‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 29 sur 145 · POBTBAIT DE LA REINE ET DU ROI · texte numérisé non relu

POBTBAIT DE LA REINE ET DU ROI

mais la robe blanche étale « la délicieuse fantaisie de ses ramages d'or et de ses nœuds d'argent ; la main gauche tient l'éventail, la droite une branche de jasmin prise au vase de cristal posé sur la table. A côté de l'inévitable couronne, un buste assez fier présente le portrait de Louis XV; et le petit chien de la reine, un ruban rose au cou, achève de donner à son portrait un aspect aimable et presque intime. Dans un instant on la verra tout autre, infiniment plus imposante et plus grave, réalisant ce que disait d'elle le Président Henautl : « Cette même princesse, si bonne, si simple, si douce, représente avec une dignité qui imprime le respect et qui embarrasse, si elle ne daignait pas vous rassurer. D'une chambre à l'autre elle redevient la Reine et conserve dans la Cour cette idée de grandeur, telle qu'on nous représente celle de Louis XIV. » N'est-il point curieux que ce soit la petite Polonaise qui évoque le mieux à Versailles la majesté du grand règne! Mais ses vrais peintres sont Nattier et La Tour, qui seuls la virent dans l'intimité, et purent avoir « de bonne grâce les vraies séances de pose familière et sincère ». Devant eux elle posait en simple fanchon de dentelle avec, à la mode du temps, un mantelet de chambre ruche et fanfreluche. La Tour marque alors, d'un crayon fidèle, les yeux, irréguliers, les paupières plissées légèrement, le petit nez au spirituel retroussis. Et dans ses Mémoires, la fille de Nattier nous raconte que son père ne « put sortir de la simplicité dans l'exécution du portrait de la Reine parce quelle avait

voulu bien expressément n'être peinte qu'en habit de ville » ; — une robe rouge bordée de fourrures, parfaitement simple et de plis exquis. Une « marmotte » de dentelles noires est posée sur son bonnet dont la dentelle blanche se répète aux manches et au corsage. En cet ajustement familier la reine feuillette, sur une console, le livre ouvert des Évangiles. La pose est pleine de naturel et d'expression. La Reine s'y révèle attachante et bonne, de cette bonté qui connaît la vie et qui provient de la souffrance.

Pas belle, mais gracieuse au possible. « La Reine fait très bonne mine quoique sa mine, ne soit point jolie du tout, » écrit Voltaire. Et le duc d'Antin : « Je conviens qu'elle est laide mais elle me plaît au delà de ce que je peux exprimer. » Et que n'avait-on raconté d'elle avant son mariage, avant son arrivée en France ! Elle avait des humeurs froides ! Elle avait deux doigts unis l'un à l'autre '.Elle avait de fréquentes attaques d'épilepsie î Rien de tout cela n'était vrai. D'ailleurs le duc de Bourbon avait « envoyé aux renseignements ». 11 en résultait que Marie Leczinska était de santé parfaite « avec l'aptitude voulue — qu'elle prouvait d'ailleurs — de donner un Dauphin à la France ». Et pourtant la Cour qui voulut toujours paraître humiliée de ce mariage « affectait de se montrer triste comme si l'on éUit venu lui dire que le roi était tombé en apoplexie ».

Par contre Louis XV est alors ce que l'on appelle « un beau garçon, d'une taille avantageuse. Il avait la jambe parfaitement bien faite, l'air noble, les yeux

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grands, le regard plus doux que fier, les sourcils bruns. Il avait un tempérament délicat que l'âge fortifiait au point que, dans la suite, il soutint les plus grandes fatigues. Il avait un caractère doux et timide, un dégoût invincible pour les affaires, dont il n'aimait pas même à entendre parler faisant de la chasse son plaisir ordinaire et se montrant, d'abord, indifférent pour les femmes qu'il aimait beaucoup dans la suite. MÉMomEs secrets pour sERvmAL'ms- TomE DE Perse. »

