FIN
L'image de la marquise de Pompadour qui apparaît dans ce livre semblera quelque peu différente de celle qu'on est accoutumé de voir. Le récit de ses premières années à la Cour n'offre pourtant qu'une revision partielle des jugements portés sur elle ; la revision complète sera faite un jour, et peut-être ne lui sera-t-elle point défavorable. Déjà, de la publication des Mémoires et Lettres du Cardinal de Bernis, Paris, 1878, et de la belle introduction de M. Frédéric Masson, s'est dégagée, pour la première fois, une juste idée des circonstances qui ont établi ce règne de femme. Les documents dont on va trouver la liste achèvent de nous renseigner.
On ne pourra, sans doute, étudier exactement la marquise dans son rôle politique que lorsqu'on possédera, par les papiers du duc de Cboiseul, l'équivalent et le complément de ceux de Bernis ; mais l'histoire de la maîtresse est possible aujourd'hui, d'après des renseignements sûrs, et c'est celle que j'essaye de présenter ici.
L'opinion de deux siècles a été sévère pour madame de Pompadour. On l'a jugée longtemps et on la juge encore d'après les seuls témoignages de ses ennemis. Il est peu de Mémoires, par exemple, plus lus et plus cités que ceux du marquis d'Argenson ; cet ancien ministre enragé de sa disgrâce, vivant éloigné de la
Cour et mal renseigné sur ce qui s'y passe, a rempli de ses anecdotes douteuses et de ses jugements aigri i toute la chronique du xvme siècle. La marqu trouve parmi ses principales victimes, comme elle e Soulavie et de bien d'autres. Il faut l'étudier maintenant, non plus d'après les pamphlétaires ou les moralistes, mais d'après les souvenir,, lettres et journaux de ceux qui L'ont vraiment connue, qui ont vécu dans son entourage et qui peuvent seul-, noua apprendre les secrets de sa vie et la raison de son pouvoir.
La marquise a eu contre elle, à la fois, le parti qui ne pouvait lui pardonner la suppression de l'ordre des Jésuites, et les écrivains révolutionnaires pour qui le thème habituel des « débordements » de Louis XV prêtait aux plus avantageux développements. L'étude paisible des faits et des homme; réduit chaque jour une part de ces exagérations. A voir de près l'origine des accusations et à peser l'autorité des OU sent diminuer son indignation, et, sans vouloir le moins du monde réhabiliter des temps sans vertu icliné à les expliquer plus qu'à les
flétrir.
Par: -ndes accumulées contre la marquise
par l'acharner;. - u vieux, la rancune 04
de qua esprit de dénigrent
.jps, il faut donner une large place a celles qui regardent, sa famille. On a abaissé au plus bus degré les origines rie madame d'Étiolés ; on a chargé outre mesure- la mémoire, point irréprochable sans .-..rents ; d'autres ont cherché a déconsidérer Ja royauté en accentuant, dans le choix du prince, tout ee qui pouvait le rendre déshonorant. Ces questions, pour garder quelque intérêt, demandent à être ramenées à l'exactitude.
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à cette époque, mais où tant d'obscurités nous déconcertent, dont tant d'usages essentiels sont oubliés. C'est ici qu'on est heureux de pouvoir feuilleter les Mémoires, encore presque entièrement inédits, du duc de Croy (Bibliothèque de l'Institut), qui complètent et cou noient si utilement le journal du duc de Luvnes. Témoin impartial, fort bien renseigné sur les intérieurs royaux, le duc de Croy. alors prince de CroJ7, se trouve être, parmi Les chroniqueurs, le seul à avoir vu ce dont tant d'autres ont parlé.
Les correspondances inédites du temps m'ont apporté un assez grand nombre d'indications neuves sur les faits et sur les caractères. Les lettres de Pâris- Duverney, de Paris de Montmartel et du marquis de Breteuil, mentionnées au premier chapitre, sont entre mes mains. Les lettres de madame de Pompadour à Richelieu or à Voltaire, citées au chapitre IV. appartiennent à la collection Alfred Morrison. (Le billet adresse à Malesherbes figurait dans l'ancienne collection Chambry, vendue par Etienne Charavay ; le billet à Yandières sur Gresset. déjà mis au jour par Y. de Beauville, manque également au recueil Poulet-Malassis.) Enfin, j'ai fait usage en plusieurs parties du livre de dix lettres inédites de Le Normant de rournehem à François Poisson, et de soixantequatre lettres, écrites par Poisson à son lils, de 1749 à 1751, et qui renferment des détails inattendus sur sa famille et sur la vie intime de sa nlle.
Aux correspondances doivent se joindre les . d'archives demeurées inconnues aux précédents biographes. Pans un excellent article de la .
du 20 septembre 1003, M. Gailly de Taurines a fait connaître de nombreux papiers relatifs aux affaires des Poisson, rechen lui auprès
des notaires de Pans et aux Archives nationales ; il a bien voulu me communiquer ses copies complètes.
dont j'ai plus d'une fois tiré parti. Une autre source précieuse de renseignements, qui sera mieux utilisée ailleurs, est l'inventaire après décès des biens de la marquise. Il forme deux gros volumes provenant de M. de Marigny et appartenant aujourd'hui à M. Paul Leroi, à l'obligeance de qui je dois d'avoir pu les étudier. Cet inventaire fait connaître non seulement les objets d'art et le mobilier de madame de Pompadour, mais encore, par une analyse minutieuse, tous les titres de propriété et papiers de famille trouvés chez elle et faisant partie de sa succession. On devine aisément l'intérêt d'un pareil dossier pour une information précise.
