‹ Louis XVIChapitre 42 sur 62 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

II. i.,<i-,Gooj^lc

LES POETES ET LES ROHANCfERS l()5

clocher de St-Gerinaîn-des-Prés, montons la rue des Saints- Pè res , voici la rue Taranne. Voyez-vous au

coin de !a rue Saint-Benoît cette maison qui est faite comme toutes les autres, une œuvre de maçon où l'architecte ni les sculpteurs n'ont point rêvé? Montons quatre étages, c'est un chemin sacré, tous les grands hommes du dix-huitième siècle, tous les princes du Nord ont passé par là. lî est dix heures, frappons. Le philosophe est seul : car, pour discuter plus librement avec Dieu, il a envoyé sa fille et sa femme à la messe. On vient, c'est lui, car il vient de renverser un fauteuil. La porte s'ouvre. • Bonjour, Diderot; comme 'vous êtes beau et vaillant ce matin 1 Tous vos cheveux sont en révolte. — Ne m'en parlez pas. Je ne me connais plus chez moi. Maman GeofTrin s'est imaginé hier, pendant que j'étais au salon.... Avez-vous vu la Baigneuse d'Allégrain ? un chef-d'œuvre que je ne veux plus revoir, car j'en deviendrais amoureux.... Donc, maman GeofTrin s'est imaginé hier de déménager tous les haillons de mon réduit, jusqu'à ma vieille robe de chambre qu'elle a jetée dans la hotte d'un chifTonnier aussi {paiement que si c'eût été mon dernier livre de philosophie. Voilà pourquoi vous me voyez tout nu. Que voulez-vous que je fasse de cette douillette de soie violette? Je ne serai plus un homme là-dedans. Ma pauvre vieille robe de chambre! Elle était faite à moi, j'étais &it à elle. Je la sentais doucement sur moi, comme ce vent de l'Adriatique qu'on appelle le manteau des pauvres. J'étais pittoresque et beau dans cette chère guenille ; dans la nouvelle je ne serais qu'un mannequin. Entrez, messieurs ; je vais fermer la fen& tre et vous faire du feu. Vous savez que pour moi il n'y a qu'une saison, la belle saison. Je suis né dans un pays où la température est si variable qu'il faut ouvrir la fenêtre dès que le feu est allumé. — Rassurez-vous, Diderot, nous n'aurons pas froid si vous parlez ; d'ail-

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leurs, nous ne sommes pas de ceux qui lisentl'almanach le matin pour savoir si l'hiver est venu. J'ai l'honneur

de vous présenter...

— Oui, monsieur, je vous connais ; je ne vous ai jamais vu ; je ne veux pas savoir d'autre nom ; vous vous nommez Lajeunesse', vous vous moquez des philosophes ; car vous lisez à livre ouvert dans toutes lès belles passions. Je n'habite plus ce pays-là, mais je ne suis pas encore un étranger pour les jeunes gens ; car moi aussi j'ai eu vingt ans ; à quarante ans j'avais encore vingt ans. Entre nous, je crois même que je les ai toujours. La preuve, c'est que Laïs vient me voir et qu'elle ne me coûte rien, elle qui coûte si cher aux autres. J'ai L^s, mais Lais ne m'a pas. Je ne sais où est le vent aujourd'hui. Vous savez que ma tête est sur mes épaules comme un coq d'église au haut du clocher. Elle va un peu à tous les vents. Je vis aux quatre points cardinaux. Ah I ma pauvre vieille robe de chambre ! Elle m'était bonne comme une patrie; avec elle je n'avais peur ni de la maladresse de ma servante, ni de ma maladresse qui en vaut bien une autre; je ne craignais ni les éclats du feu, ni le verre qui se brise dans les mains. La pauvreté a ses franchises, l'opulence a ses esclavages. J'étais le maître absolu de ma vieille robe de chambre. U va falloir me soumettre à la nouvelle. »

Et Diderot entre tout ému, avec une frayeur comique, dans cettre prison de soie, toute constellée de broderies, que madame Geoffrin lui avait donnée.

