‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 75 sur 145 · VERTUS ET LES PLUS EXCELLENTES QUALITÉS DU CCEUR · texte numérisé non relu

VERTUS ET LES PLUS EXCELLENTES QUALITÉS DU CCEUR

ET DE l'esprit qui lui ont acquis une considération UNIVERSELLE, Hous avous jugé à propos de lui donner par notre brevet du 21 octobre dernier, le duchépaierie de Châteauroux, ses appartenances et dépendances, sis en Berry, que nous avons acquis par contrat du 26 septembre i836, de notre cher et très aimé cousin, Louis de Bourbon, comte de Clermont, prince de notre sang... Et nous avons recommandé par ledit brevet qu'il fût expédié à notre dite cousine... »

Et Maurepas ajoute : « Il y a peut-être autant de phrases que de mensonges, mais il me fut impossible de le composer sans mentir et le roi, qui m'aimait alors, l'a bien avoué. »

A la date de février 1744, Barbier écrit dans son Journal... On a pubHédans Paris les lettres patentes confirmant le don fait par le roi, à Mme la marquise de La Tournelle, du duché-pairie de Châteauroux réversible à la couronne à défaut d'hoirs mâles issus de la dite dame. Ces lettres sont fort honorables pour la maison de Mailly... Une réflexion se présente d'abord ; il est étonnant que Ton n'ait point jusqu'ici décoré du titre de duc les mâles de cette maison et que cette illustration commence par les femmes. Il peut y avoir quelque chose à critiquer, dans le préambule des lettres ; vu les circonstances présentes, l'auteur n'a pas été prudent ; on pourrait se dispenser de les faire crier dans les rues, ce qui donnait lieu à parler... »

APPENDICE

Voici maintenant : Le Journal de police, à la date d'avril 1743.

« Les petites maîtresses de la cour chantent le couplet suivant sur les brigues que Mme de La Tournelle met en mouvement pour être duchesse.

Sur Vair de Joconde

Viens à Choizy, mon roitelet, Laisse-là ton armée ; Fais-moi gagner le tabouret, Disait la bien-aimée; Mais debout comme auparavant, Elle reste en arrière ; Négligerait-on le devant Ainsi que le derrière ?

LA CAMPAGNE DE FLANDRE

(21-22) Célébrons à haute voix Le monarque de France, Tous ceux qui suivent ses lois Doivent être en réjouissance.

Chantez tous, ainsi que moi :

Vive Louis, notre bon roi !

Que ses bontés ont d'appas !

Que sa bravoure est extrême !

11 aime tous ses soldats Parce qu'il est soldat lui-môme; J'entends partout publier Qu'il est son premier grenadier.

A ses guerrières ardeurs Les exploits sont faciles ;

Quand on a pris tous les cœurs On prend bientôt toutes les villes.

L'amitié, sur les esprits Fait plus d'effet que les fusils.

APPENDICE

Sans craindre les coups du sort Son ardeur partout est grande ; Il ordonne, mais d'abord Lui-même fait ce qu'il commande.

Cet illustre souverain Se met le premier en chemin.

Jamais le fer ni le plomb N'ont arrête sa personne ; S'il ne craint point le canon, Je ne vois rien là qui m'étonne.

Est-il possible, Morbleu !

Que le soleil craigne lo feu!

Sa présence réunit

Les cœurs et les caractères ;

Même zèle, même esprit

Préside à toutes nos affaires.

Deux cent mille hommes, sous lui,

Ne font plus qu'une àme, aujourd'hui.

Goûtez bien votre bonheur, Vous dont il est le camarade ; Pour moi, je sens que mon cœur Loin de mon chef devient malade.

Pour voir un Louis charmant.

J'en donnerais mille à l'instant.

Je languis autant que toi

Depuis sa cruelle absence ;

Avec le portrait du roi,

Je vois qu'ils prennent patience;

Mais tous ces portraits, ma foi!

Sans lui n'ont pas d'attraits pour moi,

LA CAMPAGNE DE FLANDRE

De ses jours on a besoin.

