sont leurs complices, la nuit leur sauvegarde ; ils marchent sans bruit, entrent sournoisement par les portes entr'ouvertes plus nombreux qu'ils ne sont sortis, font Tévèque président du conseil, placent les jésuites qui viennent d'apparattre en possession des collèges, et comme ils ont toujours des relations avec la cour et un appui dans le roi, ils mettent les Protestants hors la faveur, en attendant quMls les mettent hors la justice.
Ainsi dès 1630, c'est-à-dire vingt ans à peine après la mort d'Henri IV, le conseil de Chalon-sur-Saône décide qu'aucun protestant ne sera admis à la fabrication des produits commerciaux de la ville.
En i6&2 , c'est-à-dire six mois à peine après l'avènement au trône de Louis XIY, les lingères de Paris dressent un règlement qui déclare les filles et les femmes des Huguenots indignes d'ohtenir la maîtrise de leur profession.
En 165/i , c'est-à-dire un an après sa majorité , Louis XIY permet que la ville de Nfmes soit imposée pour l'entretien de l'hôpital catholique et de l'hôpittal protestant à une somme de quatre mille francs; et au lieu d'imposer proportionnellement chaque culte pour défrayer l'hôpital de sa religion , il ordonne que la taxe sera levée sur tous indistinctement , de sorte que les Protestants qui sont en ce moment dans cette ville deux fois plus nombreux que les Catholiques, défrayent, non seulement leur hôpital, mais encore une portion de l'hôpital de leurs ennemis. Le 9 août de la même année, un arrêt du conseil ordonne que les consuls des artisans seront tous catholiques. Le 16 décembre, un arrêt défend aux Protestants de faire des députa tions au roi. Enfin le 20 décembre, un autre arrêt décide que les consuls catholiques auront seuls l'administration des hôpitaux.
En 1662, il est enjoint aux Protestants de n'enterrer leurs morts qu'au point du jour ou à l'entrée de la nuit ; et un article de la
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loi circonscrivant le deuil , fixe le nombre des parents ou des amis qui pourront suivre le convoi.
En 166&, le parlement de Rouen fait défense aux maîtres merciers de recevoir aucun ouvrier ou apprenti protestant.
En 1665, le règlement fait pour les merciers est étendu aux orfèvres.
En 1666, une déclaration du roi, régularisant les arrêts du parlement, décide (art. 31) que les charges de greffiers des maisons consulaires ou de secrétaires des communautés d'horlogers, celles de portiers, ou toutes autres fonctions municipales, ne pourront être tenues que par des Catholiques ; que ( art. 33 ) lorsque les ^processions, dans lesquelles le Saint Sacrement sera porté, passeront devant le temple de ceux de la religion prétendue réformée, ils cesseront de chanter leurs psaumes jusqu'à ce que lesdites processions aient passé; enfin (art. 3&) que lesdits de la religion réformée seront tenus de soufirir qu'il soit tendu des draps et tapisseries par l'autorité des officiers de la ville au devant de leurs maisons et autres lieux à eux appartenants.
En 1669, on commence à remarquer l'émigration des protestants , et un édit est rendu , dont voici un des articles : « Considérant que plusieurs de nos sujets ont passé dans les pays étrangers, y travaillent à tous les exercices dont ils sont capables, même à la construction des vaisseaux, s'engagent dans les équipages maritimes, etc. , faisons défense à aucun de la religion prétendue réformée de sortir du royaume sans notre permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , et ordonnons à ceux qui sont déjà sortis de France de rentrer dans les limites.
En 1670, le roi exclut les médecins réformés du décanat du collège de Rouen, et ne tolère à ce collège que deux médecins de la religion.
En 1671 , publication d'un arrêt qui ordonne que les armes de France seront enlevées des temples de la religion prétendue réformée.
En 1680, déclaration du roi , qui interdit aux femmes de la religion réformée la profession de sages-femmes.
En 1681 , ceux qui abandonnent la religion réformée sont exempts des contributions et du logement des gens de guerre pendant deux ans. Enfin, au mois de juillet de la même année, on fait
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Les Protestants agissent au grand jour, démolissent les maisons de leurs ennemis au son de la caisse, fondent, en pleine place publique, les cloches des églises pour en faire des canons, se chauffent avec les stalles brisées des chanoines, affichent leurs thèses sur les portes des cathédrales et transforment les lieux saints en abattoirs et en voieries.
