‹ Louis XVI et sa courChapitre 166 sur 172 · H A I' I T II K VI · texte numérisé non relu

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difficultés de la royauté; de même elle fait bon marché du sacerdoce; elle parle d’abolir sa constitution, ses dîmes, de réduire ses fortunes, d’extirper les Ordres religieux , et de donner un autre emploi aux biens des monastères (i). En revanche, le clergé défend opiniâtrement ses dîmes, et rejette la réforme sur les nobles et sur le roi. Tels étaient les divers éléments de ces Etats généraux cjui s’assemblèrent «à Versailles le 5 mai

C’est une des grandes dates de l’histoire : c'est celle où la vieille monarchie de France a eu son dernier jour; cette monarchie que les évêques avaient faite , sçlon le mot de Gibbon , et qui , de religieuse devenue aristocratique et militaire , se fit absolue, pour s’user plus vite et mourir. I>a vie politique s’était restreinte en elle ; elle s’en était crue plus forte d’abord, et s’était fiée à elle-même, jusqu’à répudier tout autre principe. En s’isolant, elle croyait grandir ; mais le vide se fil autour d’elle, et la société lui échappa. Elle avait cru que l’ordre, que le pouvoir consistaient éternellement dans une concentration dure et violente : elle périt victime de cette conception que Louis XI, Richelieu , Louis XIV avaient esssayé de réaliser.

E11 11e tenant compte que des derniers événements ,

(I) Voir cahiers de la noblesse, Uitt. parlent ., t. II, p. 330 .

le roi , qui était à lui seul toute l'institution monarchique, avait voulu garder talonne, Bricune, et il ne l’avait pu; il avait refusé de prendre Ncckcr, et la nécessité le lui avait imposé. Enfin les Etats généraux avaient rencontré dans son esprit beaucoup de résistance, et ils venaient de s’ouvrir.

Qu’allaient-ils demander? qu’allaienl-ils faire? Ils venaient légaliser la révolution accomplie dans les idées, dans les mœurs, et consacrer une nouvelle phase de. l’histoire; ils venaient prononcer un jugement sans appel sur un état de choses dont les abus frappaient les veux les moiusouverts; ils allaient en créer un nouveau; ils étaient chargés de donner une forme régulière à la régénération de la France ; grande tâche! Comment l’aceompliraient-ils? Nous n’avons pas à les suivre ici dans leurs travaux; à proprement parler, les Etats généraux n’appartiennent )>as à l’histoire de Louis XVI, c’est plutôt Louis XVI qui leur appartient.

On sait comment les événements ont répondu à leurs efforts ; les travaux furent grands, mais précipités, mal affermis. Malgré d’incontestables lumières et les intentions les plus pures, la Constituante ne put asseoir un ordre complet et durable : il y eut du côté du droit, comme du côté des privilèges, des passions, des illusions, des ciTeurs. Pouvait-il en être autrement? Non, car les changements à faire étaient trop considérables.

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car les choses à détruire tenaient trop encore, et les hommes saisis de cette tâche s’emportèrent à de tels efforts, que tout but se trouva dépassé. I/espril abusa de la liberté si brusquement conquise; il eut l’orgueil de l’affranchi: libre, il se fit dominateur; il voulut tout refaire par les idées, il recommença la société. Plein de mépris pour le passé , il usurpa sur l’avenir, et crut remplir en un jour toutes les ambitions de l’humanité. Ces idéesde droit, de liberté, qui sont en elles-mêmes si splendides et si belles, apparurent comme un remède à tout; et il arriva que les hommes, dans l’enthousiasme de ces idées, crurent qu’ils allaient réaliser ici-bas la suprême justice et le bien universel. Sans doute un grand changement était nécessaire, parce qu’il était juste, et la justice, qui n’est que la raison dans les rapports moraux des hommes, doit, tôt ou tard, avoir son jour. 11 fallait que la France, le pays le mieux partagé par les lumières, la science, la civilisation, fît disparaître les contrastes cruels cpie ses lois, ses coutumes, ses mœurs présentaient encore. Ce pays s’était fait tant de gloire sous la main de ses maîtres qu’il avait presque consacré la servitude aux yeux des hommes; il fallait qu’il se relevât avec une grandeur imposante, pour que la dignité humaine ne fut pas éternellement compromise; et rien ne pouvait empêcher le développement équitable de la société française, rien dans les combinaisons du talent, du génie

i. m is xvi et sa corn.

même (si le génie pouvait voir à faux le mouvement de l’esprit humain), rien ne pouvait empêcher ce grand fait de justice divine.