Grand Dieu ! La France vous prie De vouloir en prendre soin ; Veillez sans cesse sur sa vie ; Car si vous n'y pensiez pas.

Lui-même en ferait trop peu de cas !

« C'est le 3 mai 1744 que le roi quittait Paris pour aller en Flandre. Il avait une armée florissante que le comte d'Argenson, secrétaire d'État à la guerre, avait pourvue de tout ce qui pouvait faciliter la guerre de campagne et de siège. A son approche les Hollandais commencent à craindre. Ils envoient des députés au roi au lieu de troupes contre lui. Le roi prend Courtrai et Menin en présence des députés. Le lendemain même de la prise de Menin, il investit Ypres, 5 juin ; « Ypres capitulait le 25 ; nul moment n'était perdu. Tandis qu'on rentrait dans Ypres, le duc de Boufflers prenait la Kenoque et le roi allait, après ces expéditions, visiter les places frontières : Voltaire : Siècle de Louis XV. »

La disparition du Cardinal-ministre Fleury eut surtout pour résultat de débarrasser Louis XV de toute contrainte. Mme de La Tournelle installée à la cour et conseillée par Richelieu eut bientôt fait de captiver le roi. C'est avec Mme de La Tournelle qu'il oubliait dans les petits soupers, dans les voyages à Fontainebleau et à Choisy , l'état critique de la France. Et tandis que l'incurie des ministres et Timpéritie des généraux aggravaient chaque jour la situation, il s'occupait de conférer à Mme de La Tour-

APPENDICE

LA CAMPAGNE DE FLANDRE

nelle par lettres-patentes enregistrées au Parlement le duché-pairie de Gtiâteauroux. La guerre si imprudemment entreprise par Fleury à propos de la succession d'Autriche était devenue une lutte européenne. L'Angleterre, la Hollande, l'Autriche, la Savoie, s'étaient liguées contre la France. En 1743, les ducs de Grammont et d'Harcourt étaient battus à Dettingen, et le maréchal de Noailles était rejeté sur le Rhin. Pour continuer les hostilités il fallut recourir à des redoublements d'impôts, et à des levées de milices ; ce qui provoquait dans la nation un vif mécontentement. C'est alors que la duchesse de Châteauroux pour justifier, peut-être, sa scandaleuse élévation, exerçait sur le monarque une heureuse influence. Elle eut de l'ambition pour lui. Elle le poussait à sortir de son apathique indifférence, à se mettre à la tête de l'armée. Elle l'accompagnait même à la guerre, comme jadis y accompagnaient somptueusement Louis XIV, «les trois reines ». — Voir A Meyrac : Louis XIV, sa cour et ses courtisanes, d'après Saint-Simon et I'histoire amoureuse des gaules. — Albin Michel, éditeur. — Mais ceux qui, principalement, « soufflèrent » à Mme de Châteauroux ce rôle d'Agnès Sorel, furent le duc de Richelieu et son associée en intrigues, Mme de Tencin. Leduc dont nous avons si souvent et si longuement parlé — Voir A Meyrac : le Régent, sa cour ET les dames Galantes de la régence. Albin Michel, éditeur — le duc avait alors quarante-sept ans. L'éclat éjd son nom, de sa figure, de sa bravoure, de

sa richesse et aussi de ses aventures galantes l'auréolait. Aucun scrupule ne gênait son ambition. Mme de Tencin et Richelieu entreprirent donc de réveiller le roi de son assoupissement, par le moyen de la favorite, qui serait pour eux un instrument de règne. Mme de Châteauroux entrait dans ces vues, avec emportement. Le roi n'entendit plus parler que de paix, que de guerre, que de ministres et que de parlements, que d'intérêt des peuples et grandeur de l'État. Surpris, il se plaignait; « Vous me tuez. Madame ! » Elle répondait : « Tant mieux, Sire ! il faut qu'un roi ressuscite. » Le roi ressuscitait en effet, mais, comme nous Talions voir. Madame de Châteauroux n'eut point à se réjouir de cette résurection, — V. Lavïsse : Histoire de France, T. VIII p. i^i, et Masson : Madame de Tencin. Paris, Hachette.

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