Les Catholiques préfèrent l'obscurité ; les ténèbres sont leurs complices, la nuit leur sauvegarde ; ils marchent sans bruit, entrent sournoisement par les portes entr'ouvertes plus nombreux qu'ils ne sont sortis, font Tévèque président du conseil , placent les jésuites qui viennent d'apparaître en possession des collèges, et comme ils ont toujours des relations avec la cour et un appui dans le roi, ils mettent les Protestants hors la faveur, en attendant qu'ils les mettent hors la justice.
Ainsi dès 1630, c'est-à-dire vingt ans à peine après la mort d'Henri lY, le conseil de Chalon-sur-Saône décide qu'aucun protestant ne sera admis à la fabrication des produits commerciaux de la ville.
En 16/i2 , c'est-à-dire six mois à peine après l'avènement au trône de Louis XIY, les lingères de Paris dressent un règlement qui déclare les filles et les femmes des Huguenots indignes d'obtenir la maîtrise de leur profession.
En 165/i , c'est-à-dire un an après sa majorité , Louis XIY permet que la ville de Nfmes soit imposée pour l'entretien de l'hôpital catholique et de l'hôpittal protestant à une somme de quatre mille francs; et au lieu d'imposer proportionnellement chaque culte pour défrayer l'hôpital de sa religion , il ordonne que la taxe sera levée sur tous indistinctement , de sorte que les Protestants qui sont en ce moment dans cette ville deux fois plus nombreux que les Catholiques, défrayent, non seulement leur hôpital, mais encore une portion de l'hôpital de leurs ennemis. Le 9 août de la même année, un arrêt du conseil ordonne que les consuls des artisans seront tous catholiques. Le 16 décembre, un arrêt défend aux Protestants de faire des députations au roi. Enfin le 20 décembre, un autre arrêt décide que les consuls catholiques auront seuls l'administration des hôpitaux.
En 1662, il est enjoint aux Prolestants de n'enterrer leurs morts qu'au point du jour ou à l'entrée de la nuit ; et un article de la
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loi circonscrivant le deuil , fixe le nombre des parents ou des amis qui pourront suivre le convoi.
En 166&, le parlement de Rouen fait défense aux maîtres merciers de recevoir aucun ouvrier ou apprenti protestant.
En 1665, le règlement fait pour les merciers est étendu aux orfèvres.
En 1666, une déclaration du roi, régularisant les arrêts du parlement, décide (art. 31) que les charges de greflSers des maisons consulaires ou de secrétaires des communautés d'horlogers, celles de portiers, ou toutes autres fonctions municipales, ne pourront être tenues que par des Catholiques ; que (art. 33) lorsque les -processions, dans lesquelles le Saint Sacrement sera porté, passeront devant le temple de ceux de la religion prétendue réformée, ils cesseront de chanter leurs psaumes jusqu'à ce que lesdites processions aient passé; enfin (art. 3&) que lesdits de la religion réformée seront tenus de souffrir quMl soit tendu des draps et tapisseries par Tautorité des oflSciers de la ville au devant de leurs maisons et autres lieux à eux appartenants.
En 1669, on commence à remarquer l'émigration des protestants , et un édit est rendu , dont voici un des articles : « Considérant que plusieurs de nos sujets ont passé dans les pays étrangers, y travaillent à tous les exercices dont ils sont capables, même à la construction des vaisseaux, s'engagent dans les équipages maritimes, etc. , faisons défense à aucun de la religion prétendue réformée de sortir du royaume sans notre permission , sous peine de confiscation de corps et de biens , et ordonnons à ceux qui sont déjà sortis de France de rentrer dans les limites.
En 1670, le roi exclut les médecins réformés du décanat du collège de Rouen, et ne tolère à ce collège que deux médecins de la religion.
En 1671 , publication d'un arrêt qui ordonne que les armes de France seront enlevées des temples de la religion prétendue réformée.
En 1680, déclaration du roi , qui interdit aux femmes de la religion réformée la profession de sages-femmes.
En 1681 , ceux qui abandonnent la religion réformée sont exempts des contributions et du logement des gens de guerre pendant deux ans. Enfin, au mois de juillet de la même année, on fait T, 11. û5
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renner le collège de Sedan, le seul qui reste aux Calvinistes dans tout le royaume pour Finstruction de leurs enfants.
En 1682, le roi ordonne aux notaires, procureurs , huissiers et sei|;ents calvinistes de se démettre de leurs oflBces, les déclarant inhabiles à ces professions.
En 168/it le conseil-d'état étend les dispositions précédentes aux titulaires des charges de secrétaires du roi , et au mois d*ao At le roi déclare les protestants inhabiles à être nommés exp^ls.
Enfin en 1685, le prévôt de Paris enjoint aux marchands privilégiés calvinistes de vendre leurs privilèges dans Tespace d'un mois.
