CHEZ MADAME DE MAILLY
cette économie à Mme de Mailly, non moins qu'à la discrétion de. Moutiers.
Luynes donne la description précise des lieux où s'affichent pour la première fois les infidélités du Roi, au grand mécontentement du cardinal de Fleury, son ancien précepteur et son premier ministre1 :
[5 février 1742. j Mme de Mailly a toujours resté jusqu'aujourd'hui dans le petit appartement dont j'ai parlé. Elle y joue tous les soirs lorsque le Roi travaille avec M. le cardinal. Cet appartement est au-dessus de la Petite Galerie; on y monte par un petit escalier qui monte de la cour de Mme la comtesse de Toulouse chez Mme d'Antin. Il y a d'abord un passage, à la droite duquel est la salle à manger, laquelle joint les petits-cabinets du roi; ensuite un petit corridor, assez étroit, sur le double duquel est un office et une cuisine à droite; à gauche, une garde-robe de femme de chambre et une garde-robe de commodité; ensuite la chambre qui est jolie, mais fort petite, éclairée par une seule fenêtre et où il y a un lit en niche; ensuite le cabinet où il y a deux fenêtres, et qui est joli et à peu près comme la chambre. C'est là que le roi travaille à ses plans, les après-dînées, et quelquefois écrit.
[3i mai.] Tous les jours qu'il ne va point à la chasse, [le Roi] dîne dans ses petits-cabinets, qui est chez Mme de Mailly. Je dis chez Mme de Mailly, car elle dit elle-même « mon petit appartement ». Il n'y a presque jamais en tiers que M. de Meuse, quelquefois M. de Bouillon. Ces jours-là, le roi soupe au grand couvert. Les jours de chasse, il soupe dans les petits appartements. On a fait quelque augmentation au petit appartement de Mme de Mailly, on a pris une partie de la petite cour qui mène chez Mme la comtesse de Toulouse, et on y a bâti un escalier qui vient d'être achevé. Cela donne une antichambre de plus, par où l'on arrive, et un passage qui conduit à un petit cabinet; à droite est la salle à manger, qui y était déjà, vis-à-vis laquelle est le passage qui mène au petit appartement; au fond de ce cabinet est une porte qui conduit dans un petit passage, et de là dans une des pièces des petits-cabinets, qui est peinte en vert et où il y avait des lanternes dans le toit que l'on a bouchées; cette pièce fait un salon d'assemblée pour le petit appartement de Mme de Mailly. Du reste, il n'y a rien de changé à l'apparte-
1. « Mme de Mailly a trouvé en arrivant ici son appartement accommodé tout à neuf; elle y va faire mettre un meuble neuf. » (Luynes, III, 78, 28 novembre 1739. Cf. IV, i52.)
ET MADAME DE CHATEAUKOUX 3u
ment. Mme de Mailly y a fait faire une niche de toile, découpée par un tapissier de Paris, et le roi a voulu se charger d'en payer la façon. Mme de Mailly couche tous les jours dans ce petit appartement et va de temps en temps le matin, même tous les jours quand elle est de semaine, dans son ancien appartement dans l'aile neuve '.
Cet appartement intime de Mme de Mailly, que M. d'Argenson appelle « l'appartement vert », ne lui servit pas longtemps. Il fut abandonné par elle dès le 3 novembre 1742 et démeublé presque aussitôt2. Il ne pouvait être question de le donner à celle de ses sœurs qui la remplaçait auprès de Louis XV. Les témoignages contemporains montrent que le logement de Mme de la Tournelle, devenue maîtresse déclarée et bientôt créée duchesse de Châteauroux, fut à un étage différent du Château et d'une importance tout autre.
Elle écrit à son confident Richelieu, aussitôt après
la « quitterie » :
Personne ne logera dans l'appartement de Mme de Mailly. Moi, je serai dans celui qu'on appelle le vôtre, c'est-à-dire si M. du Bordage en a l'esprit, car le roi n'en dira mot5.