LOUIS XV DANS SA JEUNESSE

« Au moral, ce jeune prince paraissait timide et réservé quoiqu'il eût le sentiment intérieur de sa puissance ; n'ayant d'autre volonté dans les affaires d'État que celle de Fleury son ministre favori. Son éducation avait été négligée. Il n avait reçu ni du précepteur, ni de ses gouverneurs, Villeroy et Charrost, aucun principe du droit public, de littérature, descienceoud'hisloirequ'ilsn'avaientpaseux-mêmes;

mais aussi, on avait eu grand soin de le rendre minutieux dans la science de l'étiquette, dans la croyance et la pratique de la religion. Souvent on l'avait effrayé, dès la plus tendre enfance, des peintures du diable, de l'enfer et de la mort. Ces premières impressions qui restèrent se renouvelaient à Pâques surtout, et à la nouvelle de la mortde quelque seigneur de sa cour ou de quelqu'un de ses -amis en sorte qu'il y eut un combat perpétuel entre les passions de ce prince et les principes qu'il avait

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reçus ; et ce combat durait jusque vers la fin de ses jours.

« Le roi, dans son jeune âge, n'aimait ni les fêtes ni le grand appareil, ni les cérémonies magnifiques. II tenait sa réserve et son goût pour la retraite de Fleury qui l'avait éloigné du faste, dès Tenfance et qui, jaloux de se l'assujettir et de concentrer dans lui-même la toute-puissance, ne le laissait s'occuper que des chasses pour lesquelles il avait pris beaucoup de goût. Fleury l'avait rendu silencieux, secret, plein de réserve, capable de réunir les attentions et la politesse alliées aux grandes manières d'unsouverain, évitant les mouvements inconsidérés de son âge et ne se permettant qu'à la chasse l'exercice et l'action.

« Toutes les formes de son corps étaient si parfaites et si accomplies à l'âge de dix-sept ans qu'il était réputé, alors, le plus bel adolescent de son royaume. La nature n'avait rien oublié, ni dans les détails ni dans Tensemble ; et ce grand tempérament que nous lui avons tous connu dans sa vieillesse, il l'avait eu dès l'âge de quatorze ans. Timide néanmoins avec les femmes, « les fuyant comme la peste », pour me servir de Texpression d'un seigneur de la cour, Fleury lui avait fait entendre que la plupart étaient sans vertus et que toutes étaient corrompues dès le commencement de la Régence; aussi le roi était-il beau comme l'amour. Cependant ses regards ne se fixaient sur aucun objet. Il était poursuivi et il fuyait. Il avait parfois à Rambouillet des manières voluptueuses mais sans aucun désir pressant.

LOUIS XV DANS SA JEUNESSE

« Les femmes étaient passionnées et il n'avait témoigné qu'il avait un cœur et des besoins d'aimer qu'à Mme la Comtesse de Toulouse, qu'il distinguait parmi toutes les femmes, s'éloignant peu à peu de la société des petits garçons, surtout de Gesvres et de la Tremoille qui, par des instructions clandestines et par les divertissements de l'âge, avaient développé le physique de ses sens. Marié, dans ces circonstances, à une femme simple et timide comme lui, l'une et l'autre se craignirent mutuellement d'abord, ne se fréquentèrent que froidement et en cérémonie. Les valets ajoutaient même que, dans les entreliens les plus intimes, les époux étaient aussi réservés qu'en public et, quoiqu'il connût, depuis ce temps, les vrais charmes de la nature, aucune femme n'était encore capable de fixer ses beaux regards. On s'aperçut, dès le commencement de son mariage, qu'il retournait à la société qui s'était secrètement formée autour de lui sous le ministère de M. le Duc, et dont il ne perdit l'habitude que lorsqu'il fut enfin agacé par Mme de Mailly, Tune des fameuses sœurs. Ses beaux yeux, cependant, et le charme de ses manières attiraient les femmes. Sa bonté les rendait hardies ; on formait des projets, on proposait même, mais le jeune monarque, toujours timide, répondait encore aux corrupteurs, « elle n est pas aussi belle que ma femme », tandis que Fleury traversait les intrigues et les efforts de celles qui voulaient le ravir à la comtesse de Toulouse et à la fille de Stanislas. Mémoires du duc de Richelieu. »

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