Ainsi, grâce à ces ordonnances successives, les persécutions sociales et religieuses prennent le protestant à son berceau et ne le quittent pas même lorsqu'il a été cloué dans son cercueil.
Enfant, il n'a plus de collée où s'instruire.
Jeune honmie , il n'a plus de carrière à parcourir^ puisqu'il ne peut être ni conciei^e , ni mercier , ni médecin , ni avocat , ni consul.
Homme fait, il n'a plus de temple pour prier; à chaque heure sa liberté de conscience est opprimée; il chante sa prière, une procession passe, il faut qu'il se taise; une cérémonie catholique a lieu , il doit dévorer sa haine et laisser tendre sa maison en signe de joie; il a reçu quelque fortune de ses pères, cette fortune qu'il ne peut entretenir faute d'état, de position sociale et de droit civil, s'échappe peu à peu de ses mains et va entretenir les collèges et les hôpitaux de ses ennemis.
Vieillard, son agonie est tourmentée, car s'il meurt dans la foi de ses pères, il ne pourra reposer près de ses aïeux, et à l'exception d'un nombre fixé à dix, ses amis ne pourront suivre ses funérailles nocturnes, et cachées conune celles d'un paria.
Enfin ^ à quelque âge que ce soit, s'il veut fuir cette terre marâtre sur laquelle il ne peut plus ni naître, ni vivre, ni mourir , il sera déclaré rebelle, ses biens seront confisqués, et la moindre chose qui pourra lui arriver, si ses ennemis, d'une façon ou de l'autre, parviennent à s'emparer de lui , ce sera d'aller passer le reste de sa vie à ramer sur les galères du roi, entre un incendiaire et un assassin.
On le voit, nous rendons justice à qui de droit; nous déchar-
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geons M"* de Maintenon des persécutions antérieures à Tépoque de son influence ; mais nous lui laisserons partager avec Louis XIY .la responsabilité des bûchers et des dragonades, et ce sera bien assez, devant Dieu, pour un roi et une favorite.
Dès 1682, Louis XIY, qui se préparait à la révocation de Fédit de Nantes, avait rappelé de F Inde Fabbé du Chayla et Favait envoyé à Mende avec le titre d*archiprétre et d'inspecteur des missions dans les Cévennes.
L'abbé du Cbayla était un fils puiné de la maison de Langlade , et malgré Finstinct courageux qui veillait en lui, éloigné de la carrière des armes , il avait été obligé de se jeter dans celle de Féglise ; mais comme à ce caractère de feu il fallait des dangers à courir, des obstacles à vaincre, une religion à imposer, ce fut Féglise militante qu'il choisit, ce fut FInde qu'il prit pour champ de bataille, et ce fut le martyre qu'il alla chercher de l'autre côté des mers. Le jeune missionnaire arriva à Pondichéry au moment même où le roi de Siam, qui plus tard devait envoyer une ambassade à Louis XIY, venait de faire périr dans les tortures plusieurs missionnaires qui, à son aVis, avaient porté trop loin dans ses états l'exaltation du zèle religieux. Les missionnaires français venaient donc de receyoir défense de pénétrer dans FIndo-Chine , défense que Fabbé du Chayla se hâta de braver en franchissant les frontières du royaume interdit.
Trois mois après il était pris , conduit devant le gouverneur de Bankan; là, il avait été placé entre Fabjuration et le martyre ; mais le vaillant soldat du Christ , au lieu de renier sa foi , avait glorifié le nom du Seigneur et, livré au bourreau pour être torturé , avait souffert tout ce que le corps de l'homme peut supporter sans mourir ; si bien que la colère s'était lassép avant la résignation et la patience, et que, les mains mutilées, la poitrine sillonnée de blessures, les jambes brisées par les entraves, il s'était évanoui et on Favait cru mort. Alors les bourreaux l'avaient suspendu par les poignets à un arbre, le laissant sur la route comme un exemple terrible de la justice de leur roi. Le soir venu, un pauvre paria, pitoyable comme tout ce qui a souffert, le rocueillit et le rappela à la vie.
Le martyre avait été éclatant; Fambassadeur de France en ayant été informé avait demandé justice de la mort du missionnaire, de sorte que le roi de Siam , trop heureux que les bourreaux
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se fussent lassés si vite, avait renvoyé un bomine mutilé, mais vivant, à l'ambassadeur qui ne réclamait qu'un cadavre.