■ N'ai-je pas l'air d'un roi fainéant? dit-il en se regardant dans un miroir rococo qui avait déplacé une vieille glace de Venise; est-ce que cela ne jure pas avec ma tête d'orateur romain ? J'ai encore l'air plus

bête; car vous savez que je suis bËte comme le génie, sans compter que maman GeoETrin a oublié les pantoufles, car vous voyez que je marche encore dans ma misère ancienne, ce qui me fait bien plaisir. Asseyes vous, messieurs; voilà le feu qui s'allume.... Ah ! mon Dieul c'est une lettre'de Catherine II qui brûle là-bas- Ce que c'est que d'avoir voulu mettre un peu d'ordre dans mon désordre! aussi je ne m'y reconnais plus; il me faudra bien six semaines pour remettre tout à sa place, c'est-à-dire pour me refaire un CapharnaQm. Rien n'était. Dieu créa le monde en six jours, et on veut que je me repose le septième ! J'aimais bien mieux mon chaos; j'y trouvais la lumière. Maintenant que tout est en ordre, je n'ai plus qu'à me croiser les bras. — Mon cher piderot, vout êtes si éloquent, que je n'y comprends rien ; que s'est-il donc passé ? — Voici l'histoire. Maman Geolfrin, qui donne des culottes à tous les gens de lettres, a voulu m'habiller et me meubler. Je n'allais pas tout nu et je ne me couchais pas sur la paille; mais enfin elle trouvait que la philosophie du dix-huitième siècle ne devait pas s'habiller en calmande et se meubler avec du sapin : ce qui vous exphque cette métamorphose soudaine en soie, en damas, en velours, en bois de rose, en bronzes et en dorures. J'avais des livres, j'ai maintenant une bibliothèque comme si j'étais à l'ermitage chez ma sœur Catherine II. Vous vous rappelez, mon ami, mes chaises de paille, ma table de chêne, mes estampes enfumées clouées sans cadres sur cette tapisserie de Bergham qui ne valait pas une toile d'araignée; cette planche de sapin courbée sous le génie d'Homère, de Virgile, d'Horace, de Cicéron ; ces plâtres d'après l'antique, ces statuettes de Falconnel, ce bas-reliefd'Allégrain ; quoi encore? une pendule qui ne disait jamais l'heure. Tout cela était en harmonie; la misère a sa couleur, douce aux yeux; aujourd'hui, mon regard est tout offusqué par ce luxe

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insolent qui a l'air de ne pas vouloir s'asseoir chez moî. Voyez ! ne dirait-on pas qu'il fait des façons f II feut sur toutes ces belles choses de maman .Geoffrin six mois de fumée et de poussière. 1

Diderot se lève et va ouvrir une belle armoire en marqueterie où sa fille a rangé les livres les plus précieux. I N'est-ce pas que c'est beau, cette armoire t mes livres y sont si bien que j'aurai toujours peur de les déranger. Et puis cela me prendrait trop de temps. J'écrirai des à-peu-près, car ma mémoire n'est pas toujours là et on dira que j'ai perdu ta tête. Ne se croirait-on pas chez une petite-maîtresse, en voyant cette pendule de bronze doré que Cochin a dessinée pour Versailles, en voyant toutes ces insolences du luxe, ces fauteuils en tapisserie des Gobelins qui sont presque des tableaux de Boucher, ce bureau en bois de rose, cet encrier en saxe qui a i'air d'un joujou, ces chenets biscornus où je n'ose appuyer mes pieds, cette Vénus accroupie qui va me faire passer pour un financier ? Ah ! maman Geoffrio, qu'avez-vous fait ? O Diogëne ! si tu voyais ton disciple sous le festueux manteau d'Aristippe, comme tu rirais ! O Aristippe ! ce manteau fastueus fut payé bien cher ! Quelle comparaison de ta vie molle, rampante, efféminée, et de la vie libre, ferme, indépendante du cynique déguenillé ! J'ai quitté le tonneau où je régnais, pour servir sous un tyran. — Mon cher Diderot, je ne croyaispas qu'une robe de chambre, une chaise de paille et une table de sapin pussent inspirer une pareille oraison funèbre. — Mais voyez donc comme je suis mal à mon aise dans cette étoffe rebelle ! J'ai peur de m'asseoir, j'ai peur de me chauffer, j'ai peur d'écrire. Quand j'avais ma vieille robe de chambre, un livre était-il couvert de poussière, un des pans s'offrait à l'essuyer; l'encre épaissie refii sait-elle de couler de ma plume, elle présentai; le âanc ; mes états de servie*

