VERS A SON ALTESSE MONSEIGNEUR LE PRINCE DE GALLES
Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile, Des princes malheureux vous n'êtes plus l'asile. Vos ennemis vaincus aux champs de Fontenoy, A leurs propres vainqueurs ont imposé la loi ; Et cette indigne paix qu'Arragon vous procure, Est pour eux un triomphe et pour vous une injure. Hélas ! auriez-vous donc couru tant de hasards Pour placer une femme au trône des Césars : Pour voir l'heureux Anglais, dominateur de i'onde, Voiturer dans ses ports tout l'or du nouveau mv.uW ; Et le fils de Stuart, par vous-même appelé,
Aux frayeurs de Brunsv^ick lâchement immolé !
Et toi, que tes flatteurs ont paré d'un vain titre,
De l'Europe en ce jour te diras-tu l'arbitre ?
Lorsque dans tes États tu ne peux conserver
0n héros que le sort n'est pas las d'éprouver ;
Mais qui, dans les horreurs d'une vie agitée.
Au sein de l'Angleterre à sa perte excitée.
Abandonné des siens, fugitif, mis à prix.
Se vit toujours du moins plus libre qu'à Paris ;
De l'amitié des rois exemple mémorable.
Et de leurs intérêts victime déplorable.
Tu triomphes, cher Prince, au milieu de tes fers ;
Sur toi, dans ce moment, tous les yeux sont ouverts.
Un peuple généreux et juge du mérite.
Va révoquer l'arrêt d'une race proscrite.
Tes malheurs ont changé les esprits prévenus ;
Dans le cœur des Anglais tous tes droits sont connus.
Plus flatteurs et plus sûrs que ceux de ta naissance,
Ces droits vont doublement affermir ta puissance.
Mais sur le trône assis, cher Prince, souviens-toi,
Que le peuple superbe et jaloux de sa foi,
N'a jamais honoré du titre de grand homme
Un lâche complaisant des Français et de Rome.