Ce fut cet homme que Louis XIY, dans la prévision sans doute des rebellions qu'amènerait dans le midi de France la révocation de redit de Nantes , envoya à Mende , avec le titre d'arcbiprètrc et d'inspecteur des missions dans les Gévennes. Là, de persécuté qu'il avait été, l'abbé devint à son tour persécuteur. Insensible aux douleurs des autres comme il avait été immuable dans les siennes, son apprentissage de supplices n'avait pas été perdu, et tortureur inventif il avait élargi la science de la question. Car non seulement l'Inde lui avait offert des machines inconnues; mais enicore il en avait inventé de nouvelles. En effet, on parlait avec terreur de roseaux coupés en sifflets que l'impassible missionnaire faisait glisser sous les ongles; de pinces de fer avec lesquelles il arrachait la barbe, les sourcils et les paupières; de mèches goudronnées qui enveloppaient les doigts des patients et qui, allumées ensuite, faisaient un candélabre à cinq flambeaux; d'un étui mobile oii l'on enfermait le malheureux qui refusait de se convertir , et dans lequel on le faisait tourner si rapidement qu'il finissait par perdre connaissance ; enfin d'entraves perfectionnées
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grâce auxquelles les prisonniers qu'on transportait d'une vUle à l'autre ne pouvaient se tenir assis ni debout, mais seulement courbés.
Aussi , les Panégyristes les plus ardents de Tabbé n'en parlaientils qu'avec une espèce de crainte , et lui-même , il faut le dire , lorsqu'il descendait dans son propre cœur et qu'il songeait combien de fois il avait appliqué au corps cette faculté de lier et de délier que Dieu lui avait donnée seulement pour les âmes, il se sentait pris de frissonnement, tombait à genoux , et restait quelquefois des heures entières les mains jointes et perdu dans l'abime de ses pensées, si bien que, moins la sueur d'angoisse qui lui tombait du front , on eût pu le prendre pour une statue de marbre pleurant sur un sépulcre.
C'était là l'homme qui , aidé de M. de Baville , intendant du Languedoc, et soutenu de M. de Broglie, devait surveiller dans le Midi l'exécution du décret terrible que Louis XIV allait rendre.
Le 18 octobre 1685 le roi signa la révocation de l'édit de Nantes, qui avait été présentée au conseil dès le mois d'avril et arrêtée au mois d'août : ce fut à propos de cet acte que Louis XIY, à ses devises déjà connues , ajouta cette devise nouvelle : Lex una sub uno^ une seule loi sous un seul chef.
Nous reviendrons plus tard au résultat de celte loi, et nous verrons ce qu'elle coûtera à établir.
Cette grande œuvre accomplie au profit du ciel, M"" de Maintenon, pensa qu'elle pouvait bien songer un peu à elle-même.
Après la retraite de M"' de Montespan , la cour, comme nous l'avons dit , était devenue triste et monotone. M"'*' de Maintenon commença dès lors à prendre cet ascendant qu'elle conserva toujours depuis sur l'esprit dn roi. Peut-être avait-elle dû cet ascendant à la résistance inaccoutumée que Louis XIY trouva en elle. Au premier mot d'amour les autres femmes s'étaient abandonnées à cet autre maitre du monde qui avait résolu d'imiter le maître* des dieux jusque dans ses amours; mais aux plus vives instances M"* de Maintenon ne répondit que par les deux mots avec lesquels on mena Louis XIY pendant le reste de sa vie : La crainte de l'enfer^ l'espoir du salut.
Ce fut alors que le Père La Chaise, complètement gagné par les avances de la nouvelle favorite , osa proposer à son auguste péni-
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tent, qui se plaignait à lui de ses désirs quMl ne pouvait réprimer et de cette résistance qu'il ne pouvait vaincre , un mariage secret qui donnerait à la fois le repos à sa conscience el la liberté à sob penchant
Louis hésita.
Enfin, M"* de Maintenon, avouant à son tour à son royal amant les combats qu'elle avait à soutenir contre son propre cœur, lui déclara qu'elle allait , à l'exemple de M"* de La Yallière et de M"** de Montespan, quoique moins coupable qu'elles, se mettre en retraite et passer le reste de sa vie à prier pour le salut du roi«
Puis vint M. le duc du Maine, tout éploré de cette prétendue retraite. 11 accourait supplier Louis XIY de ne pas le séparer de celle qui avait été sa véritable mère et qui l'aimait avec une telle tendresse, qu'il lui serait impossible de supporter son absence.
Toutes ces prières remuaient d'autant plus le cœur du rot qu'elles étaient d'accord avec ses propres désirs. Le confesseur revint à la charge : il lui montra M'"* de Maintenon ne combattant son amour que par ses éternelles prières. Et cependant, malgré tout cela, le roi voulut prendre iiiti nouvel avis; cet avis était j^lui de Bossuet. . ; .
