BACHELIER, LEBEL, BINET
(7) Ce sont les trois plus célèbres et dévoués « pourvoyeurs » du roi.
« Bachelier, si important dans les petits cabinets, était fils d'un premier valet de garde-robe, né à la Rochefoucauld. Possesseur de cinquante mille livres de rente; ayant à la Celle une jolie propriété honorée de la visite du roi, aimé d'une très agréable personne, Mlle La Traverse, fille de Baron ; admis à rintimité du roi qu'il amusait de la chronique scandaleuse de Paris, il jouissait d'une tranquilité sans nuages.
« Lebel était petit-fils de Dominique, concierge du grand-commun. Son père était concierge au château de Versailles, charge dont la survivance fut donnée au fils aîné ; mais, à cause de sa mauvaise conduite le roi la lui enleva pour la donner au cadet Dominique, qui fut aussi le confident des amours du monarque avec Mme de Mailly. Lebel se prêtait
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BACHELIRR, LEBEL, BINET
toujours avec gaieté à servir le roi dans ses plaisirs. Il était discret, caché, poli, s'attachant à tout ce qui avait du crédit à la cour et s'occupant sans cesse de faire agréer au roi ce que désirait le principal ministre lui préparant secrètement les voies avec un air de mystère, et le servant dans l'intérieur de la chambre : Hervez, Les maîtresses de Louis XV. — Bibliothèque des curieux. Paris, 1909 ».
Ce n'était pas d'ailleurs sans que de grandes précautions fussent prises qu'il « servait le roi dans ses plaisirs ». A la date du 16 novembre 1756 d'Argenson écrit : « Une belle courtisane vint, il y a quelques jours, dans un carrosse de voiture, et agaçait un grand vicaire de l'évéque d'Auch ; de fil en aiguille elle lui montra des tabatières d'or, portraits du roi enrichis de pierreries, aigrettes de diamants d'un gros prix, disant et prouvant qu'elle allait à la cour pour servir aux plaisirs de la sacrée personne de Sa Majesté. Lebel, son valet de chambre, fait visiter ces donzelles par d'habiles chirurgiens, avant de les produire au monarque. »
A la cour tout se sait, ou se devine ; le rôle de Binet ne tarde pas à être connu. La femme qui vient de chez lui, et qu'il a introduite — (c'était Mme de Pompadour) — au moins une fois, en solliciteuse dans les Petits-Appartements, met en train la verve des nouvellistes. Le valet de chambre prétend que ce sont là des calomnies affreuses sur Mme d'Étiolés ; il assure à la duchesse de Luynes, qu'il n'y a pas contre sa parente « le plus léger fondement » ; qu'elle
est uniquement venue pour cette place de fermier général, qu'elle Ta obtenue et qu'elle fie reparaîtra plus à la cour. Binet est- il complice ou dupe?... De NoLHAC : Louis XV et Mme de Pompadour. Calmann, Levy. Paris, 1904.
Bachelier n'aurait pas eu la main toujours heureuse, pour ses présentations au roi, si nous en croyons Barbier qui, dans son journal, à la date de janvier et février 1788, écrit :
« Le roi se porte mieux ; il ne va pas encore à la chasse; elles seront réglées par la suite. Le bruit court sourdement qu'il pourrait bien avoir un peu de vérole, d'autant qu'il est dit que Bachelier son premier valet de chambre, lui a fait voir secrètement quelques filles, et l'on ne respecte point la royauté dans ce trou-là... »
«... Suivant les bruits de la cour, il ne paraît plus douteux que le roi eut une chaudepisse que Ton dit lui avoir été donnée par la fille d'un boucher de Poissy ou de Versailles que le roi a trouvée fort jolie, et qu'il s'est fait amener par Bachelier son maquereau. On dit qu'un garde du corps avait gagné une pareille chaudepisse de la petite bouchère et que, voyant le roi maigrir, sachant d'ailleurs que la petite fille avait rôdé autour des petits appartements, il alla trouver M. le cardinal de Fleury, et lui avoua qu'il avait encore la chaudepisse de la petite créature, et que si le roi l'avait vue, il pourrait bien en avoir autant, c'est ce qui a causé les fréquentes conférences avec La Peyronnie, le premier chirurgien.
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Il est guéri et il prendra, dit-on, le lait au mois de mai. On ne dit point comment Mme de Mailly se sera tirée de cette affaire, et si elle en aurait eu sa petite part. »