Mais une simple réforme pouvait-elle l’accomplir? Une réforme eût laissé subsister bien des choses de l’ordre ancien, par cela seul qu’elles existaient, qu’elles avaient pour elles leur antiquité. Enfin une révolution était-elle inévitable?Question tant de fois posée et qu’on ne résoudra pas. (’.ommcnt dire ce qu’auraient produit telles combinaisons qui n’ont pas existé? Mais si l’on entre dans cette sphère de l’hypothèse, il est possible qu’à une certaine heure , dans un concours «le circonstances saisies à propos, une homme, M. de Machattt peut-être, Turgot, ou encore une assemblée , les Etats généraux plus tôt réunis, eussent par une simple réforme conjuré la crise qui s’avançait. Mais alors il fallait, au lieu de Louis XVI, un roi ferme et convaincu, qui se fit, dès l’origine, le représentant des besoins «le son empire, «pii enseignât lui-même et commandât h’s sacrifices. Alors il n’eût pas en une nation, mais des classes privilégies pour adversaires; ces classes auraient pu lutter longtemps, car on ne voit pas que l«'s aristocraties séculaires se résignent et abdiquent à commandement : c’est leur loi, c’est leur tempérament de se défendre, et elles ne se rendent «pie désarmées. Cette lutte demandait peut-être un nouveau Richelieu, mais le Richelieu d’une époque de justice et de progrès. L’eût-il

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trouvé, que Louis XVI, sans doute ne l’eût pas gardé longtemps, car il n’avait pas plus l'ascendant et la force de consommer une grande réforme que de conduire une révolution (j).

(1) Une lettre inédite de Marie-Antoinette, dont l’original nous est communiqué, semble prouver qu’à eette époque les périls de la situation avaient été compris, et que la royauté eut un instant la pensée de se porter du côté du tiers état, en séparant sa cause de celle des ordres privilégiés; mais Louis XVI n’était pas l'homme des grandes décisions. Voici cette lettre de Marie-Antoinette que nous transcrivons, en respectant jusqu’à son orthographe, et où l’on remarquera cette phrase en quelque sorte prophétique - « Si on soutenait le tiers, la noblesse est écrasée à jamais , niais le royaume sera tranquille ; si le contraire arrive, un ne peut calculer les maux dont nous sommes menacés » ,

« Ce 20 juin 17 x 9 .

« Je ne scais comment je vous ferai parvenir cette lettre si b. ne revient pas aujourd’hui, alors ce sera pour moi que j’aurai écrit.

« Vous êtes instruit du terrible coup que le tiers état vient de frapper; il s’est déclaré chambre nationale. Le roi est indigné de cette nouveauté qui bouleverse toutes les notions connues. On délibère ici, mais je suis au désespoir de ne voir rien aboutir; tout le inonde est dans une grande alarme. Si on soutenait le tiers , la noblesse est écrasée à jamais , mais le royaume sera tranquille ; si lecontraire arrive, on ne peut calculer les maux dont nous sommes menacez : voilà ce qui se dit autour de nous. Celui qui est au dessus de nioi garde le silence au milieu de tous ces discours. J’avoue que le plus sage et le plus habile ne peut avoir une opinion sur le moment présent devenu la plus importante crise ouse soit jamais trouve le royaume; on se hait, ou se déchire dans la société; aux combats près la guerre civile existe, et de plus le pain manque. Dieu veule seconder notre cœur ! » (Col. de M E. Den'u.)

Des sentiments élevés ou énergiques, des mots partis du «car

abomlenj dans toutes les lettres manuscrites de Marie-Antoinette qui ont passé sous mes yeux. Il en existe un nombre considérable dont nous devrons la publication aux soins de M. Feuillet de Conciles. Les idées de vertu et d'honneur, si franchement exprimées dans ces lettres , seront la réfutation la plus éloquente de ces écrits diffamatoires qui ne prouvent rien historiquement que la haine des partis.

Un dernier mot à ce sujet : La comtesse de Gyldcnstolpc , petitenièce du comte de Fersen , a dit , dans un voyage très-récent à Paris, qu’il n’existait ni dans sa famille, ni à Stockholm, aucune lettre de la reine à son onde, tous les papiers du comte de Fersen ayant péri dans l’incendie de son palais de Stockholm , lors de l’émeute où le comte fut massacré. La comtesse «le Gyldenstolpe affirmait , en outre , que dans les souvenirs et les traditions de sa famille, rattachement du comte de Fersen pour la reine avait toujours été considéré comme le dévouement tout chevaleresque, comme le culte désintéressé d’un croisé pour la cause qu’il sert.

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