Bossuet fut favorable à M"*' de Maintenon , et la nouvelle fut portée à la favorite qu'elle allait être reine. Sa joie fut si grande qu'elle ne put en garder Je secret. Quelques amis intimes en reçurent la confidence, et l'un d'eux, on ne sut jamais lequel, alla prévenir Monseigneur.
Monseigneur, pour la première fois, sortit alors.de son indolence et de son apathie. Il quitta Meudon, accourut à Versailles, se présenta au roi à une heure qui n'était point celle oii le roi avait coutume de le voir, et là commença par parler en fils et finit par parler en héritier de la couronne.
Si peu accoutumé que fût Louis XIY à rencontrer des obstacles à sa volonté , la parole du jeune homme était si grave et touchait à de si hauts intérêts , qu'il promit de consulter encore quelques personnes. Monseigneur lui indiqua comme de dévoués et fidèles serviteurs, deux hommes bien opposés par leurs mœurs et leur état, Fénélon et Louvois. Tous deux, moins complaisants que le Père La Chaise et Bossuet, furent contraires à la favorite, et tous
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deux eurent à s'en repentir : Fénélon y perdit sa faveur, et Loii-
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deux eurent à s'en repentir : Fénélon y perdit sa Taveur, et Loii* vois , 8*îl faut en croire Saint-Simon , y perdit la vie.
Cependant Louis XIY vaincu promit à Monseigneur que ce mariage tant redouté né se ferait pas.
Fier de cette promesse du roi et de Tinfluence qu'il avait eue pour la première fois sur son père, le Dauphin retourna à Meudon où quinze jours se passèrent sans qu'il entendit rien dire qui pût lui faire croire que Louis XIY avait changé de résolution. Quel fut son étonnement lorsqu'un matin on vint lui proposer de légitimer une fille qu'il avait eue de M"' de La Force, à la condition qu'il ne s'opposerait plus au mariage du roi avec la favorite.
— Dites à ceux qui vous ont envoyé vers moi pour me faire cette honteuse proposition, répondit le Dauphin, que je les regarde et les regarderai toujours comme les plus implacables ennemis de la grandeur de la France et de la gloire du roi. Si jamais j'ai le malheur d'être le maître , je les ferai, je vous le jure , repentir de la hardiesse qu'ils ont eue de me proposer d'accéder à leur complot en légitimant ma fille ; et si la tendresse que je lui porte pouvait m'entratner à une pareille folie , je tomberais à l'instant même à genoux pour supplier Dieu de me la ravir plutôt que de permettre un pareil scandale. Sortez et ne vous présentez jamais devant moi.
Alors Louis XIY résolut d'accomplir ce mariage sans en plus parler à personne.
Un soir du mois de janvier 1686, le Père La Chaise, le valet de chambre Bon temps, l'archevêque de Paris, M. de Harlay et M. de Montchevreuil furent avertis de se trouver dans un cabinet du palais de Yersailles qu'on leur désigna. Lou vois consentit luimême à être témoin^ à condition que le mariage ne serait jamais déclaré. Un autel avait été dressé dans ce cabinet. Ils y étaient réunis depuis quelques instants lorsque le roi entra , conduisant par la main M"** de Maintenon et alla s'agenouiller avec elle devant l'autel.
Le père J^a Chaise dit la messe du mariage; Bontemps la servit, MM. de Louvois et de Montchevreuil furent les témoins, et le lendemain Yersailles se réveilla à l'écho de cette singulière nouvelle: La veuve Scarron a épousé le roi Louis XIY!
Louis XIY avait quarante-sept ans, un mois et dix-sept jours, et
M"" de MaintenoD cinquante-deux ans , lorsque ce mariage s'accomplit.
Dès lors commencèrent à éclater dans la famille royale les dissensions qui attristèrent la fin du règne de Louis XIY. Monseigneur se confina entièrement à Meudon. A partir de ce moment il vint rarement à Versailles, et jamais plus il n'y coucha. Vainement le roi affecta de faire ses réceptions chez M"'* de Maintenon pour y attirer son fils; Monseigneur ne voulut jamais reconnaître cette étrange belle-mère ; et une lois, entre autres, qu'au sortir de la messe le roi avait pris le Dauphin par dessous le bras espérant cette fois vaincre ses résolutions par le respect qu'il était habitué à imposer, le Dauphin vint jusqu'au seuil de l'appartement qu'il s'était promis de ne pas franchir et s'arrêtaut là, il dégagea sou bras de l'étreinte paternelle , salua humblement le roi et se retira sans prononcer une parole.
