‹ Louis XV et Marie Leczinska, d'après de nouveaux documentsChapitre 2 sur 12 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Roi revînt à Versailles, le Ier décembre, avec la Reine. Il était nuit quand les lourds carrosses dorés s'arrêtèrent dans la cour royale. On monta aux appartements par l'escalier des Ambassadeurs, illuminé comme aux plus beaux jours de Louis XIV, dans tout l'éclat de ses marbres, de ses bronzes, de ses portes dorées, animé par ses nappes d'eaux jaillissantes, sous les fresques pompeuses de Le Brun enguirlandées de fleurs. C'était, aux yeux de la princesse qui franchissait le seuil de l'illustre palais, une première apothéose de cette monarchie qu'elle aspirait à perpétuer. L'apothéose se prolongeait dans l'enfilade élincelante et interminable des appartements et de

la Galerie des Glaces. Partout la gloire du grand siècle français , l'image sculptée ou peinte du Grand Roi.

A travers ce décor de féerie, cent fois plus somptueux qu'elle ne l'avait rêvé, Marie Leczinska fut conduite à la vaste chambre, tendue de gobelins magnifiques, où devait s'écouler sa vie de reine, d'épouse et de mère. La duchesse de Bourgogne y avait mis au monde Louis XV. Presque rien n'avait changé depuis cette époque, et la jeune femme trouvait intact ce cadre noble et sévère de la royauté, qu'aucune élégance nouvelle n'égayait encore.

Dès le lendemain, la vie ordinaire de Versailles recommença, complétée par la présence féminine qui depuis longtemps y manquait. La religion eut d'abord sa place. C'était le premier dimanche de l'Avent, et la musique du Roi chanta une messe solennelle; à l'entrée de la nef, les missionnaires de la congrégation des Lazaristes complimentèrent la Reine. Le 3 décembre, il y eut Grand Appartement, concert dans le salon de Vénus, où l'on servit les fruits, confitures et glaces d'usage, et jeu dans la salle du Trône, où Leurs Majestés prirent couleur à la partie de

Qj LOUIS XV ET .MARIE LECZINSRA.

lansquenet. Après le jeu, le Roi reconduisit la Reine dans son appartement, où ils soupèrent ensemble, à leur grand couvert, c'est-k-dire en public et toutes portes ouvertes. Le 4, la Reine visita avec les princesses la Ménagerie, le petit château de la duchesse de Bourgogne, avec ses cours remplies d'animaux rares et ses volières d'oiseaux des Iles ; et, à sept heures, le Roi étant rentré de chasser au lièvre à Marly , on représenta sur le théâtre de la Cour la comédie du Misanthrope. Le 5, le Roi chassa au sanglier à Saint-Germain, tint le conseil des finances, et vint au Grand Appartement . Le 6, il courut le cerf dans les bois de Fausse- Repose ; au retour, il y eut conseil de conscience et, le soir, comédie italienne. Le 7, le Roi courut le daim au bois de Boulogne. Le 8, la Reine fut à Saint-Cyr, visita la maison royale de Saint-Louis et assista à tous les offices. Le 9 , il y eut jeu dans son cabinet et souper au grand couvert. Le 10, le Roi courut le cerf et soupa à son petit couvert chez la reine, servi par les dames et les femmes de chambre. La Reine n'était point sortie, ayant pris médecine. Le lendemain, elle assista au Te Deum et au salut donné à la paroisse de Versailles à l'occasion du mariage ; le soir, les

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