LA REINE ET M™« DE POMPADOUR
sera occupée à me faire mille horreurs. Si elle a la bonté d'être en garde contre eux, et de bien vouloir me faire dire de quoi je suis accusée, il ne me sera pas difficile de me justifier. Mme d'Étiolés, en elTet, venait d'irriter récemment le père du Dauphin et la reine en obtenant du roi des faveurs bien signalées. 11 était de bon ton de faire oublier à la nation qu'elle était Mme Le Normand d'Ètioles, en arrivant à la cour, et elle obtint du roi qu'elle serait titrée marquise de Pompadour. En même temps, elle quittait les armes de son ihari, leur substituait trois tours et se donnait une grande livrée. Le roi la quittait, pour aller à l'armée de Flandre, faisant sa seconde campagne, mais il lui envoyait des courriers tous les jours. Voltaire était à sa dévotion et les ministres, — sauf Maurepas — commençaient à vouloir lui plaire... Mémoires du duc de Richelieu. »
Que d'efforts pour se faire accepter. « Il paraît que tout le monde trouve Mme de Pompadour extrêmement polie, écrit le duc de Luynes dans ses Mémoires ; non seulement elle n'est point méchante et ne dit de mal de personne, mais elle ne souffre même pas que l'on en dise chez elle. Elle est gaie et parle volontiers. Bien éloignée jusqu'à présent d'avoir de la hauteur, elle nomme continuellement ses pareiits, /tième en présence du roi ; peut-être même répètë-t-èlle trop souvent ce sujet de conversation. » L'entourage de la reine — sauf le Dauphin qui l'appelle Mme Pillain — montre de la bienveillance pour la marquise, parce que sa tonne grâce là dis-
tingue des favorites antérieures. La reine n'a pas oublié les avanies qu'elles lui firent subir, les duretés qu'elles inspirèrent au roi, le triomphe de leur insolent orgueil. N'a-t-elle pas récemment découvert dans la porte d'un de ses cabinets des trous percés pour répier, et pour entendre ce que chez elle on pouvait dire de Mme de Châteauroux. A cette modestie qu'affecte Mme de Pompadour, quoi d'étonnant? Sa condition première, spécialement humble, ne lui donnant aucun point d'appui, ne lui fait-elle pas une nécessité de ménager tout son entourage à la cour ? « Elle a d'ailleurs une bonté, une délicatesse instinctive qui lui rendent aisée à l'égard de la reine l'attitude qu'elle a prise dès les premiers jours. EUese permet d'envoyer avec les plus humbles façons de très beaux bouquets de fleurs qu'elle sait préférées de Sa Majesté. A la moindre incommodité dont on parle, elle demande des nouvelles à la dame d'honneur et s'exprime avec l'accent d'un intérêt véritable. Elle est vraiment fâchée de ne pouvoir assister ayant été saignée la veille, à l'assemblée de charité, qui se tient chez la reine et pour laquelle un « billet » lui était envoyé. Elle s'en excuse de la manière la plus empressée auprès de Mme de Luynes, la priant de vouloir bien remettra à la reine un louis pour la quête. Et ce n'est pas seulement en paroles qu'elle montre son ardeur à plaire. Elle suggère au roi des attentions dont l'épouse était depuis fort longtemps déshabituée. Elle obtient, par exemple, qu'il fixera le départ de Fontainebleau, suivaKt les convenances