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étaient tracés sur elle comme des sillons laborieux en longues raies noires. C'est égal, je m^ console en pensant que ]t suis presque dans un musée. C'est encore maman GeofTrin qui m'a donné tous ces tableaux-là ; par exemple, c'est moi-mSme qui me sub donné cette belle tête de Rubens, la tète de sa femme, je ne sais plus laquelle; mais Rubens a été assez heureux pour avoir deux femmes et pour n'en avoir qu'une. J'oubliais de vous montrer mon Vernet ; c'est Vemet qui me l'a donné. Je veux garder ce témoignage de mon amitié jusqu'au dernier en^nt de mes petits-en&nts. Comme ces montagnes sont vaporeuses] Comme cet arbre est pittoresque! Comme toute cette scène est vraie! Cela vous représente un navire échoué après la tempête. C'est notre histoire à tous. Noos nous embarquons sur la mer des passions par un beau ciel lumineux, sans voir poindre l'orage à l'horizon ; l'orage éclate, nous sommes jetés sur les récifs, nous nous sauvons â la nage et le navire coule à fond. Dans la vie de tout homme qui a rêvé les lointains voyages vers l'inconnu, le navire coule à fond et il se sauve â la nage. N'oubliez pas cela, mon jeune ami, et appre-nez à nager, car ces mers-là sont implacables. Trop heureux encore si vous n'êtes pas noyé dans la traversée. Ah ! la traversée ! cela passe comme un songe ! Sénèque m'avait pourtant dit de compter mes jours. J'ai donné sans compter. Le vent d'orage a battu la gerbe avant la moisson. C'est trop baguenaudé I Ne croyez pas à mon luxe, car )e n'y crois pas moimême.

Voyez-vous ce simple tapis de lisière qui révolte vos yeux^ je jure que je conserverai ce tapis, comme le paysan, transféré de sa chaumière dans le .palais de son souverain, conserve ses sabots. Le matin, lorsque l'entrerai ici couvert de la somptueuse ecarlate , je verrai mon tapis de lisière* qui me rappellera ma pau-

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vreté édifiante et qui arrêtera l'orgueil â la porte dé

Ainsi parle Diderot, l'oeil enflammé, maïs toujours tendre, le front lumineux, la narine soulevée, la lèvre ardente. Il est beau ainsi; si ses amis, les sculpteurs et les peintres, ni Falconnet , ni Greuze , n'ont pu réussir ni son buste ni son portrait, c'est qu'ils n'ont pas su le voir à ses heures tumultueuses, quand l'âme passait comme le soleil sur cette figure expansive ; ils l'ont représenté au repos, mais quand la passion n'agitait plus le philosophe; Diderot n'était plus là.