Aussi, à partir de ce moment. M*"' de Maintenon voua-t-elle à Monseigneur une haine qui lui fut franchement et loyalement rendue. Tous les jours quelque épigramme, quelque sonnet, quelque écrit injurieux sortaient de cette petite cour de Meudon, et allaient attrister le roi. Une de ces pièces l'affecta tellement qu'il envoya
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chercher le lieutenant de police pour qu'il eût à eu découvrir Fauteur. Puis, comme il regardait plus attentivement ce sonnet qu'il songeait à punir, il s'aperçut presque avec terreur qu'il était écrit de la main de M"'' la Duchesse (1). Il renvoya le lieutenant de police sans lui rien ordonner. Voici les vers :
Qae rÉlernel est grand ! que sa main est pui>sante ! Il a comblé de biens mes pénibles travaux. Je naqals demoiselle et je devins servante; Je lavai la vaisselle et soafTris mille maux.
Je fls plnsiears amants et ne fus point ingrate ; Je me livrai souvent à leurs premiers transports. A la fin j*époasai ce fameux cul-de-Jaite Qui vivait de ses vers comme moi de mon corps.
Mais enfin il monrat, et vieille devenue. Mes amanis sans pitié me laissaient toute nue , Lorsqu'un héros me crut encor propre aux plaisirs.
11 me parla d*amour, je fis la Madeleine ; Je lui piontrai le diable au fort de ses désirs; n en eut peur, le lâche !.. et je me trouve reine...
Une lettre qui censurait l'édit de révocation, comme ces vers flétrissaient le mariage, parut à la même époque. Cette lettre, c'était M"'* de Montespan qui l'avait reçue par les mains de la duchesse de Portsmouth, cette maîtresse que Louis XIV avait envoyée au roi Charles II pour le détacher de l'alliance hollandaise; elle était tout entière de la main de cet autre petit-fils d'Henri IV. La voici reproduite textuellement :
« Sire , Je vous conjure , au nom du {(nné Henri dont le sang précieux circule dans nos veines, de respecter les protestants, qu'il regardait comme ses enfants. Si, comme on le dit, vous Tonlez les forcer de renoncer à leur religion sous la peine de les bannir de vos États, je leur offre un asile dans le royaume d*Angleterre. Je leur prouverai que j'ai llionneiir d*étre le petit-fils du grand Henri, par la protection que j'accorderai à ceux qui si longtemps ont combattu avec distinction sous ses drapeaux. Je me persuade que vous éloignerez de vous les conseillers perfides qui ont pu imaginer une pareille proscription. U y a beaucoup de ces protestants qui ont versé leur sang à votre service : quelle récompense vous leur réservez! la misère et la honte d*ôtre bannis de leur patrie, de la patrie du grand Henri I Quel est Pbomme qui ne s'honorerait pas d*étre né son sujet? Et ce serait Théritier de son trône, son petit-fils, qui détruirait un ouvrage
(1) La Duchesse, M"* de Nantes, épouse du duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. On sait qu'elle a composé beaucoup de vers extrémen:ent satiriques et licencieux.
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qu*il avait ea laot de peine à consolider, et qui enfin lui a coûté la vie ! Les rois de France devraient jurer, en montant sur le trône, de ne souiTrir aucun Jésuite auprès de leur personne et de leur famille, puisqn*ils ont été accusés d'avoir coopéré à Tassassloat d'Henri IV, et qu'ils osent aujourd'hui roflfenser au-delà du tombeau, en détruisant son plus cher ouvrage.-Écoutez, mon frère et cousin, les représentations d'un de vos plus proches parents , qui vous aime comme roi et tous chérit comme son amL >»
Cette lettre fit d'autant plus d'efiet qu'elle fut rendue publique par M*"* de Montespan quelques mois après la mort de celui qui Tavait écrite, et qu'elle sembla une voix sortie de la tombe pour tenter un dernier et inutile effort en faveur des malheureux Calvinistes.
Le roi Charles II était mort le 16 février 1685, et Jacques II, son frère , l'avait remplacé sur le trône.
Charles II avait vécu assez tranquille vers les dernières années de son règne. Ce repos venait surtout de son indifférence en matière de religion. Insouciant des disputes qui partagent les hommes à l'endroit des croyances, sa religion, à lui, était ce déisme si commode pour ceux qui veulent allier les plaisirs du corps à la pak de la conscience.
