‹ Louis XVIChapitre 8 sur 62 · SCÈNE I«. — LA. REINE MARIE-ANTOINETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I«. — LA. REINE MARIE-ANTOINETTE

Enfin, je ne suis plus la Reine; me voilà redevenue une simple femme, la moins orgueilleuse du royaume- Dieu soit béni! Petits oiseaux, chantez ma joie comme la vôtre. Que vos gazouillements s'élèvent jusqu'au ciel sur le parfum des roses ! Dites à Dieu que les plus beaux jours de ma vie se sont passés dans ce parc, à l'ombre des marronniers touffus, sur Ces verdoyantes pelouses, au fond de ces humbles chaumières, dans ces nacelles indolentes ! C'est là seulement que j'ai eu ma part des joies bénies du ciel et de la terre, ma part de soleil et d'amour.

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(Elle s'assied au bord de Peau et penche son front sur sa main.)

O ma mère, que n'êtes-vous là ! A vous seul, vous avez plus d'esprit que le Roi et tout son Conseil pour gouverner un peuple. Pourquoi ma mÈre avait-eUe le pressentiment que Louis XVI ne serait qu'un roi fainéant 7 Pourquoi, dans sa première lettre, lui a-t-elle parlé de Celui qui brise les sceptres et renverse les trônes ' ? Enfin, rions pour ne pas pleurer. Les Parisiens disent qu'on s'amuse beaucoup à Versailles. Ah ! si on les condamnait à s'amuser avec nous I Nous jouons la comédie, c'est vrai; mais nous n'avons qu'un seul spectateur, et encore un spectateur qui ne rit jamais : le Roi. Autrefois, c'était Louis XV qui nous forçait à nous cacher, parce que nous ne voulions pas de sa maîtresse pour jouer avec nous. Aujourd'hui, c'est le peuple, une majesté nouvelle, bien plus tyrannique encore "'.

* Admirable lettre de Marte-Thérèse au Dauphin au mo- ■ ment des âançailles. L'impératrice linissait par ces mot» : ■ Adieu, mon cher Dauphin, soyez heureux. Je suis baigné« de larmes. ■

" On ne s'amusait que chez Louis XV. Ce ne fut qu'i la mort du roi que les princes et les princesses prirent leurs coudées franches. M. le comte de Falloux a peint avec beaucoup de vérité, dans son éloquente histoire de Louis XVI, la vie intime delà famille royale :

" Les jeunes princesses imaginèrent d'animer le petit cercle en jouant la comédie; mais on craignait la censure de Mesdames et une défense absolue de la part du roi. .On s'installa en cachette dans un entresol où le service n'appelait jamais personne. La troupe se comp>osait des trois princesses, du comte de Provence, du comte d'Artois et de M. Compan, secrétaire du Cabinet, beau-père de la première femme de madame la dauphine. Le comte de Provence se disait remarquer par l'assurance de sa mémoire ; le comte

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