Je ne raconte pas la vie de Diderot *, non plus que je n'ai raconté celle de Jean-Jacques. Tous les deux

* Voiscnon, qui voyait souvent Diderot dans le mauvais monde, l'a crayonné dans sa galerie avec plus d'esprit que de vérité : f Son premier ouvrage est VHisloire des bijoux indUcrets; le comte de Caylus lui avait montré un manuscrit dré de la Bibliothèque du roi : le comte de Caylus, rempli de son sujet, s'était surpassé, et en avail fait un roman assez gai. Diderot n'en fil qu'une histoire froide, longue et triste. Se sentant trop sérieux pour être un auteur libre, il essaya une petite brochure intitulée /« Pensées philosophiques, réimprimées sous le titre A'Étrennes aux Esprits forts. Il donna une Histoire de Grèce, qui n'a pas eu un lecteur ; des Principes de philosophie, qui n'ont pas fait un philosophe ; et un Dictionnaire de médecine, qui n'a guéri personne; enfm, il a donné le jour aux propositions de l'Encyclopédie. Diderot fait de la philosophie un métier, et non pas une ressource. II a une multitude d'aides de camp qui vont dans les maisons faire circuler sa doctrine, son intégrité, ses lumières et son désintéressement. Ce soDt eux qui ont tâché de |>prsuad«r que le Pire de

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ont écrit leurs confessions, Diderot, sans le savoir, à chaque page, en homme qui pense tout haut, en philosophe qui habile une maison de verre; Jean-Jacques dans un livre immortel comme le tonneau de Diogène,

Quand BufFon pensait à Diderot et à lui-même, il disait : f Le style, c'est l'homme. > Il disait ta vérité tout en créant un paradoxe. Oui, le caractère de Diderot est toujours dans son style, comme son cœur est dans ses livres.

Diderot écrivait comme il parlait , avec enthousiasme. PoËte moins la rime, historien plus la passion, toujours â l'avant-garde des idées, on peut dire qu'il ne prenait pas le temps de tailler sa plume nt de pré-

Famille et le Fil» naturel, presque traduits ei Goldoni, étaient deux comédies dans un genre r dont Diderot était l'inventeur. Ce sont eux qui ont ordonné à leurs troupes légères de crpire que le Philosophe sana le savoir est une bonne piice, parce qu'elle est une imitation en canevas de celle de leur général. Ce sont ces sages modestes qui se disent détachés des grandeurs, el qui veulent maîtriser les grands; ce sont ces patriotes qui ne reconnaissent ds patrie que le pays où ils font la loi; ils Bedonnent pour les dispensateurs de l'immortalité. Les encyclopédistes n'ont de célébrité réelle que hors de France. Ils sont, dans les cours étrangères, ce que les feuilles de Fréron sont dans la province. On doit l'idée de l'Encyclopédie au chancelier Bacon ; il y avait de quoi en feire un chefd'auvre par l'universalité des choses, si les gens de lettres qui l'ont entrepris eussent été bien d'accord : mais les chels, souvent désunis entre eux, se rallient toujours pour détruire la distinction des rangs. Philosophes despotes, ils veulent être tes professeurs des grands. Ce sont les Romains de la littérature ; ils voudraient asservir l'univers, au lieu de chercher à en être ignorés. Ce livre si fameux a eu beaucoup d'ennemis, et encore plus de partisans : mais si on ne s'avise pas de le rajeunir, il pourrait bien être oublié dana sa vieillesse. »

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parer son pupitre. Son pupitre était partout, chez Grimm, chez d'Alembert, chez d'Holbach, sur les genoux de sa maîtresse.

C'était là le plus souvent qu'il écrivait sur chaque chose, sur les arts et sur les femmes, sur Dieu même, lui qui n'était jamais monté au ciel. Le chevalier de Chastellux jugeait bien la plupart des pages de Diderot : c Ce sont des idées qui se sont enivrées et qui se sont mises à courir les unes après les autres. > Hardî jusqu'à la l'audace, aventureux jusqu'à la folie, il allait toujours en avant, guidé par ses généreux instincts, jetant à pleines mains la vérité qui désenchante, la lumière qui dévore, le mensonge qui console.

