‹ Louis XVI et sa courChapitre 146 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des gênes d’une constitution qui ne lui permettait pas de renforcer une garnison sans le consentement des États. Guillaume, poussé par les Anglais, voulut s’emparer des États, en captant le vote des électeurs qui nommaient aux municipalités; mais l’esprit républicain de la Hollande se roidit contre de telles prétentions. Ce fut alors que des émeutes éclatèrent; singulières émeutes, nées de l’union du statliouder et des dernières classes de la république, contre les vrais républicains des classes aisées. Guillaume se retira en Gueldre, implorant le secours du roi de Prusse, son oncle, qui répondit froidement par quelques notes diplomatiques aux cris de l’ambition de sa nièce, l’épouse du statliouder. Guillaume, maître de la Gueldre, s’y essaya au pouvoir absolu, mais les résistances se multiplièrent (i). Après la mort du grand Frédéric, la Prusse appuya davantage les prétentions deson allié, entraînée par l’ambassadeur anglais, Harris, depuis lord Malmesbury. Vergennes, dont le devoir eût été une intervention vigoureuse, opposait aux ardeurs de la Prusse les résistances d’une diplomatie qui se faisait respecter encore ; mais quand Vergennes fut mort, ce reste de fermeté du cabinet de Versailles disparut. M. de Montmorin , qui lui succéda, avait eu l’honorable idée de former un camp d’observation à

(2) Les villes de Hattem et d’Elbourg se firent remarquer par leur énergie; les habitants d’Elbourg abandonnèrent leurs fovers et s’exilèrent tous sur le territoire d'une province voisine.

Givct, et M. (le La Fayette avait été désigné pour commander ce camp de vingt mille hommes. Mais Brienno devenu ministre , Montmorin dut renoncer au projet , et l’argent réuni pour cet objet fondit dans les mains dissipatrices de l’archevêque. Pendant que la révolution continuait en Hollande, on en plaisantait agréablement dans les conseils de Versailles. Pourtant les maréchaux de Castries et de Ségur ne cessèrent, jusqu’à leur sortie du ministère, d’insister sur l’exécution de ce projet; mais les autres ministres s’inspiraient de leur chef, qui disait d’un air tranquille et sûr, qu’une simple menace arrêterait la Prusse. Malesherbes, qui n’était ni un esprit énergique, ni un homme d’Etat, mettait sa bonhomie philanthropique et son talent de narrateur au service de l’incapacité de Brienne. Il détournait de l’objet en discussion, en racontant des anecdotes. Rien ne fait plus de tort à la sagesse de Malesherhes que cette conduite, peu digne de sa gravité (i). Quanta Brienne, il se montrait fidèle à son origine : ministre de boudoir, il portait dans le conseil du roi les commérages du salon de mesdames de Polignac, et il perdait en riant la vieille considération qu’on avait en Europe pour la France.

Cependant la Hollande était en feu, déchirée par la guerre civile. Le parti de Guillaume était le plus fort,

(I) Voir Droz, ///si. de Louis AL'I, t. II, p. 25.

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