Jacques II, au contraire, attaché dès l'enfance à la communion romaine, avait tout le zèle d'un convertisseur. S'il eût été turc ou chinois, disciple de Mahomet ou sectateur de Coufucius, s'il eût été sceptique ou même athée, les Anglais, las des révolutions qui les avaient agités avant la mort de Charles I" et après celle de Cromwell, les Anglais l'eussent, selon toute probabilité, laissé dans sa croyance, à la condition qu'il les aurait laissés dans la leur. Mais, encouragé par Louis XIY à se faire absolu , pressé par les jésuites de rétablir leur religion et leur crédit, il commença par agir comme si la révolution qu'il désirait faire au profit de la papauté était déjà accomplie. Il reçut publiquement à sa cour un nonce de sa Sainteté, en même temps qu'il faisait mettre en prison sept évèques anglicans qu'il eût pu gagner par la persuasion. Au lieu d'accorder, comme Charles II en montant sur le trône, de nouveaux privilèges à la ville de Londres, il lui ôta quelques-uns de ceux qu'elle se croyait bien acquis. Aussi un cardinal, en voyant cette conduite irréfléchie, proposa-t-îl à Innocent XI d'excommunier Jacques II comme l'homme qui allait perdre le peu de catholicisme qui restait encore en Angleterre.
Le prince d'Orange tenait , en attendant , les yeux fixés sur le
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tr6ne de son beau-père, que la privation d'un fils devait lui livrer à la mort de Jacques. Mais tout à coup le bruit se répandit que la reine était grosse, et la reine accoucha d'un fils. A partir de ce moment, toutes les espérances du Stathouder étaient anéanties», et il lui fallait bien prendre ce qu'on ne voulait pas lui laisser.
Le prince d'Orange équipa une flotte qui devait porter 1& à 15,000 hommes. On publia partout que cette flotte était destinée à faire la guerre à la France, et cela n'étonna personne; car on savait la haine qui divisait le stathouder de Hollande et le' roi de France , depuis l'oflre que lui avait faite Louis XIY de lui donner pour épouse l'une de ses filles naturelles, et depuis cette réponse de Guillaume : que < les princes de la maison d'Orange étaient habitués à épouser les filles des plus grands rois et non pas leurs bâtardes. » Cependant plus de deux cents personnes savaient la véritable destination de cette flotte, et, chose singulière, le secret fut profondément gardé ; c'est seulement lorsque la flotte arriva en vue des côtes d'Angleterre que le roi Jacques comprit sa véritable destination. Elle avait passé à travers les vaisseaux anglais sans même être signalée.
Jacques II écrivit alors à Louis XIY et à l'Empereur.
L'Empereur lui répondit : c II ne vous est arrivé que ce que nous avions prédit. » Louis XIV s'apprêta à venir à son aide. Mais avant que sa flotte fût rassemblée, il reçut un courrier qui lui annonça que la reine d'Angleterre et le prince de Galles venaient d'arriver heiureusement à Calais sous la garde de Lauzun. En eflet, l'illustre courtisan, repoussé de Versailles, s'était réfugié, comme nous l'avons vu, à la cour de Saint-James, et avait bientôt gagné les bonnes grâces du roi Jacques II, comme il avait autrefois gagné celles de Louis XIV. C'était donc à lui, au moment de son malheur, lorsqu'il se vit délaissé par ses deux filles, abandonné par l'un de ses gendres, poursuivi par l'autre, qu'il remit sa femme et son fils pour les conduire en France. Aussi la princesse , en écrivant à Louis XIV, insinua-t-elle dans sa lettre qu'une seule chose altérait la joie qu'elle avait de se confier à la protection d'un si grand roi, c'était de n'oser mener à ses pieds celui auquel elle devait, ainsi que le prince de Galles, non seulement la liberté, mais peutêtre même la vie.
I^a réponse du roi fut que, partageant la haine de la princesse
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pour ses ennemis, il devait naturellement partager sa reconnaissance pour ses amis; il avait donc hâte de témoigner sa satisfaction au duc de Lauzun en lui rendant ses bonnes grâces.
En effet, lorsque le roi vint au devant d'elle jusqu'à Chatou, et lui eut dit : — Je vous rends, madame, un triste service ; mais j'espère vous en rendre bientôt de plus grands et de plus heureu^i ; ' il se retourna vers Lauzun et lui tendit sa main, que celui-ci baisa avec respect; et dès le même jour lui rendit les grandes entrées, en lui promettant un logement au château de Versailles.
En entrant au château de Saint-Germain, qui à partir de ce moment devait être la résidence des augustes exilés, la reine fut entourée des mêmes serviteurs qu'avait eus de son vivant la reine de France. De plus, elle trouva sur sa toilette une bourse de dix mille louis. Le roi son mari arriva le lendemain, et le même jour toute sa maison fut réglée. Il eut les mêmes officiers que le roi, les mêmes gardes et 600,000 livres par an.