Un des premiers, il peignit en écrivant. Sa riche palette est toute teinte de feu et de flammes. Sa couleur est franche, même dans les plus délicates nuances. Quelle touche fine, légère, ardente, passionnée ! quelle belle lumière ! quel fond délicieux 1 II veut peindre un portrait, et voilà qu'il a peint un tableau ! Il est tout à la fois peintre d'histoire et peintre de genre. Ah ! pourquoi la couleur enivre-t-elle son regard et l'aveuglet-elle sur les fautes du dessin ?

II a passé sa vie à aimer et à combattre. Saint-Simon, Fourier, Georges Sand, semblent avoir pris leur point de départ dans Diderot. En effet, ce philosophe hardi et aventureux, qui combattait par la parole et par la plume contre la vieille société, avait des mœurs toute* révolutionnaires : il allait de sa femme à sa maîtresse, de sa maltresse à sa femme, ne s'en croyant pas moins un sage aimant la vertu, mais suivant toutes les fansaisies et tous les entraînements du cœur. Vivre selon ton cœur, c'est pour ainsi dire l'épigraphe de sa vie ; il laissait à d'Alembert le campas , à Helvélius la galanterie, à Voltaire la raison, à Grimm la vanité, à Buffon les airs magnifiques, à d'Holbach les sarcasmes ; pour lui, il ouvrait son cœur et vivait heureux.

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Il avait épousé mademoiselle Champion malgré son vieux père. A peine marié, il eut un fils, un fils avant la lettre. Il envoya la mère et l'enfent au coutelier de Langres, qui parlait de malédiction. Pendant cette première absence, Diderot voit madame Puisieux, se passionne et l'épouse de la main gauche. Cet antre byménée dura dix ans. II finît par rompre ; et, content de lui, il envoie une seconde fois sa femme à Langres pour embrasser son vieux père. Pendant cette autre absence, il épouse, pour vingt ans, mademoiselle Voland. Mais madame Diderot était toujours madame Diderot. Au demeurant, le philosophe était bien le meilleur époux et le meilleur père du monde.

Son style est vivant ; il n'écrit pas, il parle ; le sentiment anime chaque page de ses œuvres, qu'il soit sévère ou familier, qu'il écrive un discours ou qu'il écrive une lettre. Il eût inventé Sterne tout entier, car il avait mieux que Sterne l'esprit du cœur. Pourquoi n'a-t'U pas eu le loisir de tenter quelques beaux vers, car il ne lui manquait que la rime ^ Pourquoi ne s'estil pas réveillé quelquefois Benvenuto Cellini devant son or et ses diamants? Tant d'autres ont enchâssé des verroteiles et ciselé de l'or foux !

Diderot a dépassé de si loin ses frères d'armes, qu'il pourrait sans surprise se réveiller aujourd'hui parmi nous. Diderot est tout â la fois le commeneernent de MirabeaUj le premier cri de la Révolution française et le dernier mot de tous nos beaux rêves. 11 a été le vrai révolutionnaire; à la tribune de 1789, il eût &it pâlir Mirabeau et Danton : car, quand il se passionnait pour le culte des idées, il avait toutes les magnificences de la

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lemplte. Nul de ses livres ne peut donner une idée de son éloquence bardie et entraînante.

C'est la plus riche nature du dix-huitième siècle. Il y a une force olympienne dans cette belle tête où toutes Les idées grondent comme l'orage. Les autres chefs de la vaillante armée encyclopédique ne sont là que pour tempérer son ardeur ou pour profiter de ses conquêtes. Tous, Jean-Jacques lui-même, sont plus préoccupés des lauriers que delà victoire. Diderot seul ne pense pas aux lauriers.

Pend-nt que Voltaire régnait à Ferney, Diderot régnait à Paris, reconnu par les rois, les reines et les princes étrangers, qui lui écrivaient comme on écrit à son pareil, ou qui montaient ses quatre étages comme on monte les degrés d'un Trône*.