Comme il est impossible de donner ici une liste des ouvrages à consulter sur madame de Pompadour, je renvoie pour la vieille bibliographie aux ouvrages des anciens biographes, notamment à ceux des Goncourt et de M. Emile Campardon. Le livre des Goncourt est de ceux qu'il y a plaisir à relire, bien qu'on doive être en garde contre leurs confusions de chronologie et leurs procédés de romanciers. On sait qu'ils ont accrédité bien des erreurs, même sur le point qu'ils connaissaient le mieux, l'influence de madame de Pompadour dans l'art français ; mais il y aurait ingratitude à ne pas admirer ce qu'ils ont tiré de vérité historique du peu de renseignements dont ils disposaient.
Voici les principaux matériaux nouveaux utilisés dans mon récit. Les lettres du couvent de Poissy ont été publiées par M. Paul Fromageot dans la Revue de V histoire de Versailles de 1902. Le contrat de mariage de mademoiselle Poisson a été découvert par M. le vicomte de Grouchy, qui l'a donné au Bulletin de V histoire de Paris de 1890. Les notes du président du Rocheret sont imprimées par M. le duc de Caraman, dans son étude généalogique sur la Famille de
Madame de Pompadour, Paris, 1901. En écartant quelques confusions de mémoire, j'ai cité, sur madame d'Étiolés, les piquants souvenirs de la marquise de la Ferté-Imbault, réunis par M. Pierre de Ségur dans son livre, Le Royaume de la vue Saint-Honoré, Paris, 1897. Le mot de cour sur la « Bestiole » vient du Pot-pourry de Menin, analysé par M. Paul d'Estrée dans la revue Souvenirs et Mémoires de 1900. La nuit du bal de l'Hôtel de Ville est racontée d'après les Mémoires de Bernis, les Souvenirs si peu connus du marquis de Valfons, et un passage non remarqué de madame du Hausset.
Plusieurs observations nouvelles ont été tirées d'un recueil, trop peu lu par les historiens de la marquise, et qui n'est autre que la correspondance de Voltaire. Par exemple, la lettre contenant les vers sur César et Cléopâtre, citée en deux fois au chapitre I, est classée à tort par les éditeurs à l'année 1747 (n° 1440 de l'édition Beuchot) ; ces textes, qui restaient en partie incompréhensibles, sont devenus intéressants reportés à leur véritable date.
L'histoire intérieure de la Cour est aisée à suivre, année par année, Luynes, Bernis et Croy pouvant être interrogés avec confiance. Mais j'ai utilisé aussi, pour les événements de Fontenoy et le séjour de Choisy, les Souvenirs du comte de Tressan, réunis par son arrière-petit-neveu, Versailles, 1897 î Pour ie mariage de Saxe, le livre du comte Vitzthum d'Eckstsedt sur Maurice, comte de Saxe, et Marie- Josèphe de Saxe, Leipzig, 1867, celui du duc de Broglie sur Maurice de Saxe et le marquis d'Argenson, Paris, 1891, et surtout l'important ouvrage de M. Casimir Stryienski, La mère des trois derniers Bourbons, Paris, 1901 ; pour les caractères de la Cour, les Souvenirs du marquis de Valfons, Paris, 1860, les Mémoires de J.-N. Dufort, comte de Cheverny, introducteur
des ambassadeurs, publiés par R. de Crèvecœur, Paris, 1886, Les Correspondances des agents diplomatiques étrangers en France, par J. Flammermont, Paris, 1896, les lettres citées par M. Henri Léonardon dans une étude sur le premier mariage du Dauphin, Versailles, 1900. Enfin, je dois à l'obligeante amitié de M. le duc de Fezensac le curieux témoignage sur les idées religieuses de Louis XV, tiré des papiers inédits de l'abbé de Montesquiou.
Pour l'état de l'opinion à Paris, j'ai consulté avec profit le tome II des Lettres de M. de Marville, lieutenant général de police, au ministre Maurepas, publiées par M. A. de Boislisle, Paris, 1903, et les lettres de Raynal, dans la Correspondance littéraire éditée par M. Tourneux. Pour la vie secrète du Roi, l'ouvrage si abondamment documenté du comte Fleury, Louis XV intime et les petites maîtresses, Paris, 1899, m'évite d'appuyer sur certains détails de mon sujet ; le lecteur informé notera aisément nos divergences. Sur les questions d'art et d'ameublement, je me suis servi du Livre- Journal de Lazare Duvaux et de l'introduction de Courajod, du François Boucher de M. André Michel, Paris, 1889, et du précieux Inventaire des tableaux commandés et achetés par la Direction des Bâtiments du Roi {1J09-IJ92), rédigé par M. Fernand Engerand, Paris, 1900 ; enfin, pour les intérieurs royaux et les travaux du service des Bâtiments, j'ai repris quelques indications dans un livre intitulé Le Château de Versailles sous Louis XV, Paris, 1898, où se trouve notamment identifié l'emplacement de l'appartement « d'en haut ».
Les principaux documents d'art se rapportant à la première partie de la vie de la marquise ont été reproduits dans l'édition originale de ce livre, donnée par la maison Goupil. On y trouvera aussi quelques indications de sources, qu'il a semblé inutile de men-
tionner à nouveau. Plusieurs questions à peine touchées ici, où elles ne pouvaient avoir une suffisante place, seront reprises dans un ouvrage spécial sur Madame de Pompadour et les Arts.