Ce n'est pas tout : Louis XIY s'occupa aussitôt de le rétablir sur son trône. Malheureusement pour le roi Jacques, ce fut au milieu de ces préparatifs de restauration que le roi tomba gravement malade.
Louis XIV, quoique âgé de quarante-neuf ans à peine, commençait à sentir les premières atteintes de la vieillesse. Déjà il avait eu plusieurs attaques de goutte, lorsqu'une indisposition plus sérieuse vint effrayer la cour. Le roi avait une fistule. Le mal paraissait d'autant plus grave, que la chirurgie était loin à cette époque d'être aussi avancée qu'elle l'est aujourd'hui. Félix, chirni^en du roi, homme habile pour son temps, se renferma à l' Hôtel-Dieu , et pendant un mois fit des essais sur de pauvres malades qu'on lui amenait de tous les hôpitaux de Paris. Quand il crut avoir acquis le degré d'habileté nécessaire, il prévint le roi de se préparer. Au reste tout le monde ignorait cette maladie ; quatre personnes seulement étaient dans la confidence du danger que courait le roi : M"* de Maintenon, Louvois, Félix et Monseigneur.
En effet, au moment où une ligue européenne, la ligue d'Augsbourg, dont le nouveau roi d'Angleterre, Guillaume III, était l'âme, se préparait contre Louis XIV, la nouvelle que le roi était incapable de marcher, comme il le faisait autrefois, à la tête de ses armées, pouvait donner grande confiance à ses ennemis et hâter leurs réso-
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lutions. Aussi , au moment même où ces quatre personnes tremblaient pour la vie de Tauguste malade, M*"* la Dauphine reçut Tordre de continuer ses réceptions et de danser comme si le roi eût été en parfaite santé.
L'opération se fit en présence des quatre confidents : M"** de Maintenon était debout près de la cheminée; le marquis de Louvois, à côté du lit, tenait la main du roi ; Monseigneur était au pied; Félix allait, venait, préparait tout. L'opération Tut des plus heureuses : le roi ne jeta pas un cri, et, dès qu'elle fut terminée, il voulut se montrer à ses courtisans.
La France apprit donc la guérison de son roi en même temps que la maladie et le danger qu'il avait couru.
Cependant la paix n'eût peut-être pas été troublée sans une circonstance qui prouve à quel fil délié tient le repos des nations. Louis XIV, non content d'avoir fondé Versailles, faisait encore bâtir Trianon. C'était Le Nôtre qui était chargé de disposer les jardins dans un goût tout différent de ceux de l'astre somptueux dont Trianon n'était que le satellite.
Le roi avait conservé sa passion pour les bâtiments et le besoin d'en diriger la construction en personne. Un jour qu'il allait voir ces nouvelles constructions, suivi de Louvois qui avait succédé à Colbert dans la surintendance des bâtiments, le roi crut s'apercevoir qu'une des fenêtres n'était point eu harmonie avec les autres. 11 en fit aussitôt la remarque à Louvois, qui, voulant soutenir sa dignité de surintendant, prétendit au contraire qu'il n'y avait rien à dire à cette fenêtre. Mais Louis XIV n'était pas homme à se laisser battre ainsi : le lendemain il se rendit à Trianon, et, ayant rencontré Le Nôtre, il le conduisit devant la fenêtre, objet du litige, et le fit juge de sa discussion avec son ministre. Le Nôtre , qui redoutait également de se brouiller avec l'un ou avec l'autre, se défendit longtemps d'émettre une opinion positive. Le roi alors lui ordonna de mesurer la fenêtre qu'il soutenait être plus petite que les autres; Le Nôtre se mit à l'œuvre bien à contre cœur, tandis que Louvois grondait tout haut, et que le roi se promenait avec impatience; le résultat de l'opération prouva que Louvois avait tort. Alors le roi, qui jusque là avait contenu sa colère , s'y abandonna sans réserve , disant à Louvois qu'il commençait à se lasser de ses opiniâtretés, et qu'il était fort heureux qu'il fût venu là, attendu que, si le ha-
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sard ne Ty avait pas amené, Trianon aurait été bâti tout de travers.
La scène s'était passée devant les courtisans et devant les ouvriers, de sorte que Louvois, d'autant plus blessé qu'il y avait eu plus de témoins , rentra chez lui furieux en s' écriant : — Je suis perdu si je ne donne pas de l'occupation à un homme qui se transporte ainsi pour des misôres. Il n'y a que la guerre qui puisse le détourner de ses bâtiments; et pardieu il en aura, puisqu'il lui en Tant à lui et à moi.
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