* u Dieu, dont la prévision est tous les jours démontrée en Sorbonne, a prévu, entre autres choses, que tousles princes héréditaires qui viendraient à Paris iraient visiter la retraite de Denis Diderot, le philosoplie. On peut se rappeler If visite qu'il reçut du prince héréditaire de Brunswick- Wolfènbuttel; il vient d'en reeeroir une pareille du prince héréditaire de Saie-Golha. J'avais été l'introducteur du premier de ces princes ; il n'était pas possible de feire ce rôle une seconde fois sans trahir le secret qu'an voulait dérober au philosophe. Ainsi le prince héréditaire de Saie-Gotha s'y présenta sous le nom de M, Ehrlich. Le philosophe le reçut avec .sa bonhomie ordinaire, et eut un plaisir infini à causer avec lui. Au bout de quelques jours, il trouva M. -Ehrlich dans la maison de M. le baron d'Holbach, à dîner : il alla A lui les bras ouverts, l'embrassa de toutes ses forces, et lui dit : 1 Eh! qui vous aurait cherché dans • la synagogue f* Pendant le dîner, il me demanda si je connaissais ce jeune homme. Je lui dis froidement ; ■ Un peu. — C'est, me ditil, « un enfant charmant. ■ Après le dîner, on lui apprit le véritable nom de M. Ehrlich, et le philosophe trouva que cela ne changeait en rien les sentiments qu'il «vait pria pour lui. * Grimm.

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Homme digne de gloire dans tous les siècles, il est pourtant venu à temps : Dieu l'avait marqua du sceau fetal; les armes qu'il avait saisies se fussent brisées dans ses mains un siècle plus tôt ou même un siècle plus tard.

11 fiit le vrai philosophe du dix-huitième siècle , lui seul a des accents dignes des anciens. Pendant que Montesquieu et Raynal étudiaient la politique, d'Alemberi la géométrie, Voltaire l'humanité, sans s'étudier lui-même, CondilLac la psychologie, BuSbn la pompe des idées plutôt que les idées, d'Holbach la chimie, Diderot s'élevait plus haut, il osait créer tout un monde. Jean-Jacques seul le rencontrait par ses rêveries sur les hauteurs escarpées.

Diderot a été surtout le soleil lumineux d'un jour; ses rayons ont tout réchauffé, tout illuminé, tout dévoré ; le lendemain un autre soleil a paru, mais on s'est souvenu des vifs rayons et des coups de feu du sole il- Diderot. A ce foyer fécond, tous les contemporains prenaient la vie et la lumière. Que serait-ce que d'Holbach, Helvétius, Grimm, l'abbé Raynal, Sedaine, d'Alembert lui-même, si Diderot n'avait pas soufHé le feu sur leur front ? Voltaire lui doit ses derniers enthousiasmes; Jean-Jacques lui doit sa première idée, l'idée de toutetsa vie *. Après avoir travaillé pour les autres, Diderot s'est couché comme le soleil, sans laisser

* a l'élais prisonnier à Vincennes. Rousseau venait m'y voir. U avait fait de mol son Arlatarque, comme il l'a dit lui-même. Un jour, nous promenant ensemble, il me dit que l'Académie de Dijon venait de proposer une question inrèressante, et qu'il avait envie de la traiter. Cette question était : Le rétablissement des sciences et des ans a-t-il contribué à épurer les meeurs J < Quel parti prendrez-vous.'i lui dis-je. Il me répondit : t Le parti de l'affirmative. — B C'est le pont aux ânes, lui dis-je : tous les talent» médïo-

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autre chose que son nom. Mais ce nom brûle i éblouit encore.

On a paru surpris de trouver Grimm à chaque pas sur la route de Diderot; c'est que Diderot jugeait bien les hommes, et qu'il avait reconnu en Grimm un ami qui donnait sa part au grand banquet de l'esprit humain. Ce n'était pas un parasite comme d'Alembeit. Et puis Diderot sentait bien que Grimm était son compère auprès des puissances du Nord*. Diderot, comme tous les philosophes, aimait le peuple, à condition de vivre avec les rois. Et enfin Diderot savait que pou^ la postérité Grimm écrivait le vrai journal de l'Église encyclopédique "*.

■ cres prendront ce chemin-là, et vous t des idées communes • au lieu que le parti contraire présente <■ à la philosophie et à l'éloquence un champ nouveau,

■ riche et fécond. — Vous avsz raison, n me dit'il après j avoir réSéchi un moment, et je suivrai votre conseil. ■

* Grimm ne dlsail-il pas de Diderot que c'était le puits d'idées le plus achalandé de France et de Navarre l

** Et comme Grimm était bien le spirituel gazeder de toute cette Ëimille révolutionnaire qui voulait gaiement détruire ce qui était, sans savoir ce qui serait! Ce petit tableau de famille, que je détâche de la galerie toute vivante encore de Grimm, n'est-il pas peint de main de maître t

■ Comme il est d'usage dans notre sainte Église philoso^ phique de nous réunir quelquefois pour entendre la parole de Dieu, et donner aux fidèles de salutaires et utiles instructions sur l'étal actuel de la foi, les progrès et bonnes oeuvres de nos frères, j'ai l'honneur de vous adresser les annonces et bans qui ont eu lieu à la suite de nptre dernier sermon.

■ Sœur Necker fait savoir qu'elledonnera toujours & dîner

LBS POETES ET LES ROHAMCIERS 207

Qui peut mieux donner une idée du génie de Diderot que sa critique du livre de Thomas sur les femmes ? Thomas passe beaucoup d'années à écrire ce livre, Diderot passe une matinée à en faire la critique. Et voilà que le vrai livre sur les femmes c'est Diderot qui l'a &it, un livre de douze pages, dont le gros volume de Thomas n'est tout au plus que le commentaire. Et

les vendredis ; l'Église s'7 rendra, parce qu'elle &it cm de ea personne et de celle de son époux ; elle voudrait pouvoir

■ Sœur de l'Espînasse fait savoir que u fortune ne lui permet pas d'offrir h dîner ni i souper, et qu'elle n'en a pas moins d'envie de reixvoir chez elle les frères qui voudront y venir digérer. L'Église m'ordonne de lui dire qu'elle s'7 rendra, et que, quand on a autant d'esprit et de mérite, oa peut se passer de beauté et de fortune.

f Mère Geoffrin Ëiit savoir qu'elle renouvelle les diSfenses et lois prohibitives des années prËcédencss, et qu'il ne sera pas plus permis que par le passé de parler chez elle ni d'afiaires intérieures, ni d'affaires extérieures ; ni d'a&ires de la cour, ni d'aBaires de la ville ; ni d'affairea du Nord, ni d'afhires du Midi ; ni d'affaires d'Orient, ni d'affaires d'Occident ; ni de politique, ni de finances ; ni de paix, ni de guerre ; ni de religion, ni de gouvernement ; ni de théologie, ni de métaphysique; ni de grammaire, di de musique; ni, en général, d'aucune matière quelconque ; et qu'elle commet dom Burigny, bénédictin de robe courte, pour faire taire tout le monde, à cause de sa dexlérilé connue et du grand crédit dont il jouit, et pour être grondé par elle, en particulier, de toutes les contraven lions à ces défenses. L'Église, considérant que le silence, et notamment sur les matières dont est question, n'est pas son fort, promet d'obéir autant qu'elle y sera contrainte par forme de violence,

■ Frère Marmontel fait savoir qu'il est allé loger chez mademoiselle Clairon, et qu'il compte donner un nouvel opéra-comique, dont la musique est de M. Grélry. Nous lui souhaitons le naturel qui lui manque. L'Église, làisant

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